Ex Machina

 

alicia vikander

 

Il y a de « petits » films (même si le terme « petit » a quelque chose de condescendant) qu’il faut savoir repérer parmi les sorties en salles, pour le cas (probable) où, rétrospectivement, dans quelques mois, on y verrait le film indé pré-stardom d’une nouvelle coqueluche d’Hollywood. Ici, en l’occurrence, on en a trois : Oscar Isaac, déjà remarqué dans A Most Violent Year ou Inside Llewyn Davis, qui s’apprête à exploser dans l’année qui vient dans Star Wars: The Force Awakens et X-Men : Apocalypse ; Domhnall Gleeson (Bill Wisley de Harry Potter) qu’on attend également dans le prochain Star Wars et à l’affiche de The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu, d’ici la fin de l’année ; et la suédoise Alicia Vikander, vue dans A Royal Affair et attendue au casting de huit films (huit !) d’ici 2016, dont le cinquième volume de la saga Jason Bourne, l’adaptation ciné d’Assassin’s Creed, le prochain film de Guy Ritchie, ou encore The Danish Girl, de Tom Hooper.

domhnall gleeson

Le pitch d’Ex Machina, selon Allociné :
Caleb, 26 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin.

 

oscar isaac ex machina

 

Dans la veine actuelle de la SF au ciné, la notion d’intelligence artificielle, qu’elle soit incarnée de manière humanoïde (I, Robot) ou invisible (Her), renvoie souvent aux mêmes questions, angoisses sourdes du cinéma fantastique mainstream depuis le soulèvement des machines promis par Terminator. Allons-nous créer des robots tellement intelligents et autonomes qu’ils pourront se passer de nous pour exister ? Seront-ils tellement intelligents qu’ils seront capables d’émotions, et donc de colère à l’idée de ne pas être libres mais d’être au contraire, littéralement, nos esclaves ? Peut-on développer pour une intelligence artificielle une relation et des sentiments sincères, ou n’est-ce qu’une forme de perversion ? Doit-on vraiment développer des intelligences infiniment plus puissantes que nos cerveaux mais ne maîtrisant pas les subtilités de la morale et de l’éthique ? Robots et manipulation humaine. Robots et sexualité. Robots et morale… Ex Machina ne déroge pas à ces cadres de réflexion somme toute classiques, mais joue aussi avec notre imagination (qu’est-ce qu’un Google peut donc faire de nos données…) et nos nerfs, dans un huis-clos mystérieux où l’on ne sait pas trop qui manipule qui.

 

ex-machina alicia vikander

 

Car bien sûr, qui dit lieu isolé dit qu’il va se passer un truc terrible, tôt ou tard, et que personne n’entendra la victime hurler. Mais qui est un danger pour les autres ? Caleb, le jeune geek traumatisé et vraisemblablement perturbé par sa rencontre avec une intelligence artificielle flirteuse ? Ava, le robot sexy dont on ne sait pas trop s’il est réellement autonome ou ne fait qu’exécuter les ordres de Nathan, qui a placé des caméras partout dans la maison ? Kyoko, la mystérieuse petite bonne asiatique qui ne pige pas un mot d’anglais mais qui a toujours l’air de tendre l’oreille quand elle est dans la même pièce que les héros ? Ou Nathan, le savant fou multimilliardaire à la base d’une compagnie de type Google, dont on ne sait pas trop pourquoi il essaye de mettre une intelligence artificielle au point ? Une chose est sûre, au bout de dix minutes d’un climat relativement lourd au milieu de cette maison-bunker à l’esthétique de clip électro : un truc cloche, et ça ne va pas bien se terminer pour tout le monde. Reste à savoir qui se sert de qui, et à quelle fin.

 

 

 

Pas encombré de crédibilité (certains aspects économiques et logistiques chagrinent un peu, même si la présence d’un milliardaire suffit à justifier plein de choses sans chercher plus loin), Ex Machina se distingue surtout par ses interprètes. Oscar Isaac fait une nouvelle fois preuve de son magnétisme animal, plongeant son regard ambigu dans chaque personnage comme s’il avait trois longueurs d’avance, tandis que Domhnall Gleeson, explorant le trouble qui envahit peu à peu son personnage, peut-être jusqu’à la folie, est très convaincant en jeune homme fragilisé. Mais celle qui risque de tirer son épingle du jeu, c’est tout de même Alicia Vikander, en robot sophistiqué mais jamais complètement lisible. Sincère ou manipulatrice, autonome ou téléguidée par son créateur, dotée de sentiments ou uniquement d’algorithmes… Il faut attendre le dernier quart d’heure pour que les masques tombent et que chacun récolte ce que, consciemment ou non, il a semé.

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