iZombie, mystère et boulettes de cervelle

 

izombie

 

Rob Thomas et Diane Ruggiero, respectivement créateur et productrice exécutive de Veronica Mars, ont lancé au printemps iZombie, une série qui rappelle vaguement leur création-phare : une blonde qui enquête, dans un format drama de 42 minutes, mais avec des éléments de comédie et de geekerie, des secrets, un gentil ex, un mystère au long court pour servir de fil rouge… Bref, c’est pas exactement le renouveau du siècle. Mais l’occasion de retrouver quelques visages familiers (Rose McIver, David Anders, échappés de Once Upon A Time, Robert Buckley de One Tree Hill) et de s’amuser à théoriser sur une forme de zombie capable de s’intégrer socialement. En gros c’est Veronica Mars x Body of Proof x Dead Like Me, ou comment une morte se retrouve obligée, coincée sur Terre, de recalibrer sa vie autour de son nouveau statut surnaturel, et trouve un sens à cette nouvelle existence en se rendant utile dans des enquêtes policières.

 

 

Le pitch, selon Allociné :
Olivia Moore, surnommée Liv, une étudiante transformée en zombie lors d’une soirée qui a très mal tourné, travaille en tant que médecin légiste afin de pouvoir profiter du festin que représentent pour elle les cervelles des défunts. A chaque bouchée, elle hérite des souvenirs de la personne. Cherchant désespérément un sens à sa vie, elle se rend compte qu’avec l’aide du détective Clive Babinaux, elle peut résoudre les affaires de meurtres et calmer ainsi les voix qui la tourmentent dans sa tête…

 

izombie wake

 

 

Le concept est plutôt sympa, et assumé jusqu’au bout, quitte à imposer quelques lourdeurs (adaptée d’un comics, la série pousse la littéralité jusqu’à mettre des inserts de type BD lors des changements de scène), et le mystère concernant l’épidémie de zombies devrait permettre de nourrir l’intérêt des téléspectateurs de la CW pendant quelques mois (iZombie a été renouvelée pour une saison 2) : qui sont Blaine, le chef de toute cette bande, et ses acolytes ? Pourquoi semblent-ils déclencher l’épidémie sciemment ? Pourquoi ne s’est-il rien passé de plus visible, niveau invasion, durant les cinq mois entre la transformation de Liv et le moment où on la retrouve, dans le pilote, à son poste de médecin légiste ?

 

 

Car c’est là l’un des défauts de la série : elle fait le choix de l’ellipse narrative pour passer très vite à la collaboration policière qui va donner un nouveau « sens »  à la vie de Liv, et donc au schéma hebdomadaire « enquête de la semaine / leçon existentielle pour l’héroïne / nouvel élément de l’intrigue fil rouge ». Mais du coup, on perd, même si des flashbacks surviennent, toute la partie intéressante de l’histoire durant laquelle Liv prend conscience de ce qui lui est arrivé, comprend et apprivoise son besoin nouveau de manger de la cervelle, tente probablement d’accepter l’idée que les zombies existent, traverse un épisode dépressif, doit réajuster son existence autour de son nouveau statut, pense qu’elle doit absolument se distancer de ses proches…

izombie rose mciver

J’aurais trouvé ces problématiques bien plus intéressantes à aborder, même si le format « case of the week » permet de donner un rythme plus léger à la série. Parce que, franchement, en partant de cinq mois après le « décès » de Liv, on ne comprend pas trop pourquoi elle se cache de son entourage, dans une sorte de métaphore de coming out, alors qu’elle est socialement acceptée par son collègue en deux minutes et que, en vivant auprès d’eux sans les informer de ce qui lui est arrivé, elle les met probablement plus en danger que si elle expliquait ce qu’elle est : une nana malencontreusement transformée en zombie, mais qui garde une morale et une capacité à s’intégrer socialement en s’efforçant de n’être un danger pour personne. Pas de quoi déclencher l’ire et les gémonies de ta meilleure amie ou de ton petit frère, s’ils ne sont pas trop cons. Mais bon, supposons que l’état neurasthénique dans lequel plonge le zombisme rend Liv un peu pessimiste.

 

izombie liv clive

 

L’autre point noir de la série, ce sont les enquêtes, qui manquent un peu de tension et de malice dans leur résolution, et qui servent surtout de prétexte à permettre à l’héroïne d’explorer ses « pouvoirs » et leurs limites. Affublée d’un cliché sur pattes (le jeune flic noir sarcastique qui doit faire ses preuves auprès de sa hiérarchie) et de seconds rôles rigolos mais pas non plus hilarants, Liv mène des enquêtes sans réels enjeux dramatiques, où ses visions font l’essentiel du boulot, quand on pourrait espérer que des compétences plus personnelles lui permettraient de s’affirmer. N’osant ni le gore, ni la franche rigolade, ni le suspense insoutenable quant à la découverte du « secret » de l’héroïne, ni la grosse intensité dramatique, iZombie devrait au moins soigner ses mystères.

Toutefois, n’oublions pas qu’il s’agit d’une première saison, mettant en place des enjeux plus larges, et que les relations de Liv avec son entourage sont appelées à évoluer vers une révélation puis une acceptation de son nouveau statut (même si c’est un peu bizarre de se dire qu’elle a réussi à le leur cacher au début, ne se faisant pas flinguer par la police en sortant de son sac mortuaire avec sa tronche de zombie, et ayant la clairvoyance de comprendre la situation et ses nouveaux besoins sans que le recalibrage de sa vie – et de son look – n’alarme ses proches au-delà du « elle fait une crise goth »). Au final, une série plutôt sympa, un peu opportunément dans l’air du temps, mais qui devrait trouver son ton et son public sur trois ou quatre saisons, si la chaîne y croit suffisamment.

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