UnREAL

 

unreal quinn shia lifetime

 

Il y a quelque chose d’incroyablement frustrant dans les émissions de dating, de type Bachelor, dont il ne subsiste actuellement en France que les déclinaisons L’Amour est dans le pré et Qui veut épouser mon fils ? (qui entamera sa quatrième saison ce week-end), et qui a fini par me détourner de ces émissions, qui au départ m’amusaient pourtant : leur prévisible mais pénible montage affreusement répétitif.

 

unreal lifetime faith

 

Je veux dire, sur une émission de trois quarts d’heure, on a généralement dix minutes d’images qui sont diffusées en boucle mais avec des angles narratifs et temporels différents. Pour un premier épisode, par exemple, où le « bachelor » va rencontrer les candidates, avoir un premier coup de cœur, flirter avec une première fille et en faire pleurer une deuxième, on a :
– une présentation/résumé de deux minutes sur ce qui va se passer,
– une explication face caméra, par le présentateur, de ce qui va se passer,
– le début de l’épisode
– un teaser de ce qui va se passer après la première pause pub (mais qu’on a déjà vu dans la présentation du début)
– la pub
– un teaser post-pub qui résume ce qui s’est passé dans la première partie et tease encore une fois ce qui va se passer après
– trois minutes de séquence pas encore vue jusqu’à présent
– ENFIN le « direct-live » de la séquence « choc » teasée depuis le début (Machin embrasse Machine, Bidulette pleure, Trucmuche et Machine se clashent…)
– un deuxième teaser pour dire qu’après la deuxième pub il va y avoir des conséquences (genre une élimination)
– la pub
– encore un teaser post-pub qui résume ce qui s’est passé dans la deuxième partie et tease ce qui va se passer après
– une séquence random d’élimination
– le teaser de la semaine prochaine

 

unreal shooting lifetime

 

Bref, si on ne diffusait chaque séquence qu’une seule fois dans ce montage, l’émission ne durerait qu’un tiers de ce qu’on subit à l’écran, et c’est insupportable. C’est le reflet d’une vérité que l’on connaît depuis des années sur ce genre d’émissions : elles sont hyper-scénarisées, et pour une séquence de soirée bachelor / bowling avec les potes de Jean-Louis l’éleveur de chèvres / fête à Diamante K avec les tentatrices, qui aura généré des heures de rush, seules dix ou quinze minutes des segments les plus dramatiques finissent effectivement à l’écran, pour ne pas traîner en longueurs et avoir une chance de passer au Zapping. Quitte à manipuler les candidats et, potentiellement, détruire leur image et leur réputation en provoquant des moments de pétage de plombs. Ou, comme on le dit pompeusement, les contraintes nécessaires pour faire de la « bonne télé ». On doit piger les enjeux et la dramaturgie en quelques secondes, rester scotché à l’écran et attendre l’inévitable clash entre les volontés contradictoires des candidats. C’est aussi pour cela que les gens qui se prêtent au jeu, dont on finit par se demander, en-dehors d’une brève branlette narcissique due au passage à la télévision, pourquoi ils s’infligent ça (on a fini par remarquer que personne ne s’extrait réellement d’un Loft Story ou des Anges de la Télé-Réalité pour se retrouver avec un jules durable ou une carrière showbiz non-risible sur les bras – même l’exception Nabilla ne fait qu’à moitié envie), sont généralement des personnages archétypaux : la bimbo au grand cœur, la méchante bonnasse, le gentil pas très beau qui ne baisera personne, la cruche trop enthousiaste qui se fera éliminer au premier tour et aura le cœur brisé, le connard méprisant, le rigolo, la gentille fille abîmée par la vie, la gueularde caractérielle…

 

unreal constance zimmer

 

C’est à cela, et aux coulisses qui mènent à ces moments de gêne télévisuelle et de vide intellectuel, que s’intéresse UnREAL, bonne surprise estivale de la chaîne US Lifetime, créée par Sarah Gertrude Shapiro et Marti Noxon (scénariste de Buffy contre les vampires).

 

 

Le pitch, selon Allociné :
Les coulisses d’une émission de dating à travers les yeux d’une jeune productrice dont la mission est de manipuler les candidats afin d’obtenir les rebondissements dramatiques nécessaires à la vitalité du programme…

 

unreal shiri appleby

 

La jeune productrice en question, c’est Rachel, jouée par Shiri Appleby, parfaite avec son air de ne pas y toucher, et son front et ses sourcils constamment plissés sous le poids de tout le souci du monde. Un personnage à la fois incroyablement doué pour manipuler les gens, et complètement écœurée par les bassesses auxquelles elle doit se livrer. Mais qui, pour des raisons que l’on découvre dans le pilote, se retrouve obligée d’exercer à nouveau ce job, quelques mois après une spectaculaire sortie de route. Si les aspects soap ne manquent pas (avec notamment un ex-petit ami dans l’équipe de tournage), c’est bien le rapport schizophrène au métier et à l’éthique qui devrait s‘avérer passionnant dans ce nouveau drama qui s’annonce particulièrement dark, notamment autour de la relation de crainte-respect / domination-manipulation qui unit Rachel à sa patronne Quinn (Constance Zimmer). L’un de mes coups de cœur pour l’été, en espérant que ses audiences un peu confidentielles ne l’empêchent pas de durer plus d’une saison.

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