Vice Versa

 

Joy (voice of Amy Poehler) ©2014 Disney•Pixar. All Rights Reserved.

 

 

C’est quoi, d’abord, ce titre français ? Inside Out, le titre original, est tellement plus clair, plus logique, évoquant aussi bien l’action qui se passe à l’intérieur de l’esprit d’une fillette que les chamboulements qui mettent sa vie sens dessus-dessous. Vice Versa, ça renvoie à quoi, au juste ? Ce n’est pas bien grave, mais pour l’idée la plus perchée que Pixar (qui commence franchement à patauger dans la même logique de franchises que les grands studios, si réussies les suites de Toy Story, Le Monde de Nemo, Cars, Monstres et Cie ou Les Indestructibles soient-elles) ait eu depuis longtemps, c’est un peu dommage de perdre un peu plus le spectateur avec un titre abscons.

 

inside out pixar

 

Sorti une semaine après Jurassic World aux Etats-Unis, Inside Out n’a pas réussi à détrôner le triomphe public de Colin Trevorrow, qui a été le deuxième film de l’Histoire à dépasser les 100 millions de dollars de recette aux États-Unis durant ses deux premières semaines d’exploitation. Le nouveau Pixar, présenté hors-compétition à Cannes en mai, a dû se contenter de la deuxième position, et d’un solide 91 millions de dollars. Un joli chiffre, puisqu’il bat un record : c’est le plus gros démarrage de tous les temps pour un film qui ne soit ni une suite, ni une adaptation d’un livre ou d’un autre produit culturel (Harry Potter, Twilight, Transformers, etc.). En d’autres termes, c’est le plus gros démarrage pour un film « original », qui n’est pas (encore) une franchise, et dont le public n’avait une connaissance préalable qui l’aurait rendu particulièrement avide de le découvrir.

 

 

Si, paradoxalement, c’est aussi la première fois qu’un film de Pixar n’est pas le numéro un au box-office le week-end de sa sortie, Inside Out est donc la preuve de la belle cote de popularité et de confiance du public envers la société de production rachetée par Walt Disney Pictures en 2006.

 

inside out riley

 

Le pitch, selon Allociné :
Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

 

 

 

Ou, comme le web social l’a gentiment moqué :

pixar what if

 

Très conceptuel, je trouve, pour des enfants de moins de dix ans, Inside Out est le produit le plus adulte pondu par Pixar depuis Wall-E. On sent les différents niveaux de lecture, et la complexité de certains concepts, plus lisibles par les « grands » : mémoire à long terme, sommeil paradoxal, pensée abstraite, illustrent autant de notions qu’un enfant de sept-huit ans, peu familiarisé (si tout va bien pour lui) avec les concepts de la psychanalyse, peut avoir du mal à comprendre de prime abord. Mais le film trouve des représentations malignes pour se rendre assez accessible, quitte à ressembler, pour un bambin, à un banal film d’aventures aux enjeux clairs et confus à la fois.

 

inside out anger

 

Métaphore sur la pré-adolescence et ses différents bouleversements (notamment hormonaux, que le film n’évoque que dans ses dernières minutes, se gardant probablement des cartouches pour une suite où Riley serait un peu plus âgée), Inside Out est une poétique réflexion sur la nécessité de grandir, l’adieu à l’enfance et à une certaine idée de l’innocence, qui s’inscrit dans la droite lignée des fables Pixar (Toy Story, Nemo, Up…), plaçant notamment la famille au centre de toutes les valeurs-refuges. Les cinq personnages cohabitant dans la tête de la petite Riley incarnent cinq émotions relativement basiques, qu’on imagine aisément rejointes par d’autres, à mesure qu’en grandissant, une personnalité se complexifie : orgueil, confusion, convoitise, patience, soulagement, consternation, embarras… Autant de rejetons, peut-on supposer, de ces cinq émotions « cardinales », présentes dès le début de la vie d’un être bénéficiant, par ses sens, d’une fenêtre ouverte sur le monde. Le fait de les présenter comme des êtres dotés de volontés et de vies propres rend le libre-arbitre de Riley un peu abstrait, mais incarne bien cette idée que les sentiments sont des choses qui nous saisissent malgré nous et que, bien souvent, on ne maîtrise guère.

 

inside out control

 

Rappelant un peu Wreck-It Ralph par la nécessité pour les scénaristes de créer tout un univers visuel dans lequel faire évoluer ses petits personnages, Inside Out est une jolie réussite, qui remportera l’adhésion sans peine. Si la présence d’Amy Poehler et de Mindy Kaling au casting ne sera pas vraiment un argument commercial en France, le film est en tout cas impeccablement calibré pour le succès en salles, les produits dérivés sautant par ailleurs aux yeux dans de nombreuses séquences. Le premier favori à l’oscar 2016 du meilleur long métrage d’animation est en tout cas connu.

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