Another Period

 

another period natasha leggero riki lindhome

 

Comedy Central est essentiellement connue, de notre côté de l’Atlantique, pour le Daily Show de John Stewart et pour South Park, ses deux programmes phares, a priori. Mais c’est aussi et surtout une chaîne câblée qui a fait, comme son nom l’indique, de la comédie son crédo, donnant leur chance à des formats originaux (Workaholics, Key & Peele) ou en syndication (Archer, Adam DeVine’s House Party, It’s Always Sunny In Philadelphia, Inside Amy Schumer), avec plus ou moins de bonheur mais toujours avec une louable volonté de proposer des choses nouvelles et fraîches dans l’univers souvent random de la sitcom.

 

 

 

Another Period est sa dernière création, et se résume grossièrement à ceci : une parodie de Downton Abbey, dans un contexte américain, qui s’inspirerait directement de Keeping Up with the Kardashians. Ou une parodie de real-tv en costumes dans la haute bourgeoisie du début du XXème siècle.

 

Le pitch, selon Allociné :
Les mésaventures de la famille Bellacourts, la première famille de l’État de Rhode Island. Elle n’a absolument rien à offrir au monde, mais a tellement d’argent que ça n’a pas d’importance…

 

 

Bon, moi, avec un titre pareil, et en ne connaissant rien de la série, j’imaginais plutôt une série sur une femme cherchant à tout prix à tomber enceinte et qui serait dégoûtée, mois après mois, de constater qu’elle a à nouveau ses règles. Mais j’ai l’esprit tordu et ce n’était pas nécessairement un bon matériau pour une série, comique ou non. L’idée du reality show x period drama est, sur le papier, bien meilleure.

 

another period christina hendricks

 

 

On a donc un cast de malade, au service d’une intrigue absurde et hystérique : Christina Hendricks (Mad Men), Paget Brewster (Criminal Minds), Brian Huskey (Veep), Thomas Lennon (The Odd Couple), Artemis Pebdani (Scandal)… Le tout, plus ou moins porté par les deux héroïnes désignées de la série, Natasha Leggero et Riki Lindhome, dans les rôles respectifs de Lillian Abigail Hitler Schmemmerhorn-Fish et Beatrice Tiffani Amber Thiessen Downsy, les deux riches et vilaines sœurs qui font tourner la maisonnée à coups de crises et autres drames quotidiens. Les séquences, en costumes d’époque (l’intrigue se déroule dans le Newport de 1902), sont entrecoupées d’un gimmick rap composé par Snoop Dogg.

 

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L’originalité du format est, hélas, peut-être le point faible de la série : déjà, tout ce beau monde, c’est très vanity project, très américain, autour de Leggero et Lindhome, deux habituées de Comedy Central, genre projet de potes du Saturday Night Live, et culturellement, pour un Français, ce n’est pas forcément évident d’adhérer à tout. On sourit un peu, on rigole deux fois dans le pilote, mais on se sent un peu largué. Par ailleurs, comme l’intrigue est du grand n’importe quoi, ça manque un peu d’enjeux narratifs forts. On sent bien que la nouvelle bonne, campée par Christina Hendricks, doit être perçue comme l’élément perturbateur qui va gripper la mécanique sociale d’une machine familiale bourgeoise qui vit comme la noblesse de l’Ancien Régime (rapports avec la domesticité, scènes de lit avec des spectateurs, etc.), mais contrairement à un Downton Abbey, l’évolution des rapports de classe au tournant du XXème siècle ne semble pas être le « message » de la série, qui se limite à des enchaînements de scènes outrancières autour de pratiques révolues : si je ne regarde pas les Kardashians ou les Anges de la Télé-Réalité, c’est justement parce que je n’y perçois aucun enjeu narratif. A la fin, ils en seront au même point d’inutilité, d’absence de remise en question de leur style de vie et de course à la notoriété que seule le maintien de leur émission à l’antenne va réellement contribuer à préserver. Pourquoi regarder un truc si à la fin personne ne gagne, ou n’a progressé, n’est devenu un chanteur professionnel, n’a décroché une cagnotte d’un million d’euros, n’a résolu un mystère ? Baigné d’humour non-sens, Another Period est plutôt drôle et dégage une belle assurance dans son matériau comique, mais un peu comme South Park ou Les Simpsons, on sent que ça ne changera pas grand-chose si on tombe sur un épisode au hasard, tellement cela semble n’aller nulle part.

 

another period ep 3

 

 

Si quelques enjeux dramatiques apparaissent au fil du pilote (la nouvelle bonne qui cache un secret, le patriarche homo refoulé, l’aventure incestueuse entre deux des personnages), on sent déjà qu’ils seront réutilisés et résolus dans la plus totale absurdité, ce qui n’incite pas vraiment à s’y accrocher, donc.

 

 

A suivre, probablement pour ses fulgurances comiques (les scènes du pilote avec Helen Keller sont tordantes), Another Period pâtit de son côté vraie-fausse série, et devrait avoir du mal à traverser l’Atlantique.

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