Jongens

 

boys film netherlands

 

L’un des problèmes du cinéma estampillé gay, c’est qu’il est trop souvent basé sur de gros poncifs, parfois par nécessité de se réapproprier les figures imposées, parfois par facilité. Sexualité agressive, maladies sexuellement transmissibles, FAP, agressions : les tropes (récurrences scénaristiques) ne manquent pas dans la fiction gay. Le premier d’entre eux étant le coming out, ce qui est un sujet dont on ne saurait nier l’importance, mais qui finit un peu par lasser, de film en film, tant il reste au cœur des enjeux dramatiques qui nouent l’intrigue alors que, bon sang, il y a tellement plus dans la vie d’un homosexuel que son éveil à l’amour et la première fois qu’il doit verbaliser et assumer…

 

boys cover

 

De Brokeback Mountain à Shelter, en passant par Beautiful Thing ou Ligne d’eau ou Free Fall l’année dernière, on a donc souvent une variation sur une même histoire. Deux hommes, de préférence plutôt jeunes et beaux (voire adolescents, pour le côté coming of age), se rencontrent. L’un d’eux, plus avancé que l’autre dans l’affirmation de son identité sexuelle, va généralement être le premier à attarder son regard sur l’autre, voire lui faire du rentre-dedans et initier la relation. L’autre, plus en retrait (car refoulé jusqu’à présent ou simplement dans le déni social de son homosexualité) mais intéressé, oppose généralement peu de résistance à ce désir, puisque réciproque, mais se braque complètement quand il s’agit de prendre le risque que ça se sache. Suivent alors relation secrète, torture mentale, mauvaise image de soi, et, suivant la direction que veut prendre le scénario, confrontation, création d’une barrière sociale (genre l’un des deux mecs a une copine ou se marie avec une femme), coming out, barrière surmontée, rattrapage du « social » (par son approbation / validation ou par son rejet violent), et éventuellement happy end ou mort de l’un des deux personnages.

 

 

Dans le fond, tout est social : l’homophobie intériorisée des personnages, ou celle qui les entoure, la peur du rejet, la tension du coming out, la nécessité de se cacher ou de fuir son cadre social pour vivre librement… Mais c’est quand même toujours un peu la même chose, ces films, qui misent pas mal sur l’esprit fleur bleue de leur public, et la douce sensation qui envahit nos cœurs d’ex-midinettes qui rêvaient de voir des fictions romantiques reflétant leurs premiers émois, à grands coups de scènes de baisers volés et de baise généralement très chaste. Pas très subversif, à mesure qu’on se rend compte que cette chasteté sert surtout à ne pas froisser le public hétérosexuel et à ne pas plomber la distribution du film.

 

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Jongens (rebaptisé Boys, chez nous) (bonjour le titre SEO-friendly), du néerlandais Mischa Kamp, ne déroge pas trop à ces règles, vues et revues, ici avec deux ados de quinze-seize ans évoluant dans le milieu de l’athlétisme. Et pour cause : à la base, c’est un téléfilm. Mais il a été si bien accueilli aux Pays-Bas qu’il a bénéficié d’une distribution en salles pour quelques autres pays, dont la France. Il faut dire que la mise en scène est plutôt intéressante, avec certains plans très joliment construits, pour sublimer les interprètes et l’idylle naissante, avec des choix intéressants pour la composition de certains plans, notamment. Petit manque, qui est aussi une petite originalité : il ne sera pas vraiment question de coming out dans le film ; c’est surtout l’histoire d’une prise de conscience personnelle chez le personnage « principal » (ce dernier étant, comme toujours, le moins avancé dans l’acceptation de son homosexualité, et celui chez qui celle-ci risque de nécessiter le plus de recalibrage de sa vie sociale), la potentielle violence des réactions de l’entourage n’étant pas vraiment une question résolue en fin de film. Du coup, le propos du film apparaît d’une simplicité toute naïve : l’important, c’est peut-être de s’accepter soi-même, et de ne pas aimer en fonction des autres. Parce que, dans le fond, même si elle doit se dérouler sous leurs yeux, ce n’est pas leur histoire.

 

 

Sans révolutionner le genre, Jongens est donc plutôt mignon, pour qui est sensible à la problématique des premiers émois amoureux chez les jeunes homos. Il reste nécessaire, notamment pour quelques centaines de milliers d’adolescents de chaque nouvelle génération, de s’identifier à des personnages, réels ou de fiction, sur lesquels ils peuvent projeter la normalité de leurs questionnements sur leur sexualité, dans un monde qui demeure farouchement hétérosexuel et où ils pourraient penser qu’une orientation sexuelle minoritaire a moins de valeur, d’autant plus que les codes sociaux dans lesquels ils baignent vont trop souvent dans ce sens.

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