Les Minions

 

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C’est LE plan marketing le plus agressif de la saison, presque pire que Fifty Shades of Grey, présent partout, dans le métro, sur les bus, à la télé, dans le Happy Meal, sur les boîtes de Tic-Tac, les bananes, les bouteilles d’Oasis, les paquets de Chocapic… Il faut vivre dans une grotte pour échapper aux Minions qui, en dépit de la sympathie spontanée qu’ils inspirent (en partie due, chez nous, aux gars des Gobelins qui se cachent derrière), peuvent finir par devenir antipathiques, à force de s’imposer à nos yeux jusqu’au gavage. Mais je sors avec un minion n’ai pas su résister à l’appel des petites pilules jaunes aux voix rigolotes situées quelque part entre l’hélium et le bambin, même si je les ai découvertes tardivement (je n’ai vu les deux Despicable Me que l’année dernière). Je suis donc allé voir le film, à la fois surpris et pas tant que ça, de voir que les enfants n’étaient pas majoritaires dans la salle.

 

 

Le pitch, selon Allociné :
A l’origine de simples organismes monocellulaires de couleur jaune, les Minions ont évolué au cours des âges au service de maîtres plus abjects les uns que les autres. Les disparitions répétitives de ceux-ci, des tyrannosaures à Napoléon, ont plongé les Minions dans une profonde dépression. Mais l’un d’eux, prénommé Kevin, a une idée. Flanqué de Stuart, l’adolescent rebelle et de l’adorable petit Bob, Kevin part à la recherche d’un nouveau patron malfaisant pour guider les siens.
Nos trois Minions se lancent dans un palpitant voyage qui va les conduire à leur nouveau maître : Scarlet Overkill, la première superméchante de l’histoire. De l’Antarctique au New York des années 60, nos trois compères arrivent finalement à Londres, où ils vont devoir faire face à la plus terrible menace de leur existence : l’annihilation de leur espèce.

 

 

Bon alors déjà, ce synopsis est tout pourri, il n’est jamais question de l’annihilation de l’espèce, mais bon. Passé ce constat, on peut résumer Les Minons à ces quatre mots, qui s’appliquent à tant d’autres choses de la vie : bien mais pas top.

 

minion new york

 

Je suis bon public, et les maladresses et dialogues borborygmes des minions, ici clairement adressés aux enfants, me font sourire, voire rire s’ils sont bien mis en scène (d’ailleurs, grosse prouesse d’avoir su doser la juste quantité de dialogues incompréhensibles dans le film – qui de facto en contient beaucoup – juste assez pour que ce ne soit pas insupportable, jouant brillamment avec la limite). Et c’est le premier problème : ici, le film ne semble pas vraiment trouver son ton. S’adresse-t-il à des marmots qu’il effraiera avec sa grande méchante transformée en grande méchante louve le temps d’une séquence de petite histoire avant de dormir, ou à des adultes qui sauront s’amuser d’un minion en string ou d’Elizabeth II en mode fight ? Trop cucu dans sa dimension enfantine et pas assez offensif dans ses clins d’œil aux plus grands, Les Minions propose un résultat un peu tiède.

 

 

L’autre souci, c’est cette impression d’opportunité loupée. En centrant tout un film sur eux, on pouvait espérer en apprendre plus sur les minions. Par exemple, pourquoi suivent-ils des méchants alors qu’ils sont gentils et serviables ? Par instinct de survie, se cherchant un leader protecteur ? Ils ont quand même l’air de très bien se débrouiller seuls pour s’organiser en société et se sortir de toute situation (y compris une explosion en plein ciel) sans y laisser leur peau. Ou tiens : pourquoi ne meurent-ils pas ? Nan parce que bon, s’il y a une caractéristique intéressante, chez ces bestioles, et qui pourrait attirer quelques convoitises humaines, c’est bien leur apparente incapacité à se blesser ou à mourir. Comment fonctionne leur organisme, vu qu’ils ont l’air d’avoir besoin de manger mais en fait pas trop ? Comment s’organisent-ils en société au fond d’une grotte glacée sans être dérangés pendant 150 ans ni avoir de difficulté apparente à se procurer des bananes ?

 

minions scarlett overkill

 

Le film s’adresse clairement à des gamins de moins de six ans qui ne se poseront pas de questions, et exige de mettre le cerveau en mode veille pendant une heure et demie. Et quel dommage, franchement, de dédier un film à ces créatures pour qu’au final on n’y apprenne rien de plus sur elles. Lors des deux premiers volets Despicable Me (le troisième débarquera en 2017), on ne constatait, chez ces petits serviteurs rigolos au second plan des intrigues, qu’ils étaient de petites pilules jaunes serviables, maladroites et rigolotes, sans trop comprendre comment leur évident bon fond les amenait à servir le mal. Des espèces de métaphores d’enfants pas sages. Dans Les Minions, on constate… qu’ils sont de petites pilules jaunes serviables, maladroites et rigolotes, sans trop comprendre comment leur évident bon fond les amène à servir le mal. Intéressant.

 

 

N’apportant aucune espèce de profondeur supplémentaire à la psychologie unidimensionnelle de ses petits héros, Les Minions perd au passage ce qui faisait le sel des Moi, Moche et Méchant : la réflexion sur le mal et sur les changements de perspective. Ici, alors que le film explore dans un premier temps (sans pour autant beaucoup l’expliquer) cette relation de servitude vis-à-vis du mal, les scénaristes décident, un peu artificiellement, de créer une volte-face chez Scarlet Overkill, qui devient bêtement l’antagoniste des minions durant la deuxième partie du film. Comme il eut été plus savoureux d’exploiter Elizabeth II ou Richard Nixon, entraperçu sur une affiche en début de film, pour créer un adversaire moins conventionnel et plus propice aux clins d’œil. Mais tout cet ancrage historique dans les années 60, vaguement appuyé par une référence aux Beatles et aux pantalons patte d’éph, n’est qu’un artifice, inutile à l’intrigue, ne servant qu’à faire du film un prequel à la saga dont il est dérivé.

 

minions hitch hiking to orlando

 

Très basique en fin de compte, Les Minons me fait le même effet que Connasse il y a quelques semaines : un bête produit dérivé, dont le scénario sans intérêt sert surtout à enchaîner des saynètes qui auraient eu toute leur place sur une chaîne YouTube. Le format shortcom me semble au final bien plus adapté, et on sent venir, production française oblige, le futur partenariat avec une émission jeunesse pour développer une série (ou une websérie) avec de mini-épisodes de deux minutes façon Happy Tree Friends (mais en bien moins trash, forcément). C’est bien parti, vu le succès qui s’annonce en salles. Et en un sens tant mieux : c’est pas parce que le cinéma n’est pas le format idéal pour eux que les minions ne restent pas, à mes yeux, une jolie réussite comique. S’ils t’amusaient jusqu’à présent, ils continueront à t’amuser dans les prochains mois.

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