Love & Mercy

 

love & mercy paul dano

 

J’avoue, non sans honte, que j’y suis surtout allé au départ pour être dans une salle climatisée, la canicule menaçant de griller mon dernier nerf, et la séance de Terminator Genisys affichant complet. J’avais entendu parler de ce biopic sur Brian Wilson, porté par John Cusack et Elizabeth Banks, il y a quelques mois déjà, et je me demandais ce que ça allait donner, dans la mesure où quelques ingrédients étaient prometteurs. Déjà, le sujet : Brian Wilson, l’un des personnages les plus importants de la pop de ces cinquante dernières années, qui a défini un son pop californien unique dans les années 60, qui devait par la suite inspirer de nombreux groupes de rock. Ensuite, le réalisateur : Bill Pohlad, prolifique producteur qui a eu du nez au cours de la dernière décennie, associant son nom à des films aussi divers que Brokeback Mountain, A Prairie Home Companion (The Last Show), Into The Wild ou The Tree Of Life.

 

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Love & Mercy, c’est un peu son kif artistique perso, puisque c’est sa première réalisation. On y suit Brian Wilson à deux périodes de sa vie qui se renvoient la balle : dans les 60’s, en pleine gloire, alors que les Beach Boys cartonnent et que, seul véritable compositeur du groupe, paralysé par le trac qui lui fait fuir la scène, il lutte à la fois contre lui-même (via des hallucinations auditives persistantes) et contre les autres (s’acharnant à explorer de nouveaux sons avec l’album Pet Sounds qui, devenu culte depuis, n’a pas vraiment marché à l’époque) ; et dans les 80’s, en pleine dépression où, sous l’emprise psychologique et matérielle de son psy, Eugene Landis, devenu au fil du temps son conseiller, imprésario, producteur, co-songwriter, puis carrément tuteur légal, il rencontre la femme qui va lui redonner goût à la vie.

 

love & mercy elizabeth banks john cusack

 

Si la structure narrative est assez classique, les deux « parties » du film sont très intéressantes, chacune étant portée par une interprétation impeccable, respectivement de Paul Dano et de John Cusack, deux spécialistes des personnages de mecs sensibles borderline. La jeunesse de Wilson, telle qu’elle est explorée dans le film, montre une plongée très réussie dans l’inspiration créatrice d’un génie aux multiples fêlures, de même que dans les tumultueuses relations d’amour et de pouvoir qui unissait Wilson à son père et aux autres membres de son groupe. La partie 80’s, moins musicale, est plus passionnante dans la mesure où elle se présente presque comme un thriller, dont la narration chevillée au personnage féminin plutôt que bêtement à Brian Wilson, donne à découvrir, par à-coups, la personnalité et la vie de cet homme après deux décennies d’errances personnelles, de gêne progressive en révélations affolantes, amenant à espérer sincèrement que les deux héros s’en sortiront ensemble. Moins « intéressante » d’un point de vue bio (vraisemblablement un peu romancée et rendant très mal compte du laps de temps dans lequel elle se déroule – six ans), cette partie-là du film apporte la nécessaire tension narrative, avec enjeu fort à la clé, dont le film a besoin pour tenir le rythme. Elizabeth Banks, essentiellement connue pour des comédies mais déjà passée par l’exercice du biopic (sous la direction d’Oliver Stone dans W. en 2008), est très convaincante dans un registre dramatique, et crée en quelques gestes l’empathie avec le spectateur.

 

 

 

Faisant le choix des ellipses temporelles (on ne saura pas grand-chose de la vie de Brian Wilson dans les années 70, de son divorce, de sa réaction à la ringardisation progressive des Beach Boys qui, durant ces années-là, n’eurent plus autant de succès, ou encore de ses rapports professionnels avec le groupe, pour lequel il continuait de composer), Love & Mercy a aussi pour lui la force du happy ending : Brian Wilson n’étant pas mort à ce jour, l’histoire peut se terminer sur une note heureuse, sur l’espoir d’un futur plus gai pour l’auteur-compositeur-interprète, le film s’achevant au début des années 90.

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