Scream, du cinéma à MTV

 

Scream-Bella-Thorne-mtv

 

Depuis quelques mois, à mesure que les teasers et photos de tournage apparaissaient en ligne, j’étais de plus en plus sceptique quant à l’arrivée de Scream, saga ciné complètement essorée qui relança la mode du slasher dans les années 90 mais qui n’avait plus vraiment assez de souffle (ou de courage de tuer au moins l’un de ses trois personnages principaux) pour son quatrième volet en 2011, sur petit écran. Seul point « rassurant » : la chaîne, MTV, pas un gage d’excellente série, mais un média idéal pour un tel produit de la culture pop.

 

scream mtv emma

 

Scream occupe une place assez particulière dans mon bestiaire ciné : c’est la première saga horrifique à laquelle je me sois vraiment confronté, trop flipette pour affronter tous les volets d’Halloween, Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit, et à ce jour, c’est la seule à qui j’ai fait l’honneur de regarder tous les volets. Si j’étais un peu jeune pour voir Scream au cinéma en 1996, j’ai en revanche vu Scream 2 à sa sortie en salles, et du haut de mes treize ans, la scène d’ouverture m’a beaucoup marqué, même dans un petit ciné local. La scène d’ouverture du premier volet, avec Drew Barrymore, reste un must du genre, à la fois méta, surprenante et éprouvante. Scream 3 marquait clairement le pas, délaissant nettement le gore et le jump scare au profit d’une dimension méta supplémentaire qui confinait à la parodie, mais Scream 4, il y a quatre ans, m’a refait goûter au plaisir de me demander au détour de chaque scène qui allait se retrouver connement isolé du groupe et se faire trucider dans un sursaut, faute de vraiment se renouveler ou d’oser une résolution plus forte (disons qu’ils s’en gardaient sous le coude pour d’autres suites, puisqu’il se disait à l’époque qu’une nouvelle trilogie allait suivre). Mais était-ce bien un matériau viable pour une série de 10 x 40 minutes ?

 

scream mtv nina

 

Le pitch, selon Allociné :
A Lakewood, un tueur masqué déguisé en fantôme sème la terreur autour de lui, faisant remonter à la surface les secrets d’un passé trouble. Le coupable aurait-il un lien avec le mythique Brandon James, qui avait à l’époque laissé de nombreuses victimes sur son passage ? L’assassin était alors obsédé par la jeune et belle Daisy. La fille de celle-ci, Emma, a aujourd’hui l’âge de sa mère au moment des drames. Le cauchemar recommencerait-il ? Qui sera la prochaine cible du détraqué ?

 

 

 

Exit, donc, Woodsboro, Sidney Prescott, Gale Weathers et Dewey Riley, place à de nouveaux ados, qui font face à un tueur en série qui se cache, vraisemblablement, parmi eux. Alors certes, la série de MTV revendique assez lourdement la filiation avec la saga de Wes Craven (meurtre en séquence d’ouverture, héroïne nunuche hantée par un passé douloureux et qui ne va pas tarder à être au centre des attentions du tueur, téléphone utilisé à des fins de harcèlement et de jump scare, grosse fête organisée alors que des ados sont morts la veille, petit ami de l’héroïne qui COMME PAR HASARD était injoignable au moment du premier meurtre, conne qui va toute seule dans le garage, groupes de potes qui parlent des codes des films d’horreurs pendant la pause sur le campus, cours de littérature qui dégénère en discussion méta sur le cinéma d’horreur… on est parfois à la limite du remake plan pour plan, notamment dans le pilote), mais elle se départ de quelques éléments qui, justement, étaient des signatures, à mon sens essentielles, de la version ciné : l’héroïne faible mais badass dans l’adversité, le groupe d’amis tellement sympas que ça nous déchire le cœur de devoir tous les suspecter, et bien évidemment le mythique masque de Ghostface. Ici, le tueur a un manteau moche façon Ben Willis de Souviens-toi l’été dernier, et un masque tout pourri :

 

scream-nouveau-masque

 

Franchement, que ce soit un manque de moyens ou une volonté de se démarquer de la saga originelle, c’est dommage. Emma est mignonne, mais n’impose pour le moment pas grand-chose de plus, à l’écran, que son temps de présence plus long que celui de ses camarades. Elle sera la final girl de ce survival estival, on l’a bien compris et on sait qu’on peut suivre ses scènes sans trop craindre qu’elle se fasse zigouiller, ce qui la rend rassurante et nous accrochera à son parcours. Quant à ses amis, rien à voir avec les souriants Derek, Mickey, Tatum, Randy ou Stuart : on a, dans l’ordre : une pimbêche qui couche avec le prof de littérature, un quaterback queutard décérébré, un pote sidekick branleur sans intérêt, un fan de tueurs en série, un nouvel élève mystérieux et ténébreux qui a débarqué au lycée juste avant que les meurtres ne commencent, une fille populaire / quota asiatique… Comme dans la série, tout le monde est suspect, mais ici ils sont tous tellement imbuvables qu’on veut bien que ce soit n’importe lequel qui se fasse zigouiller ou qui se révèle coupable.

 

scream mtv brooke

C’est paradoxalement dans ces entorses à son matériau de base que, même si les fans de Wes Craven seront déçus, Scream trouve son intérêt à se décliner en format série. Certes, Emma ne sert à rien pour le moment, mais du coup on se dit qu’elle pourrait bien mourir à son tour, tant elle n’est qu’un vecteur qui doit amener l’intrigue jusqu’à un certain point ; certes, les personnages secondaires sont tous des têtes à claque, mais du coup le scénario multiplie les fausses pistes à leurs sujets (on finit même par se demander si celui qui harcèle Emma n’est pas un individu qui n’a rien à voir avec les meurtres)… Certes, les meurtres sont trop peu nombreux (un seul par épisode) pour générer une tension de tous les instants, mais quand ils surviennent, le suspense et le jump scare sont toujours au rendez-vous.

 

scream mtv audrey

 

Mais la vraie bonne trouvaille, c’est d’avoir « doublonné » l’héroïne : Emma est certes, a priori, le personnage principal, mais on l’a affublée d’une ancienne meilleure amie, Audrey, une jeune outsider qui, contrairement à elle, n’a pas réussi à passer dans la catégorie des gens populaires au tournant des années lycée. On la sent bien plus badass que son ancienne copine. Comme Emma, Audrey est directement concernée par les événements de la série, et a une tendance à filmer tout ce qu’elle vit, ce qui pourrait s’avérer utile à la résolution de l’intrigue. Les deux personnages se renvoient un miroir pas vraiment rassurant l’une sur l’autre, et si une des premières pistes pointe vers Audrey, j’espère que la série saura éviter l’écueil de l’ex-meilleure amie lesbienne jalouse qui devient meurtrière pour regagner l’attention de l’héroïne.

 

scream-mtv-noah

 

Car c’est peut-être là le point le plus intéressant, quoiqu’un peu limité dans le temps (la série pourra-t-elle tenir plus d’une saison ?), de la transposition de la saga ciné vers le format série : la dimension whodunit de Scream est pleinement exploitée, et si les personnages ne sont pas décimés trop vite, chacun aura vraiment le temps d’être suspect. Du boyfriend qui cache ses empreintes sur un objet indéterminé, à la copine qui a punaisé une photo du tueur en série qui a tué des étudiants vingt ans plus tôt dans la petite ville, en passant par le nerd fan de films d’horreur qui fait de la sur-narration, chacun a sa fausse piste à suivre. Alors oui, on préférerait, pour le moment, n’avoir que 90 minutes à attendre pour démêler le vrai du faux et avoir la bonne réponse, mais comme il y a dix épisodes et qu’on est quand même accrochés, on tiendra les dix épisodes sans broncher.

3 réflexions au sujet de « Scream, du cinéma à MTV »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*