Manic Pixie Dream Girl

 

kate winslet eternal sunshine of the spotless mind

 

« Too many guys think I’m a concept, or I complete them, or I’m gonna make them alive. But I’m just a fucked-up girl who’s lookin’ for my own peace of mind; don’t assign me yours. » L’une des répliques cultes du non moins culte Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, en 2004, sortait de la bouche de Clementine, le personnage de Kate Winslet, s’adressant au héros Joel Barish et rejetant le trope de fiction dont elle était pourtant l’incarnation consciente : la Manic Pixie Dream Girl. La Manic Pixie Dream Girl (littéralement, la fille de rêve un peu folle et un peu féérique), c’est ce stéréotype allant encore plus loin que la Cool Girl dénoncée par Amy Dunne dans Gone Girl. Ce n’est pas une espèce de garçon manqué qui boit de la bière et accepte tous les défauts de son mec tout en arborant un corps de rêve comme dans Mary à tout prix : c’est sa version plus « sensible ».

rachel bilson

Vivement critiquée par les féministes, la MPDG est une sorte d’hypocrisie sur pattes. Certes, « sexy » n’est pas le seul terme par lequel le scénario du film où elle nous est présentée semble la définir. Elle n’est pas une James Bond Girl en robe décolletée ou une Jessica Alba en bikini : elle ne fait pas étalage de son sex-appeal et de son corps sculptural à chaque plan, et les camoufle sous des robes vintage et une gestuelle délicieusement maladroite et empruntée, aux accents adolescents, voire enfantins. Ce qui ne l’empêche pas d’être bonnasse, hein, ça se détecte quand même sous son T-shirt Sandro. Mais pas de manière ostentatoire. Du coup, on a l’impression qu’elle a plus de profondeur et de personnalité qu’une CJ Parker d’Alerte à Malibu, et que les scénaristes qui l’ont créée ont quand même vachement plus de respect pour les femmes que la moyenne des golden boys hollywoodiens.

 

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Sauf que c’est faux. Car sous ce vernis bourgeois, la Manic Pixie Dream Girl n’a pas plus de personnalité ni d’intrigue propre que la première bimbo de film d’action venue, ne servant qu’à finir dans les bras du mâle alpha. Sa seule différence, c’est qu’au lieu de finir au bras de Tom Cruise ou de Vin Diesel, elle finit à celui d’un gars au physique plus « ordinaire », plus identifiable pour le spectateur mâle hétérosexuel un peu mal dans sa peau, genre un Jason Biggs ou un Zach Braff.

 

 

Car si la MPDG n’est pas une demoiselle en détresse, elle est quand même le faire-valoir féminin du héros masculin. Elle est cette jeune femme mignonne et quirky, au look joli mais pas trop sexualisé, qui est un peu fofolle et rigolote, qui profite de la vie à fond et instille de la poésie et de la joliesse dans tout ce qu’elle fait et dit, qui va pousser le héros masculin (souvent un type ordinaire un peu paumé et malheureux) à reprendre goût à l’existence et à se prendre en main pour être heureux. Par contre, elle aura rarement un enjeu narratif qui lui soit propre. Un peu comme le « magical negro » de la fiction US (ce second rôle black qui donne un coup de main au héros blanc d’un film d’action mais qui, lui n’ont plus, n’a ni sa propre intrigue, ni une personnalité complexe, ni d’autre but que d’être sympa et utile à faire avancer l’intrigue du personnage principal), la MPDG n’existe qu’à travers sa relation avec le héros mâle hétérosexuel blanc. Elle est rassurante et déculpabilisante, sa seule présence à l’écran est un alibi contre la misogynie hollywoodienne. Mais elle n’a que rarement sa propre histoire, ses propres problèmes, son propre objectif en dehors de finir (ou pas, d’ailleurs) avec le héros. Et aussi, comme elle est un peu folle, c’est souvent à cause de sa douce dinguerie que le héros a du mal à faire fonctionner sa relation avec elle. En tout cas ce n’est certainement pas de sa faute à lui, oh non. C’est elle qui le retape quand il est en dépression et elle qui le pousse à la larguer parce qu’elle est névrosée. Bref, c’est elle qui fait tout le boulot, et encaisse au passage tous les torts, parce qu’elle est bien mignonne mais un peu invivable quand même. Et dans les cas où elle a un vrai problème bien à elle, genre maladie, cela ne se résout qu’à travers l’amûûûr du héros. Bref, la Manic Pixie Dream Girl, c’est une bimbo en version faussement intello, plus acceptable pour un public qui se croit au-dessus du sexisme, alors qu’elle sert exactement à la même chose : projeter le spectateur mâle dans une sexualité socialement valorisante.

kirsten dunst elizabethtown

Comme elle n’évolue pas dans un film identifié comme « blockbuster bourrin », n’a pas un look de bimbo, lit des livres, écoute du rock indé sur des disques en vinyle, est un peu exubérante mais pas trop, porte peut-être des lunettes à l’occasion, et mène une vie très photogénique (de ses robes à son appart en passant par les lieux qu’elle fréquente), la MPDG est une sorte de star d’Instagram qui s’ignore, dont beaucoup de blogueuses mode ont fait, plus ou moins consciemment, leur modèle.

 

 

Les exemples les plus connus :

 

katharine hepburn bringing up baby
Katharine Hepburn dans L’Impossible Monsieur Bébé (1938)

 

 

holly golightly
Audrey Hepburn dans Breakfast At Tiffany’s (1961)

 

 

kate hudson almost famous
Kate Hudson dans Almost Famous (2000)

 

kate winslet in eternal sunshine
Kate Winslet dans Eternal Sunshine Of The Spotless Mind (2004)

 

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Natalie Portman dans Garden State (2004)

 

kirsten dunst in elizabethtown
Kirsten Dunst dans Elizabethtown (2005)

 

500 days of summer
Zoey Deschanel dans (500) Days of Summer (2009)

 

 

maggie murdock love other drugs
Anne Hathaway dans Love and other drugs (2011)

 

ruby sparks
Zoe Kazan dans Ruby Sparks (2012), une troublante réflexion sur la MPDG et sur la création

 

 

L’une des égéries du genre, Zoey Deschanel, a même sa propre série qui, du moins au départ, semblait dédiée à ce trope : New Girl. Mais son propos de départ (comment une MPDG va de l’avant dans un monde bien plus cruel que ce que sa personnalité lunaire ne pourrait a priori supporter) s’est transformé en sous-Friends où, encore une fois, les névroses et la folie douce de la MPDG ne servent qu’à mettre du soleil dans le quotidien de ses colocs paumés, des personnages infiniment plus approfondis, drôles, évolutifs et intéressants qu’elle. Des mecs, évidemment.

Une réflexion au sujet de « Manic Pixie Dream Girl »

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