Miley Cyrus – Dooo It!

 

 

 

Je fais plutôt partie des défenseurs de Miley Cyrus en temps normal. Je trouve que le changement d’image qu’elle a opéré il y a un peu plus de deux ans était spectaculaire mais bien négocié, dans le sens où elle a réussi à imposer très vite sa nouvelle image comme « naturelle » et non comme une lubie, et qu’on a vite oublié son personnage public d’avant. On en est venu à revoir d’anciens clips, d’à peine trois ans, comme des trucs hyper vintage, limite on dirait que c’était une autre chanteuse, et en un sens tant mieux, parce que la « nouvelle » Miley avait davantage de chances de trouver un public qui la suivrait un peu plus longtemps que celui d’Hannah Montana, même au-delà du lycée.

 

 

J’apprécie aussi, même si d’autres ont tracé la voie avant elle (Lady Gaga, anyone ?), qu’elle ait mis sa nouvelle image au profit de causes nobles, comme la tolérance, la liberté sexuelle ou les jeunes LGBT rejetés par leur famille. Une manière de montrer qu’être « hors-norme », apparaître comme débridé, flamboyant ou slutty en public, comme elle le fait désormais régulièrement avec bonhomie et amusement, ne devrait pas déclencher de telles levées de bouclier, ni avoir des conséquences comme la violence, les menaces de mort ou la mise à la rue de leurs propres enfants par des parents. Ce que de vraies personnes, moins chanceuses et moins exposées qu’elle, subissent pourtant. Après tout, être gay, porter du rose, aimer twerker, est-ce si grave que ça ? La manière dont Miley Cyrus parle de son image et de son personnage public est porteuse de cela : il faut arrêter le slut shaming. Arrêter de juger sur l’apparence et de faire endosser la responsabilité de la violence à celui qui la subit, quand le seul tort de ce dernier est d’être gay / flamboyant / sexué / bariolé / atypique / visible / libre…

 

miley cyrus dooo it video

 

Mais avec le clip de Dooo it!, Miley entre dans une autre dimension, moins flatteuse a priori : le sous-entendu sexuel en mode #megagross. Genre NSFW. Le truc un peu épate-bourgeois et artificiel, sorti hors label, opportunément le soir où elle assure son gros coup médiatique de l’année : les MTV Video Music Awards. Et d’attendre que tombent, comme des fruits mûrs, les retombées web et presse d’un tel objet, vaguement éclipsé par son altercation des VMAs avec Nicki Minaj. Ici, on voit donc sa bouche en gros plan, avec vue plongeante sur sa langue, sa glotte et ses filets de bave, dans des prises différentes où elle chante sa nouvelle chanson, pendant que se déversent sur elle tantôt des vermicelles de sucre au caramel liquide, tantôt du lait, tantôt de la glu à paillette… Le résultat est assez dégueu’ à regarder, et est d’ores et déjà largement comparé à une métaphore crado de porno hardcore, façon bukkake se terminant en éjaculation faciale avec orgie de jizz de sperme. Bref, c’est tout à fait ce dont elle avait besoin pour refaire parler d’elle, alors qu’elle vient de « beyoncer » un nouvel album en ligne, intitulé Miley Cyrus and Her Dead Petz, co-écrit avec Wayne Coyne, le leader de The Flaming Lips. Et après tout, tout crado que ce soit, c’est probablement moins surprenant venant d’une star comme Miley, qui a fait de la provoc’ un élément d’image et de discours, presque politique, que ça ne l’aurait été, mettons, d’une Jennifer Lopez ou d’une Christina Aguilera, qui ont utilisé leur sexualité dans leurs clips de manière plus ouvertement commerciale et « sex symbol » (en deux mots, de manière « plus sage » et conventionnelle).

 

miley cyrus video nsfw

 

Si Miley met à nouveau le doigt sur quelque chose qui en dit probablement beaucoup sur nos habitudes d’internautes et de simples spectateurs du showbiz (le fait qu’on accueille les provocations sexuelles de stars, en clip ou en shootings photos, avec de vagues bâillements amusés tant que ça reste esthétique ou superficiellement trivial et que ça ne vire pas au plan serré – et pourtant non pornographique – sur des muqueuses, ne relève-t-il pas un peu de l’hypocrisie ?), pas sûr que ce propos serve pleinement la promotion de l’album. Plus gênant, la chanson n’est pas terrible. Sur un album où il y a par ailleurs de bonnes chansons, c’est bête. Et dans la mesure où, en plus, la tonalité de l’album est, dans l’ensemble, plutôt mélancolique (Karen Don’t Be Sad, Space Boots), chill et dénuée de club bangers, cette mise en bouche (sans mauvais jeu de mots) provoc’ et hédoniste pourrait rebuter les plus sensibles pour de mauvaises raisons. Mais bon, si les singles suivants sont bien choisis (vous me direz, vu que l’album est disponible gratuitement, même pas sûr qu’il y ait d’autres singles, ni d’exploitation traditionnelle de Miley Cyrus And Her Dead Petz)…

En tout cas, toute cette gaudriole épate-bourgeois visant apparemment à générer des réactions épidermiques même chez son public acquis pourrait, pour une popstar qui, quoi qu’elle en dise, dépend quand même en grande partie de sa capacité à transformer ses singles en hits, vite devenir un problème. Commercialement, c’est risqué, quoi. Et je m’étonne que RCA la laisse faire, même si apparemment elle a fait cet album sans eux (le clip, lui-même, n’est pas hébergé sur le Vevo de la chanteuse, ce qui tendrait à confirmer le côté « hors contrat » du projet). A l’image d’une Gaga qui commençait peut-être un peu à soûler le grand public lorsque, avec Born This Way, elle en faisait des caisses avec son engagement en faveur des droits des LGBT et ses clips à l’esthétique chelou, Miley Cyrus risque de rencontrer les limites de sa stratégie d’image publique si elle ne va pas vers plus de hits. Ou plus de pédagogie pour expliciter ce qu’elle fout. Le fait, en tout cas, de ne pas afficher d’ambitions commerciales pour cet étrange album lui épargnera d’avoir à en justifier l’éventuel flop : ce n’est pas un truc à vendre, c’est un cadeau. Bordélique et suintant un peu la beuh, mais un cadeau quand même.

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