Paper Towns / La face cachée de Margo

 

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John Green est le nouveau pape de la littérature « young adult » aux États-Unis où, fort du succès en librairie puis en salles de The Fault In Our Stars, il est en passe de devenir aussi culte que J.K. Rowling. C’est donc presque un passage obligé, pour un vieux machin comme moi qui essaye de ne pas être complètement paumé face à la nouvelle génération MTV, que de se confronter à La face cachée de Margo (ou, en V.O., Paper Towns), en salles ces jours-ci.

 

 

Le pitch, selon Allociné :

D’après le best-seller de John Green, La Face Cachée de Margo est l’histoire de Quentin et de Margo, sa voisine énigmatique, qui aimait tant les mystères qu’elle en est devenue un. Après l’avoir entraîné avec elle toute la nuit dans une expédition vengeresse à travers leur ville, Margo disparaît subitement – laissant derrière elle des indices qu’il devra déchiffrer. Sa recherche entraîne Quentin et sa bande de copains dans une aventure exaltante à la fois drôle et émouvante. Pour trouver Margo, Quentin va devoir découvrir le vrai sens de l’amitié… et de l’amour.

 

 

 

Quand on parle de Manic Pixie Dream Girl… Je dois dire que j’ai passé un moment agréable devant ce film, mais que j’ai été un peu frustré par sa fin, que par souci pour mes milliards de lecteurs je ne vais pas spoiler, mais qui m’a donné une impression étrange 1) de banalité et 2) de répétitivité dans l’œuvre de John Green.

 

 

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De banalité avec cette morale à la con vue dans un million de films, pour ados ou non, genre « l’important n’est pas la destination mais le voyage, profite de ta jeunesse et de tes futurs souvenirs gros ».

De répétitivité parce que j’ai l’impression, en deux confrontations avec son univers, d’avoir cerné la « formule », les récurrences du travail de John Green. A savoir : des histoires d’amour entre des gamins ayant rarement dépassé le lycée (récit initiatique, coming of age movie), dans un cadre favorisant l’identification du grand public (= des bourges blancs vivant dans des quartiers résidentiels proprets, si possible plutôt dans une banlieue de ville « pas cool » qu’on aurait pas vue un milliard de fois au ciné comme New York ou Los Angeles – c’est sûr qu’on est plus nombreux à venir du « vrai monde » que de ces villes-mondes), mais avec de petits tours de passe-passe pour qu’un public plus large que les seuls ados se sentent flattés dans leurs névroses pop. On se retrouve donc face à des ados têtes à claques qui citent Walt Whitman dans le texte, écoutent du rock indé dans la voiture pas cool (un monospace ou un break pourri) qu’ils empruntent à leur mère, se victimisent à l’idée d’être en bas de l’échelle sociale / alimentaire de la faune sauvage du lycée telle qu’établie par les teen movies (pour votre info, les scénaristes : PERSONNE ne s’est senti le plus cool ou le plus populaire de son lycée, jamais, nulle part, mais c’est bien, continuez à nous donner l’impression, à tous, que nous sommes la minorité opprimée qui s’en est sortie pour se transformer en adulte à peu près fonctionnel, c’est vraiment une super ficelle), et ont de vrais problèmes de vrais gens. Mais bon, qu’ils parviennent à résoudre ces problèmes ou non, à la fin, même quand ça finit mal, ils ont compris les vertus de la famille et de l’amitiay.

 

Le tout, ici, en enchaînant les poncifs supposés nous amuser, mais tellement vus et revus qu’on lève les yeux au ciel et qu’on se surprend à imaginer un jeu d’alcool « un shot par cliché éculé » : le mec qui a « peur » de contrarier sa petite amie, celui qui ne tient pas l’alcool et qui vomit kikoolol, le beau gosse du lycée qui a en fait une taille de bite décevante, les gars qui flippent comme des fillettes dans un lieu sombre et isolé, les mecs populaires qui sont évidemment des connards aussi arrogants que costauds et menaçants, la plus belle fille du lycée qui se sent obligée de se justifier « j’ai un cerveau aussi je suis prise à la fac », le mec qui sourit bêtement et à qui on dit « t’as l’air différent » quand il vient de perdre sa virginité… Come on !

 

 

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Bon, je suis mauvaise langue, parce que les personnages secondaires sont plutôt sympas et attachants, et que le film est rythmé, notamment dans sa partie « road movie » soigneusement occultée dans la promo du film (laquelle est largement centrée sur Delevingne malgré ses vingt pauvres minutes de présence à l’écran). Mais franchement, dans l’idée, et même si le concept de la disparition volontaire de l’héroïne n’est pas si usé que ça, mon Dieu que c’est convenu. Margo est donc une Manic Pixie Dream Girl de base, dont la quête, pour le héros, servira avant tout à se découvrir, sortir de sa torpeur d’adolescent timide, et bien entendu, comme le film l’évoque littéralement, à « sortir de sa zone de confort ». Son intrigue à elle, ses raisons, sont en revanche peu évoquées et, dans les dernières minutes du film, renvoyées à la bonne vieille idée de la hippie un peu barrée qui pourrait être à peu près n’importe où, à faire à peu près n’importe quoi, du théâtre au surf en passant par l’élevage de chèvres dans le Larzac, du moment que c’est un truc bien puérilement anti-bourge, si possible artiste et en tout cas sûrement pas carriériste comme tous ces vilains qui veulent utiliser leurs capacités intellectuelles pour étudier et tenter de se mettre à l’abri du besoin matériel. Les cons.

 

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L’un de mes principaux regrets, vraiment, tourne autour du développement du personnage de Margo. On comprend, par exemple, assez mal comment elle passe de la gamine curieuse de tout résoudre et tout comprendre (qu’on imaginerait, plus facilement, devenir une grosse geekette) à Cara Delevingne, avec sa dégaine d’ado cooler than you (comme beaucoup de top models, elle porte dans son regard ce supplément d’assurance qui peut confiner à l’arrogance, au milieu de nous, simples mortels) (on attend donc de la voir dans un rôle davantage « de composition ») et son aura de queen bee du lycée promise au titre de reine du bal de promo : perso, je vois pas bien le rapport, et j’estime que le film ne le clarifie pas, alors que sa popularité est au centre du film (on comprend que si elle n’était qu’une looseuse de base, il n’y aurait que Quentin pour la chercher, mais son absence, dont elle est pourtant coutumière selon le scénario, semble peser sur la moitié de son lycée). Elle ne passe, par exemple, de temps à l’écran qu’avec Quentin, ou presque, ce qui rend très obscure sa place dans la dynamique relationnelle avec les autres personnages (ses parents, sa soeur, sa meilleure amie, son groupe de potes du début du film). Bref, la caractérisation du personnage est un peu trop sommaire, et contribue à nourrir ce cliché de la Manic Pixie Dream Girl, indécise et instable, qui sort le héros de sa dépression mais le fait aussi bien tourner en bourrique, juste parce qu’elle est un peu déglingo dans sa tête de fofolle cool et immature. Dommage, parce que la première demi-heure du film, bien qu’elle aurait méritée d’être plus trash (mais s’en est probablement privée par peur du PG18… ou peur que le public associe ce joli petit film indé-pas-du-tout-commercial-oh-non-oh-non à des comédies potaches qui flattent les bas instincts du grand public dans les multiplexes), est réussie et prenante. Comme Quentin, on aurait aimé ne pas quitter cette fameuse nuit de vengeance, et que John Green aille plus loin dans l’exploration de l’esprit tortueux et créatif de Margo, qu’il relègue hélas au rang de simple quête, prétexte à un road trip mignon mais pas très transcendant.

 

 

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