Self/Less (Renaissances)

 

self less ben kingsley

 

Je ne quitte plus Ryan Reynolds en salles, avec un autre film, vu dans la foulée de La Femme au Tableau, et force est de constater que l’acteur canadien, considéré jusqu’à récemment comme une étoile filante de Hollywood incapable de convertir son début de célébrité mondiale, acquis autour de 2010 (Wolverine, La Proposition, Green Lantern), en succès durable, semble à l’aise à peu près partout ces derniers temps, de Captives à The Voices en passant par Woman In Gold. Rien de bien étonnant, donc, à le trouver plutôt bien dans un film d’action, registre dont il est familier et où sa bonhomie de gros bêta sexy à la Ben Affleck fait souvent mouche. Le problème étant que le film lui-même est assez random et oubliable.

 

 

 

Le pitch de Renaissances (Self/Less en anglais) selon Allociné :
Que feriez-vous si on vous proposait de vivre éternellement ? Damian Hale, un richissime homme d’affaire new yorkais atteint d’une maladie incurable, se voit proposer une opération révolutionnaire par le mystérieux groupe Phénix : transférer son esprit dans un corps de substitution, « une enveloppe vide », un nouveau corps jeune et athlétique pour prolonger sa vie. Comment résister à une telle proposition ? Damian Hale procède au transfert et redécouvre les joies de la jeunesse, du luxe et des femmes dans son nouveau corps. Jusqu’au jour où Damian découvre un terrible secret sur l’opération. Un secret pour lequel Phénix est prêt à tuer.

 

self less ryan reynolds

 

Bon, quitte à spoiler autant que ce pitch le fait, autant y aller à fond : c’est en fait un thriller d’action SF tout ce qu’il y a de classique, dans la lignée des films et séries invoquant une technologie biomédicale utilisée à des fins commerciales. Avec à peu près les mêmes enjeux, rebondissements et vices cachés. Le point commun entre The Island, Dollhouse, Total Recall ou encore Never Let Me Go : ils mettent en scène une technologie futuriste, qui démultiplie le potentiel de l’être humain, et qui est utilisée à des fins commerciales par une organisation qui a des choses à cacher.

 

 

Les « choses à cacher » en question étant souvent les mêmes : pour faire fonctionner cette technologie bigger than life, il faut écraser des gens, la plupart du temps des pauvres, que ce soit sous forme d’esclavage ou de mise à mort pour des raisons plus ou moins techniques.

 

Selfless-Matthew-Goode-Albright

 

Dans les propos du mystérieux Professeur Albright, on retrouve une partie de cette logique, dénoncée par ces fictions la plupart du temps, qui confine à l’eugénisme : la technologie de transfert de l’âme dans un nouveau corps, plus jeune, donne virtuellement à un génie vieillissant cinquante années supplémentaires pour parfaire son « œuvre », sa contribution aux progrès de l’humanité. Et le personnage de citer Steve Jobs ou Albert Einstein pour imaginer ce qu’ils auraient accompli de plus s’ils avaient vécu quelques décennies de plus. Ou comment, parce que certains humains marquent plus l’Histoire que d’autres, ils auraient davantage de valeur, et mériteraient d’être dispensés de ce par quoi passent tous les autres : la mortalité.

 

self less natalie-martinez

 

 

Mais évidemment, la question se pose vite, notamment pour ceux qui se sont déjà confrontés à ce sujet dans d’autres fictions (je pense notamment à Dollhouse) : pourquoi ne le faire qu’une fois, ne prolonger sa vie que de cinquante ans ? Pourquoi ne pas sauter de corps jeune en corps jeune, pour toujours, comme on changerait de bagnole dès qu’elle vieillit un peu ?

 

 

Parce que ces corps appartiennent, au départ, à de vraies personnes, qui sont nées et ont grandi dedans, et que pour y injecter l’âme de quelqu’un d’autre il faut forcément en déloger la leur. L’idée, éthiquement discutable et techniquement absurde, déjà abordée dans The Island, d’une ferme de corps adultes en stase, développés en laboratoire et pas passés par les étapes classiques de la naissance et de l’enfance, devrait faire tiquer le héros dès le début du film, surtout venant d’une organisation « secrète » qui s’adresse à une clientèle élitiste à laquelle elle soutire des millions contre la promesse d’une improbable immortalité.

 

self less renaissances ryan reynolds

 

Toujours est-il que le film, s’il est un peu classique, voire cliché, dans ses thèmes abordés, et complètement oubliable dans sa partie « action », est rondement mené, avec des rebondissements plutôt réussis et des personnages principaux dont le sort réussit à nous préoccuper. Pas un grand film d’action ou de SF, ni même un « petit film » renversant ou original comme ceux auxquels ses affiches se réfèrent (Source Code et Looper, dont on ne voit pas trop ce qu’ils ont en commun avec lui), Self/Less offre deux heures d’action de bonne facture, avec un casting pas trop dégueu (Ben Kingsley, Matthew Goode, Michelle Dockery, Victor Garber) qui a plutôt fait du bon boulot : c’est finalement plus que ce qu’on pourrait attendre d’un film estampillé « daube » par la critique.

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