Macklemore & Ryan Lewis – Downtown

Je dois avouer que cela m’échappe un peu. Je veux dire, quand on est Macklemore et que, un an avant Iggy Azalea, on a eu un succès mainstream monstre avant de se faire dézinguer par la communauté hip-hop, notamment à coups d’accusation de whitewashing, d’appropriation culturelle, ou de victoire indue aux Grammy Awards (raflant des récompenses que de nombreux observateurs destinaient à Kendrick Lamar), quelle drôle d’idée de revenir avec un clip pareil… Alors certes, le duo Macklemore / Ryan Lewis reste dans son jus, et choisit judicieusement de rester dans une veine rap-pop qui a fait son succès, plutôt que de tenter de se racheter une crédibilité gangsta avec un hip-hop plus sombre. Pareil pour le côté « looké » du clip, qui reste dans la lignée d’un Thrift Shop (avec un chouïa plus de moyens, mais bon, après le succès de l’opus précédent, c’est normal) : en résumé, à première vue, Macklemore & Ryan Lewis font du Macklemore & Ryan Lewis.

 

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Rester dans sa recette de départ n’est pas toujours une stratégie payante, pour une grosse révélation qui revient deux-trois ans plus tard alors que le grand public et les « puristes » ont un peu la gueule de bois en se rappelant de ce qu’ils ont porté au sommet des charts (cf. LMFAO, Robin Thicke, Flo Rida, Owl City). On les voit revenir, avec leur son qu’on a bien aimé à un moment mais qui est entretemps devenu so 2010, ou so 2011, ou so 2012, etc., un peu gênés de devoir leur dire, par croûtade interposée au Billboard, que c’était juste une fois, comme ça, mais qu’ils resteront des one hit wonders d’une époque révolue. Alors certes, ils pourront continuer à revenir de temps en temps avec un single mineur qui fera un peu de rotation radio, à la manière d’un Sean Paul, mais plus jamais avec le même succès que l’année où ils se sont révélés en déglinguant tout sur leur passage. C’est un peu cette impression que donnerait ce comeback de Macklemore en temps normal.

 

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Mais là, avec cette ambiance funk, ce clip qui pue la parodie d’Uptown Funk, cette esthétique 70s à base de chemises ouvertes sur torse, de coiffures afro et de couleurs saturées, et ce titre de chanson qui semble se présenter comme une réponse au hit intersidéral de Mark Ronson et Bruno Mars, on a l’impression que les deux compères tendent le bâton pour se faire battre.

 

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Pourtant, rien à faire, le résultat est réussi, et l’on se surprend, en deux ou trois écoutes, à vraiment apprécier Downtown, la chanson et le clip, pour ce qu’ils sont : d’efficaces divertissements pop, remarquablement bien exécutés, drôles et cools. Et de se rappeler que Macklemore et Iggy Azalea poussent un peu plus loin la logique et la « tolérance » dont on faisait preuve il y a quinze ans à l’égard d’Eminem. A savoir qu’il n’était pas obligatoire d’être noir pour être un rappeur, capable de comprendre le hip-hop. Et si l’on pousse la logique un peu plus loin, il ne devrait pas être obligatoire de montrer patte blanche dans le milieu du rap, avec pédigrée gangsta et enfance malheureuse dans un ghetto, pour être capable d’en utiliser les codes afin de créer un autre son, peut-être moins social, moins revendicateur, mais tout aussi intéressant d’un point de vue musical. Avec la poussée de rappeurs blancs, on pouvait imaginer que le showbiz devenait un peu moins bête, un peu moins prévisible, un peu moins délimité en cases, en silos, en chapelles dont les membres n’auraient jamais le droit de sortir. Mais si une Taylor Swift peut bouger d’une case country à une case pop, elle reste dans ses cases « de blancs », on ne lui dira pas grand-chose quand à la légitimité de sa démarche. Plus que de voler des ventes de disques et des Grammys aux rappeurs noirs en s’appropriant une culture qui ne serait pas ouverte à tous ceux qui s’y intéressent, Macklemore et Ryan Lewis banalisent cette idée qui, si elle fait enfin son chemin, nous sera bénéfique à tous : le talent compte plus que l’ethnie, peut surgir chez n’importe qui, et n’est illégitime chez personne. J’espère qu’ils auront à nouveau du succès.

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