Marguerite

 

marguerite catherine frot

 

Le dernier film de Xavier Giannoli a réussi l’exploit, en cette rentrée, de s’installer en tête du box-office français, à la barbe de films nettement plus calibrés pour jouer les blockbusters de septembre : N.W.A. : Straight Outta Compton, Le Transporteur – Héritage ou encore The Man from U.N.C.L.E. Un signe, peut-être, de la barrière culturelle qui persiste entre le public français et certains produits très anglo-saxons (l’émergence des rappeurs Dr Dre, Ice Cube et Arabian Prince, un reboot d’une saga d’action monolithique et une adaptation d’une série US des années 60), ou peut-être simplement la curiosité bien naturelle pour un film au concept assez simple, mais fort : l’histoire librement adaptée de Florence Foster Jenkins, cantatrice catastrophique, qui chantait désespérément faux mais était convaincue de son immense talent.

 

marguerite-marseillaise

 

Le pitch, selon Allociné :

Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

 

L’histoire de Florence Foster Jenkins, ici transposée en Marguerite Dumont, sera adaptée pour le marché anglo-saxon l’année prochaine, avec Stephen Frears aux commandes et l’inusable Meryl Streep à l’écran. On verra bien si le public sera curieux une seconde fois en si peu de temps, mais évidemment, tout cela pue le biopic à oscars, ou à César dans le cas de Catherine Frot.

 

marguerite michel fau

 

Là où le film de Xavier Giannoli est malin, c’est qu’il ne fait pas de la voix de Marguerite (Catherine Frot, qui a délaissé le cinéma pendant trois ans pour ce rôle), et de la réflexion qu’elle entraîne nécessairement sur les talents « atypiques » et le droit à s’exprimer, même sans réussite, pour l’amour de l’art (car Marguerite Dumont a-t-elle finalement mieux à faire de sa vie que ce numéro de diva ratée du music-hall ?), le centre de son récit. Il y a en fait deux thématiques, en creux, dans Marguerite : le pouvoir de l’argent et le poids du mensonge.

marguerite christa theret

Le pouvoir de l’argent, c’est celui d’acheter son public, son audience et son succès apparent ; ce que l’héroïne du film fait plus ou moins consciemment, avec de troublants éclairs de lucidité lorsqu’elle est approchée par de nouveaux courtisans prêts à profiter de ses largesses. A ce titre, d’ailleurs, la piste est assez vite délaissée, puisque les deux jeunes journalistes du début du film, qui pensent profiter de la naïve Marguerite en la flattant, et dont l’un semble plus ou moins tomber amoureux de la jeune soprano (celle qui chante juste, jouée par Christa Théret), passent au second plan, et que franchement, passé le moment où ils entraînent Marguerite dans un cabaret sauvage, ils ne servent plus à rien.

marguerite andré macron

 

Le poids du mensonge, c’est celui qui accable Georges Dumont (André Marcon), le mari de l’héroïne, qui au début du film est pétri de honte et refuse de venir voir sa femme s’humilier inconsciemment, une fois de plus, devant leurs fréquentations. C’est aussi celui qui pèse sur toute la vie sociale de Marguerite, ensemble de gens qui, par convoitise, par peur ou par nécessité, l’ont laissée s’enfermer dans l’illusion qu’elle chante juste et qu’un grand destin artistique l’attend. Et le film de se transformer en thriller à suspense, où l’on redoute, à tout instant, que surgisse le moment où Marguerite se rendra compte de la supercherie énorme qu’est devenue son existence. Découvrir en un seul instant qu’on a une vie ratée, peut-on y survivre ? Car si Florence Foster Jenkins était consciente des critiques de ses contemporains, ne prenant véritablement la mesure de l’humiliation publique à laquelle elle s’exposait qu’à la toute fin de sa vie, son alter ego de fiction est totalement dans le noir.

 

 

marguerite michel fau auditionne catherine frot

 

A la fois tenaillés par le suspense de savoir si l’héroïne saura la vérité avant la fin du film, et hilares face aux scènes de chant lyrique raté (vrais moments de rire dans la salle) ou de leçons avec un professeur contraint à la prendre comme élève (Michel Fau, qu’une nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle attend sûrement), les spectateurs se laissent porter sans peine par cette histoire, d’un improbable tragique, pendant plus de deux heures, malgré quelques longueurs çà et là.

 

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