Ricki and the Flash

 

ricki and the flash scene

 

Sept ans après Rachel Getting Married, qui aurait pu valoir un oscar à Anne Hathaway s’il n’y avait pas eue en face d’elle cette année-là la long overdue Kate Winslet dans The Reader, Jonathan Demme, le réalisateur culte du Silence des Agneaux et de Philadelphia, revient avec Ricki and the Flash, un autre film tournant autour d’une héroïne marginalisée par son environnement familial. Mais là où Anne Hathaway campait une vibrante Kym à peine sortie de désintox, Meryl Streep est plutôt une marginale qui ne semble, a priori, pas regretter ses choix. C’est, malgré tout, autour des figures imposées d’un même type d’événement, un mariage, que leur confrontation avec leurs proches va leur donner l’occasion de faire la paix avec elle-mêmes.

 

ricki-and-the-flash wedding

 

Le pitch, selon Allociné :
Pour accomplir son rêve et devenir une rock star, Ricki Rendazzo a sacrifié beaucoup de choses et commis bien des erreurs… Dans l’espoir de se racheter et de remettre de l’ordre dans sa vie, elle revient auprès des siens.

 

 

ricki and the flash meryl streep

 

Je fais partie de cette génération qui n’a pratiquement pas connu Meryl Streep dans les années 90, à l’exception du multi-rediffusé Sur la route de Madison, et qui a surtout fait connaissance avec elle à l’occasion de la grosse variété de rôles de composition qu’elle a enchaîné depuis le milieu des années 2000, quitte à virer à la caricature d’entertaineuse transformiste courant après les nominations aux Golden Globes et aux oscars (Le Diable s’habille en Prada, Julie & Julia, Mamma Mia!, Doubt, The Iron Lady, It’s Complicated, August: Osage County, Into The Woods) (elle est d’ailleurs quasi-assurée d’avance d’une nomination aux Golden Globes 2016, entre ce film et un biopic sur les suffragettes d’ici la fin de l’année). Je suis donc moins familier de sa « première période », qui fit pourtant sa légende et l’essentiel de son palmarès (Kramer vs. Kramer, Sophie’s Choice, La Maîtresse du lieutenant français, Out of Africa). Mais je ne peux que m’incliner devant sa formidable versatilité, tant elle réussit, par son langage corporel et son aisance à se glisser dans la peau d’une ex-vague gloire du rock reconvertie en chanteuse péquenaude pour bar à bière sans la moindre difficulté, faisant oublier Donna Sheridan, Margaret Thatcher ou Julia Child en un instant. Il semblerait d’ailleurs qu’Hollywood n’ose plus offrir cette variété de rôles féminins qu’à elle, a fortiori parmi les actrices de sa génération…

 

ricki and the flash mamie gummer

 

Ricki Rendazzo a plein de défauts mais elle est attachante. Le film est patiemment construit autour d’elle, on ne la quitte pas pendant 1h40, ce qui nous fait peu à peu comprendre son point de vue. Car au départ, elle n’est pas forcément très bien partie. Contrairement à ce que dit le pitch, elle ne revient pas auprès des siens « dans l’espoir de se racheter et de remettre de l’ordre dans sa vie », mais simplement parce qu’on lui demande de venir soutenir sa fille en détresse, et qu’elle ne se pose même pas la question : toute irresponsable qu’elle puisse paraître, Ricki a un minimum de considération pour son rôle de mère. Alors oui, c’est une mère un peu nulle, qui joue les rockeuses hippies tout en votant Républicain et en manifestant de légères tendances racistes et homophobes (ce qui lui donne l’air bien con face à ses enfants), mais elle fonce dès qu’elle sent qu’on a besoin d’elle.

 

 

ricki and the flash kline gummer streep

 

Le scénario se perd un peu dans l’exploration de ses rapports avec sa fille (jouée par Mamie Gummer, la véritable fille de Meryl Streep) et avec son ex (Kevin Kline), mais trouve véritablement son propos dans le jugement et le regard désapprobateur des invités d’un mariage over-bobo, l’ex-entourage de l’héroïne, qui traite cette punkette de 60 piges et son langage de charretier comme si elle était un clochard venu pisser sur la pièce montée, une intruse dont il serait convenable de se débarrasser au plus vite. Ou comment l’ouverture d’esprit et la tolérance ne sont pas l’apanage des plus progressistes en permanence. C’est en leur faisant face et en assumant ce qu’elle est devenue que le personnage de Ricki évacuera, peut-être, l’aigreur que l’on sent poindre chez elle à la moitié du film. Car même si elle n’a jamais eu de succès, n’est jamais devenue une star et cachetonne dans un rade pourrave le soir tout en faisant la caissière pour gagner sa croûte le jour, Ricki a mené la vie dont elle voulait, est réellement devenue une musicienne et n’a pas semé ses rêves en cours de route pour se ranger dans une situation socialement plus valorisante et rassurante.

 

 

Le film de Jonathan Demme est un hommage, aussi, à ces artistes qui cherchent le succès sans jamais renoncer, et qui n’arrêtent pas d’aimer leur art au seul motif qu’il ne les fait pas vivre comme ils l’avaient espéré. Quitte à devenir une plouc de soixante piges qui fait un peu pitié de l’extérieur : ce n’est pas à ce regard des autres que leur valeur se mesure, mais bien à leur manière d’assumer ces choix et de, malgré les renoncements, rester quelqu’un sur qui l’on peut s’appuyer lorsque ça compte. On peut les trouver puérils, irritants, insultants à vivre fauchés et aux crochets de leurs proches dès qu’il y a un coup dur ou un imprévu, alors qu’ils n’ont plus vingt ans et que tout le monde autour d’eux est devenu « adulte ». Mais leur bonne foi et leur persévérance doivent être respectées, voire accueillies avec bienveillance, pour peu que l’on prenne un instant pour les comprendre. Bref, c’est très bisounours, l’air de rien, comme film. A ce titre, la fin de Ricki and the Flash sent vraiment le feel good movie de base, ne se préoccupant pas vraiment de savoir si l’état de grâce durera, mais nous laisse sur ce constat, encore une fois : tant pis si elle en fait parfois des caisses, qu’est-ce qu’on l’aime, Meryl.

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