Scream Queens

 

scream queens promo

 

Alors qu’elle était l’une des nouveautés les plus attendues de la rentrée séries 2015, Scream Queens a quand même réussi à se faire coiffer au poteau par ABC et son Muppet Show mardi soir, comme quoi ce n’était finalement pas exactement le messie attendu par la Fox pour relancer l’esprit Glee tendance méchant tout en le désencombrant d’une bonne partie de son sous-texte niais (avec 4,04 millions de téléspectateurs, le pilote de la nouvelle série de Ryan Murphy ne fait donc même pas la moitié de ce que le pilote de Glee avait fait, sur la même chaîne, en 2009). Autre temps, autres mœurs ? Peut-être, mais pas seulement : tout génial qu’il soit, le trio Ryan Murphy / Brad Falchuk / Ian Brennan a surtout fait la preuve, avec les années, de sa capacité à faire d’une idée fantastique une grosse usine à reflux gastriques. Lancé quelques semaines après Scream, sur MTV, cette nouvelle variation sur le thème du slasher movie décliné en série peut-elle durablement capter l’attention d’un jeune public ? Ou bien faudra-t-il compter sur la catch up TV, le téléchargement illégal et l’international pour évaluer plus favorablement l’impact du pilote de Scream Queens, et bientôt la série dans son rythme de croisière ? Une première saison de 15 épisodes a en tout cas été commandée et, vraisemblablement, mise en boîte, pour nous porter jusqu’à début 2016…

 

Fox

 

Le pitch, selon Allociné :
Dirigée d’une main de fer par Chanel Oberlin, la maison Kappa Kappa Tau est la sororité la plus prisée de l’université de Wallace. Mais, alors que la doyenne Cathy Munsch, profondément anti-Kappa, déclare la guerre en ouvrant le recrutement à toutes les étudiantes, un tueur fou en costume de diable répand la terreur à travers le campus, décimant les membres de la sororité un par un…

 

 

Dans ses deux premiers épisodes diffusés ce mardi, Scream Queens adopte une structure narrative de slasher, avec la mise en place d’un secret soigneusement enterré par la sororité il y a vingt ans (ce qui m’a, au passage, mis dans la gueule que 1995, c’était il y a vingt ans et que c’est désormais le genre de période utilisé dans les séries à « secrets enfouis des temps anciens »…) et un tueur en série qui se met à frapper – peut-être (ou peut-être pas) en relation avec ce secret, qui viendrait donc exploser au visage des Kappa Kappa Tau deux décennies plus tard.

 

 

scream queens lea michele

 

Ce faisant, le pilote égrène les suspects, qui sont autant de victimes potentielles :

Cathy Munsch (Jamie Lee Curtis, la scream queen en chef des slashers des 80s, ici en pilote automatique dans un numéro de Sue Sylvester-like), la doyenne qui déteste tellement les sororités (et surtout les Kappa Kappa Tau) qu’elle pourrait chercher à provoquer ce massacre dans le but d’y mettre fin ?

Chanel Oberlin (Emma Roberts, ENCORE dans un rôle de biatch limite sociopathe), la mean girl en chef qui a tout gagné à l’agression de sa prédécesseur et qui pourrait chercher dans ces crimes l’opportunité d’émerger en survivante prête pour la célébrité ?

Pete (Diego Boneta), le serveur de café / journaliste qui a apparemment eu un crush pour Chanel, aurait évincé sa prédécesseur il y a un an et se vengerait à présent d’elle en raison de son manque de reconnaissance ?

Le père de Grace (Oliver Hudson), la « final girl » toute désignée de ce slasher (jeune, nouvelle sur le campus, idéaliste, plus intelligente et morale que le reste du cast), qui voudrait à tout prix dissuader sa fille de rejoindre une sororité et/ou se venger ou venger la jeune femme morte en couches au début du pilote (il est l’un des seuls protagonistes à avoir le bon âge) ?

Chad (Glen Powell), le beau gosse populaire tellement stupide qu’il cache forcément quelque chose ?

Boone (Nick Jonas), le second de Chad un peu trop soumis ?

Une des « minions » de Chanel, qui chercherait à faire tomber la queen bee de son piédestal ?

 

 

Bref, il y a des pistes, probablement fausses pour la plupart et pas forcément d’une folle originalité (l’enfant illégitime qui revient se venger vingt ans plus tard, sérieusement ?), mais des pistes quand même.

 

scream queens deaf taylor swift

 

Le problème, c’est que la série est tellement dans l’outrance permanente, y compris lors des meurtres, que la parodie prend le dessus sur le reste. Et du coup, on ne flippe pas du tout dans les moments où on devrait flipper pour les personnages (au demeurant, tous têtes à claques pour le moment, mais bon, c’est le concept).

 

Les trois meurtres qui surviennent lors des deux premiers épisodes sont plus comiques qu’horrifiques, et les personnages continuent à agir en dépit du bon sens ou de la plus basique humanité. Ça freine considérablement l’identification et l’empathie.

 

Le « Wait whaaaaat??? » par SMS m’a tué de rire, j’avoue. Le « Are you singing Taylor Swift? » aussi. Mais comment prendre au sérieux et s’attacher correctement, dans une perspective d’enquête, à des personnages qui réagissent de manière absurde ?

 

 

A des filles qui, après un meurtre, sont sensibles à l’argument « si vous ne dites rien je vous emmène en jet privé au Spring Break » quand il s’agit d’appeler ou non les autorités ? A d’autres qui, plus morales, renoncent sans raison apparente à appeler la police au motif que « si tu me dénonces je dirai que c’est toi » (sérieux meuf, je m’en fous, des adultes, des vraies personnes, me prendront plus au sérieux que toi, avec tes empreintes digitales partout sur le lieu du crime et ton attitude de grosse connasse) ? A des personnages qui hurlent en trouvant leur chambre tagguée d’insultes mais restent calmes en trouvant un cadavre mutilé ?

 

scream-queens horror comedy fox

 

Au bout d’un moment, le fait que les personnages ne réagissent jamais comme le ferait une personne « ordinaire » est un vrai problème. En fiction, on peut suivre des personnages non crédibles qui se confrontent, de manière comique, au réalisme. On peut aussi suivre des personnages « normaux » confrontés à des circonstances exceptionnelles. Mais mettre des personnages criards face à des situations exceptionnelles et les faire réagir de manière absurde à chaque fois… Bah c’est drôle, c’est parodique, c’est imprévisible, oui, mais ce n’est pas exactement un matériau confortable pour une intrigue feuilletonnante.

 

scream queens emma roberts

 

Une chef bitchy et dominatrice, c’est cliché mais c’est bien. L’absence totale d’âme et de remise en question de la mean girl après deux meurtres, c’est un problème. L’introduction du monde adulte pour réguler ces intrigues de jouvencelles idiotes et les protéger du danger, c’est bien. L’envoi par les adultes responsables d’un garde non armé et pathologiquement incompétent, c’est un problème. Le père de Grace qui s’inquiète pour sa fille, c’est bien. L’impression qu’il n’y a qu’un seul parent qui en ait quelque chose à foutre de ce qui se passe sur ce campus, c’est un problème…

 

 

Bref, Scream Queens, c’est une sorte de Scream, avec une ambiance majoritairement huis-clos à la American Horror Story, dans un contexte de Greek, et avec toutes les outrances de scénar et de caractérisations de Glee. Mais alors vraiment toutes les outrances. Et du coup, ce n’est pas tant une comédie horrifique qu’une comédie tout court : à l’image du générique où les personnages hurlent avant d’adresser un clin d’oeil à la caméra (« mais nan, c’est juste pour déconnay »), on est là pour rire, et on sent bien que si on compte sur la partie « slasher » pour nous fournir une intrigue digne de ce nom, on va vite être déçus, tant le whodunit semble, pour le moment, traité à la rigolade.

 

scream queens nick jonas

 

Encore une fois, la nouvelle série de Ryan Murphy ne devrait pas laisser le public indifférent. C’est, comme souvent chez le créateur de Nip/Tuck, ce que j’ai vu de plus enthousiasmant et de plus mauvais à la fois, depuis des mois. Il y en aura pour trouver ça génial, différent du tout-venant télévisé, frais ; et d’autres pour détester ces histoires absurdes, cet univers qui peine pour le moment à trouver une logique immédiatement assimilable pour un téléspectateur qui vit dans le vrai monde où, tu sais, aussi drôle que ce soit à regarder, on ne laisse pas une copine se vider de son sang parce que le DJ vient de lancer Waterfalls.

Pour ma part, je n’ai rien contre les univers un peu barrés, les rapports sociaux d’apparence absurde, du moment qu’on me laisse l’occasion d’y adhérer un peu, d’en comprendre la logique, et donc de piger en quoi je devrais m’investir dans l’enquête et m’inquiéter pour des personnages dont, selon ce que j’en perçois pour l’instant, la plupart méritent de mourir, et le feront à mon grand soulagement. L’enjeu de la série (qui va mourir ? qui va les tuer ?) est pour l’instant parasité par le sentiment que de toute façon, la vie ne semble pas avoir de valeur pour grand-monde ici. La comédie est drôle, mais le slasher est réduit à un prétexte esthétique, incapable de générer le suspense qu’il suppose, tant tout le reste est n’importe quoi. Et à ce titre, à la manière de Glee et des ridicules logiques et rapports sociaux entre ses personnages, Scream Queens, comme elle est partie, risque de me soûler assez vite.

2 réflexions au sujet de « Scream Queens »

  1. J’ai juste vu la scène de la mort d’Ariana Grande, et (outre le fait qu’elle ne sait vraiment pas jouer) j’ai trouvé ça en effet pas très palpitant.
    C’est drôle mais juste assez pour une vidéo à la Funny or Die… pas pour en faire une série que l’on suive régulièrement.

    j’attends donc de voir ce que tu en penses au bout de 4 épisodes pour essayer de m(y mettre 😉

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