[#SPOILERS] Scream, bilan du final et de la saison 1

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Bon, je prends rarement le temps de faire des bilans de fin de saison, mais comme l’actu série est un peu calme en attendant la rentrée des gros networks US d’ici deux-trois semaines, j’avais envie de faire un petit point sur la première saison de Scream, qui s’est achevée ce mardi 1er septembre sur MTV. Sur Twitter, on dit que passé 140 signes, sur le web, tout est de la branlette intellectuelle : bienvenue dans un océan d’onanisme, donc.

 

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Une première saison mollassonne

Globalement, je ne vais pas reprocher à nouveau à Scream la série de n’avoir pas repris le principe des films de Wes Craven dans sa stricte intégralité. Oui, ça reste un peu dommage de n’avoir pas repris le masque de Ghostface, la cape noire ou même, tout bêtement, le principe d’un tueur qui surgit en mode jump scare, court après ses victimes et se prend des portes et des meubles dans la gueule. Ça faisait partie du charme et de l’humour des films, mais à la limite, ce n’est pas plus mal que la série, qui voulait partir sur de nouvelles bases, avec des personnages et un format inédit pour Scream, invente son propre rythme, ses propres codes, sa propre mythologie horrifique.

 

Sauf que le tueur au masque de la série de MTV est un peu fainéant. En dix épisodes, il aura tué huit personnes : Tyler, Nina, Rachel, Riley, Will, un gardien de prison, le shérif Hudson, et un lycéen inconnu qu’on n’avait jamais calculé avant la fameuse soirée de « l’acte final » organisée par Brooke. Ça fait peu. Trop peu. Au lieu de nous laisser flipper sur la perspective d’un tueur pouvant surgir à tout instant, de jour comme de nuit, au détour de n’importe quel couloir, la série s’est focalisée sur l’enquête (assez bonne idée, le whodunit étant le principal intérêt d’un concept comme Scream en dehors des moments de suspense précédant un meurtre) mais aussi, plus basiquement, sur les relations d’amitié et d’amour unissant les personnages. Une idée à la con censée nous obliger à nous attacher aux personnages, imbuvables depuis le premier épisode et dont, globalement, on se fiche à peu près toujours autant en fin de saison. On aurait clairement préféré que tous ces protagonistes soient, à la manière de la saga Destination Finale, de la chair à canon, et qu’on passe plus de temps à se demander who’s next et comment la prochaine victime va-t-elle mourir, que de se fader tous ces développements amoureux et mystérieux sans grand intérêt. D’autant que toutes ces amourettes et fêtes organisées sans couvre-feu ni surveillance policière par des personnages dont un ami était généralement mort dans les dernières 48 heures, ça n’aidait pas à les rendre crédibles ou aimables : au contraire, on avait encore plus envie qu’ils payent de leur vie leur impudence.

En revanche, toute reloues qu’elles soient, ces tergiversations scénaristiques ont multiplié les potentielles pistes qui pourraient révéler des réponses sur les raisons et l’origine des tueries de Lakewood, dans la saison 2 prévue pour 2016. Il y a, par exemple, probablement un rapport entre la mère de Brooke, qu’on n’a toujours pas vue à l’écran, et la big picture de toute cette histoire. Les scénaristes ont laissé entendre que Brandon James, le mass murderer qui aurait tué plein de lycéens il y a vingt ans, ne serait pas vraiment mort. Voire ne serait pas coupable du tout. On se surprend donc à se remémorer ces personnages, du même âge que la mère d’Emma, ou à peu près, qui pourraient avoir un rapport avec ce passé mystérieux : la fliquette du FBI qui a interrogé Audrey puis n’est plus jamais réapparue, le père d’Audrey, le maire, le fameux frère de Brandon James, Troy, qui est peut-être quelque part… Il y a aussi l’idée que les archives vidéos avec lesquelles Nina et ses copains semblaient avoir la mainmise sur la moitié de la ville n’ont pas encore révélé tous leurs secrets.

 

 

Bref, la série a au moins eu l’intelligence de jouer avec son format feuilletonnant, en se laissant la possibilité que des choses vues en saison 1 aient des ramifications directes sur la saison 2.

 

 

 

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Un final franchement naze

 

Il n’empêche que l’on ne peut que se sentir un peu frustré après un final comme celui de cette première saison, surtout avec un matériau de base comme celui de Scream. Je sais bien que c’est bête de comparer, mais s’il y a bien une chose que les films réussissaient, c’était leur reveal, à la fin. C’était le climax de l’intrigue, et même si la psychose suffisait généralement à expliquer la folie meurtrière du ou des tueurs, il y avait une vraie raison, un vrai déclencheur, à la fois surprenant et « compréhensible », à leur entreprise de serial killer.

 

 

Dans la série de MTV, on voit venir le tueur à dix kilomètres. La podcasteuse un peu roublarde, qui débarque pile au moment où commencent les tueries, qui transmet des trouvailles et révélations invérifiables à l’héroïne, qui laisse échapper lors d’une conversation que son père est mort, qui COMME PAR HASARD croise le chemin du tueur masqué et s’en sort avec une égratignure… Bref, beaucoup d’indices pointaient vers Piper, que ce soit en tant que fille cachée de Brandon James ou de complice d’un autre tueur. Mastermind ou marionnette, peu importe. Et c’était, sur le papier, plutôt une bonne idée. Dans la mesure où les personnages de Scream, la série, sont un peu des ersatz de Scream, les films, pourquoi ne pas se démarquer en faisant de leur Gale Weathers la coupable. D’autant que ce personnage, dans les films de Wes Craven, servait essentiellement de sidekick méchante et vaguement comique, mais n’était que rarement un moteur de l’intrigue (sauf dans les confrontations finales, dont elle était toujours). Dans la série, ce rôle était assumé par Brooke, la pimbêche nettement plus peste que Tatum, la meilleure amie lycéenne de Sydney Prescott qu’elle était supposée remplacer.

En somme, faire de la journaleuse la coupable, why not. Mais la révélation était anti-climactic au possible, avec un levé de masque sans claque dans la gueule du téléspectateur, et une tueuse invoquant exactement les raisons entrevues d’avance (et, franchement, trop similaires aux motivations des coupables de Scream 3 et Scream 4). Et surtout il était clairement établi qu’elle avait un complice, qui a fait semblant de l’agresser avant de kidnapper Will dans l’épisode 6… Mais on ne saura pas qui c’était avant l’année prochaine. On n’a donc qu’une demi-révélation, et en plus, ce n’est que la révélation de celui du duo (ou du trio ?) de tueurs qu’on avait largement vu venir. Frustrant ! Je comprends pourquoi les scénaristes ont fait ça, hein, c’est assez logique dans le cadre d’une série, mais très frustrant dans celui d’un whodunit. Si c’est pour faire traîner la même énigme pendant deux siècles à la façon de Pretty Little Liars, je risque de me décourager, parce que bon, c’est pas vraiment l’esprit Scream, et globalement la série n’est pas assez bonne (dialogues, mise en scène, acting) pour se permettre qu’on n’ait pas la satisfaction régulière d’un bon reveal.

L’autre point faible de ce final, c’est bien évidemment son absence de sang et de meurtres mémorables. Le shérif, qui s’était fait saigner dans l’épisode précédent, succombe à la suite d’une manip’ foireuse de la maman de Sydney d’Emma. Bon. Et un lycéen nommé Grayson, qu’on n’avait jamais vu, se fait égorger aux toilettes pendant la soirée de Brooke. L’objectif étant clairement de déclencher un mouvement de panique et de faire fuir tout le monde, laissant Brooke (qui COMME PAR HASARD zonait à ce moment-là seule dans sa cave, incapable d’entendre quoi que ce soit) seule sur place, avec deux rescapés hautement suspects (Jake et Audrey). Et ? Et c’est tout. Aucune autre tuerie dans le grand final. Aucun personnage principal tué. Rien. Pas très courageux de la part des scénaristes, et vraiment décevant, en fin de compte.

 

 

Pourtant, ils s’y sont mis à plusieurs, niveau stupidité, hein. A se diviser connement au lieu de rester ensemble, à se balader seuls dans la baraque ou au bord de la piscine. Et rien. Juste Brooke qui se retrouve enfermée dans le congélo pendant dix minutes, mais avec un suspense franchement limité quant au fait qu’elle s’en sortirait vivante. Le moment où tous les personnages, ou presque, se retrouvent tranquilou sur la terrasse à discuter et panser leurs plaies en attendant les secours, était franchement ridicule. Donc plus aucun de ces gens n’est suspect ? Après tout ce qui s’est passé ? Seriously ? Dans le genre déception, l’absence de tension et de suspicion entre les personnages, juste parce qu’ils viennent de se retrouver sous la pergola sains et saufs, se pose là…

 

 

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Un cliffhanger prometteur, ou une fausse piste ?

 

Le point dont tout le monde parle avec enthousiasme depuis la diffusion du final, c’est en revanche le cliffhanger, assez intéressant, qui montre Audrey, la bi-curious à qui le public s’était attaché depuis le début de la saison (et pour cause, elle était le premier personnage présenté comme une victime du cyber-bullying de Nina & co), brûlant des documents assez compromettants, dont des lettres échangées avec Piper avant le début de la série, qui laissent entendre qu’elle était peut-être complice, ou du moins au courant de plus de choses qu’elle ne voulait bien le dire, depuis le début. Je suis content que Bex Taylor-Klaus, de loin le meilleur élément du casting, soit toujours là en saison 2, et content aussi qu’elle ait quelque chose à cacher, parce que vu ses nombreuses absences à l’écran aux moments cruciaux des apparitions du tueur, je la trouvais suspecte. Donc ces lettres et cette photo de Brandon James aperçue dès le pilote (et qui trouve enfin un début d’explication), je trouve ça très bien.

Bon, c’est un peu con que personne n’ait trouvé ça avant (rappelons qu’Audrey a été interrogée par la police, et sa chambre perquisitionnée), mais on va dire que l’incompétence crasse de la police de Lakewood sera comme le tueur de Woodsboro qui se prend des portes sans jamais avoir de bosses : une petite incohérence qui fait le sel de l’histoire. Et par ailleurs, cela place Audrey, que le public aime bien et ne veut absolument pas voir coupable, dans une position centrale pour le mystère de la saison 2, où d’autres meurtres (car il y aura bien des meurtres… hein ?) pourront probablement être résolus en partie grâce à ce qu’elle sait.

 

 

 

Je ne me fais toutefois pas trop d’illusions sur le fait qu’il s’agit d’une fausse piste. On est sur MTV, une chaîne dont le public jeune a besoin de s’identifier un minimum aux protagonistes principaux : un personnage comme Audrey ne peut pas être entièrement négatif (et même s’il l’est, on sera forcément un peu solidaires avec sa quête de justice, pour Rachel et pour elle-même). On sait qu’Audrey et Piper étaient en contact avant, et que vu la révélation de cette fin de saison 1, cette correspondance, antérieure aux meurtres, serait éminemment suspecte, quoi qu’elle contienne. Rien de plus normal, donc, que de voir Audrey la détruire, qu’elle soit complice des meurtres ou pas. Par ailleurs, lorsque le tueur « attaque » Piper et Will dans l’épisode 6, on voit qu’il est au moins aussi grand que Will, et assez fort pour le traîner par les pieds : je vois mal Audrey, 1m60 et 50kg à vue de nez, ratatiner le quarterback. Et en même temps, lorsqu’elles se croisent pour la première fois dans l’épisode 2, Audrey et Piper font semblant de ne pas se connaître… Il y a donc forcément du louche là-dessous, et c’est un bon point d’accroche pour nous faire revenir vers la série dans un an, sans pour autant s’appesantir dessus trop longtemps (je pense qu’un ou deux épisodes après le début de la nouvelle saison devraient suffire à clarifier l’implication d’Audrey).

Ma théorie, en attendant la saison 2 : Piper et Audrey étaient en contact pour mettre en place un plan visant à harceler un peu Emma (qui avait abandonné son amitié avec Audrey pour des amis plus populaires) et à lui révéler au passage les mensonges de sa vie (les sextapes de Nina, la tromperie de Will, les mensonges de sa mère). Mais Piper a « doublé » Audrey en se lançant dans une tuerie avec un deuxième complice. Si Audrey n’a rien dit pour le meurtre de Nina, c’est parce qu’elle s’en foutait ou n’imaginait pas qu’elle en était le déclencheur, mais elle se serait désolidarisée de Piper dès le meurtre de Rachel. Mais comme Piper avait des preuves de leurs contacts antérieurs aux meurtres, elle réduisait Audrey au silence. C’est probablement ça qu’elle allait révéler à Emma lorsqu’Audrey lui a tiré dessus, d’ailleurs. Redevenue amie proche d’Emma à la faveur des événements de la saison, Audrey aurait sauvé celle-ci plutôt que de laisser Piper en finir avec elle (et, probablement, la balancer).

Mais pour les meurtres eux-mêmes, je reste convaincu qu’il y avait un deuxième tueur, de préférence un homme, et que les pistes de Jake (le branleur qui se fait blesser hors-caméra), de Kieran (le mystérieux fils du shérif qui apparaît et disparaît sans cesse) et des frères Brandon (James et/ou Troy) ne seront toujours pas à négliger en saison 2. Mais franchement, les gars, il faudra oser tuer des membres du cast principal, pour le suspense, parce que tant de survivants à un « massacre », pour une saga de la trempe de Scream, ça le fait moyen. Butez Jake, Brooke, Noah, ou même Emma : il y aura bien un survivant parmi eux pour se faire de nouveaux amis (et suspects plus intéressants) à la fac dans une éventuelle saison 3…

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