The Program

 

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Bien que lancé par quelques films estampillés « auteur » et devenus cultes (My Beautiful Laundrette, Dangerous Liaisons), Stephen Frears est devenu, ces dernières années, un réalisateur hollywoodien bien sage, alternant les projets low profile (Dirty Pretty Things, Tamara Drewe, Chéri) et les biopics à oscars (The Queen, Philomena, bientôt Florence Foster Jenkins) visant clairement le starfucking sur les tapis rouges. Son dernier film, The Program, est quelque part entre les deux : biopic classique dans sa forme, il ne bénéficie pas d’une distribution hyper prestigieuse (Ben Foster est surtout connu pour des seconds rôles) ni d’une promotion de ouf à l’approche de la saison des awards. Mais c’est aussi un film sur l’un des scandales médiatiques les plus récents et les plus retentissants de l’histoire du sport, ce qui devrait assurer un certain intérêt du public.

 

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Le pitch, selon Allociné :
Découvrez toute la vérité sur le plus grand scandale de l’Histoire du sport : le démantèlement du programme de dopage qui a fait de Lance Armstrong une légende. De la gloire à l’humiliation, The Program retrace le parcours de la star du Tour de France. Véritable thriller, le film nous plonge au cœur de la folle enquête qui a conduit à sa chute.

 

 

 

Pour ma part, j’ai été un peu surpris : je n’ai jamais suivi le Tour de France, et je ne connais pas grand-chose du parcours de Lance Armstrong. Comme bien d’autres, je n’ai pas pu échapper aux gros titres sur la domination insolente de la (seule) star mondiale du cyclisme en son temps, ni sur ses records. Mais ça ne m’intéressait pas et, d’ailleurs, ne m’intéresse toujours pas vraiment. Ce qui m’intriguait, c’était le scandale, et rétrospectivement, les circonstances : comment ce gars en était-il arrivé là, au point de croire qu’il ne se ferait jamais prendre ?

 

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Je pensais que c’était probablement un mec « clean » au départ, qui avait eu un sursaut d’orgueil après son cancer, se laissant aller à un petit « coup de boost » qu’il pensait provisoire… Mais en fait pas du tout. Tel qu’il nous est présenté, sous les traits ni trop grimés ni trop mimétiques de Ben Foster, Lance Armstrong apparaît comme un mec qui a toujours eu l’orgueil d’un champion, mais jamais les capacités. Comme un mec qui, dès le début de sa carrière, et bien avant son cancer, trouvait que l’EPO faisait partie du jeu. « Héros ou salaud ? » prétend interroger le film, qui ne se veut pas à charge, en tentant de comprendre la rage de vaincre et l’engagement (un peu cynique, avec le recul ?) du champion contre le cancer, tout en mettant en scène l’organisation froide et quasi-industrielle de la fraude, opérée avec insolence (voire avec une certaine potacherie) par Armstrong et ses coéquipiers pendant des années. Ben Foster est impeccable dans son rôle de pauvre type qui ne pouvait accepter d’être autre chose qu’un champion, et qui se mue progressivement en une sorte de gourou halluciné, trop conscient de sa célébrité et de son influence. Le reste du casting l’épaule très bien, à l’exception peut-être de Guillaume Canet, en médecin italien à moumoute et à accent de Monsieur Preskovic : sérieusement, il n’y avait pas moyen de caster un acteur italien pour jouer un italien ? J’imagine bien que pour les Américains, un type qui parle avec un accent européen est de nationalité à peu près interchangeable, mais là, ça donne des séquences risibles, limite gênantes.

 

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Par son sujet et sa structure, The Program n’est pas sans rappeler Le Loup de Wall Street, de Scorsese, qui se penchait sur un personnage similaire : un escroc qui a arnaqué son monde avec panache, avant de chuter. Des scènes de séminaire où il débite des platitudes sur la force de l’esprit, à l’étau qui, sous la forme d’un adversaire (un enquêteur du FBI chez Scorsese, un journaliste opiniâtre chez Frears) à l’affût du moindre faux pas, se resserre peu à peu sur le « héros », Lance Armstrong et Jordan Belfort ont beaucoup en commun, en tant que personnages de cinéma, du moins.

 

david walsh chris o dowd

 

 

Le scénario de The Program est d’ailleurs une adaptation du livre Seven Deadly Sins : My Pursuit of Lance Armstrong, paru en 2012, et c’est donc sans surprise qu’il fait la part belle au rôle de David Walsh (joué par Chris O’Dowd), ce journaliste irlandais du Sunday Times, auteur du livre, dont les révélations ont, à partir de 2004, précipité la chute de Lance Armstrong. Son histoire est aussi l’occasion de se pencher sur l’omerta, pour ne pas dire la lâcheté, qui régnait au haut niveau du cyclisme mondial face aux improbables exploits d’un type passé de performances correctes à un cancer puis des prouesses physiques surhumaines : entre les journalistes qui ne voulaient pas se fâcher avec l’organisation et les équipes, les coureurs cleans qui craignaient pour leur carrière, et des instances décisionnaires qui préféraient fermer les yeux pour ne pas perdre la seule star mondiale de leur sport, qui drainait dans son sillage des tonnes de fric, tout a semblé converger, faute de courage, vers un silence coupable. Mais surtout, finit-on par se demander : ne l’avons-nous pas, nous le public, voulu, ce champion des champions, revenu de tout et nous servant une si belle histoire, comme ces cyniques comploteurs avaient l’air de le penser ?

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