Youth

 

youth michael caine harvey keitel

 

Et s’il n’y avait pas de bonne façon de vieillir, si ce n’est de ne pas de ne pas perdre de son envie et de sa sagacité ? Deux ans après le triomphe de La Grande Bellezza, reparti bredouille de Cannes mais qui a ensuite semblé tout rafler sur son passage (dont l’oscar du meilleur film étranger), Paolo Sorrentino revient avec un nouveau film, lui aussi boudé à Cannes, qui explore sur un mode différent ses thématiques de l’âge, de la vulgarité et de la laideur. Mais cette fois-ci, au lieu du cadre de Rome et du casting italien, c’est un hôtel luxueux, qui fait office de maison de repos pour riches personnalités ayant pour la plupart leur fiche Wikipédia (un compositeur / chef d’orchestre à la retraite, un réalisateur de films culte, un acteur de cinoche, une Miss Univers, un footballeur qu’on devine être une sorte de Diego Maradona), au pied des Alpes suisses, et un casting international qui font office de décor.

 

 

youth rachel weisz

 

Le pitch, selon Allociné :

Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble.
Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

 

 

Ah bon ? Bah j’avais pas compris ça. A en croire ce pitch, on dirait deux vieux croûtons qui envisagent un double suicide assisté. Bonjour l’ambiance. En fait, je suis allé voir le film sans avoir trop lu d’articles dessus, si ce n’est que j’ai aperçu ça et là que son échec cannois n’était pas mérité, ou au contraire que c’était une daube infâmante. Et du coup, difficile d’être déçu.

 

youth miss universe

 

S’il souffre de son évident vernis intello et de son manque flagrant d’action qui confine au bavardage (il ne s’y passe, à proprement parler, pas grand-chose), il se dégage de Youth une aura clipesque des plus agréables, au climat éthéré et aux punchlines bien senties, dont on ressort avec l’impression d’avoir passé une soirée hyper épanouissante avec des gens auxquels on aurait pensé n’avoir rien à dire. On n’a pas tout compris, on a l’impression d’avoir assisté à une succession de scènes pas vraiment reliées entre elles, mais on s’est senti stimulé. Sorte de cuite cinématographique bercée par l’ambiance élitiste de personnages qui s’expriment de manière un chouïa trop érudite pour ne pas exclure un peu le spectateur, entrecoupée de séquences oniriques (dont certaines frisent le grotesque, voire s’y vautrent à cœur joie) et d’intermèdes artistiques et musicaux rythmant le quotidien des résidents de l’hôtel comme dans le plus basique des hôtels-clubs familiaux, Youth dissimule mal les ambitions felliniennes de Paolo Sorrentino, quitte à virer au marasme auteuriste m’as-tu vu.

 

youth jane fonda

 

Il n’en demeure pas moins un film dans lequel on plonge avec plaisir, sans voir le temps passer, ballotés entre des personnages pour la plupart hauts en couleurs qui titillent l’âme et la tête. Cela va de la Miss Univers qui rembarre gentiment un acteur condescendant qui la prend de haut, au réveil sexuel d’une femme qui avait oublié qu’elle aimait être regardée par son compagnon, en passant par de troublantes allusions à notre réalité (la présence de Paloma Faith, ou encore de Jane Fonda dans le rôle d’une actrice diva vieillissante, titulaire de deux oscars de la meilleure actrice – comme Jane Fonda – et qui envisage de planter le cinéma pour tourner dans une série parce que « c’est à la télé que ça se passe, maintenant, chéri »…).

youth-michael-caine-harvey-keitel

Mais le plus gros morceau est bien évidemment laissé aux deux monstres sacrés qui se donnent la réplique en haut de l’affiche, Michael Caine et Harvey Keitel, qui incarnent avec une certaine truculence (mais pas autant que ce que laissent entendre les bandes annonces) deux conceptions opposées de la vieillesse, mues par l’égo : l’un qui refuse obstinément de répondre aux sollicitations qui l’obligeraient à reprendre son travail, l’autre qui au contraire tient absolument à continuer vaille que vaille, pour rester dans le coup, quitte à s’entourer d’une équipe de tournage de jeunes paumés et à risquer de faire le film de trop. Et comme bien souvent quand des personnages tournent à vide à cause de leur égo, ils ont tort. Mais à quel point ? A ce titre, le dernier quart d’heure du film, où les deux héros prennent enfin acte de leur vain acharnement, m’a laissé un « goût » étrange en tête, au risque de trouver le film assez pompeux dans son ensemble. Mais la beauté des images et de la musique de Mark Kozelek ont déjà fait leur effet et, faute d’être beaucoup plus avancé dans ma vision de la jeunesse et de la vieillesse qu’avant le visionnage, je pardonnerai au moins à Youth son atmosphère cotonneuse un peu arrogante pour une raison : je m’y suis senti bizarrement bien.

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