Blindspot

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Très satisfaite des bonnes audiences de Blindspot (autour de 9 millions de téléspectateurs), NBC a commandé il y a quelques jours dix épisodes supplémentaires de sa nouvelle série, portant la première saison à un total de 22 épisodes jusqu’au printemps prochain. Blindspot se positionne donc comme l’un des hits parmi les nouveautés de cette rentrée 2015, où pour le moment aucun gros phénomène ne semble surnager. Séduisante par son pitch (une Jane Doe, vivante mais amnésique, dont chaque tatouage est l’indice-clé d’une nouvelle affaire criminelle – ce qui 1) pourrait durer longtemps et 2) amène à se demander comment ceux qui ont fait ça avaient accès à tant d’infos, si longtemps en avance – on espère qu’on aura, un jour, une explication à peu près satisfaisante), la nouvelle série de de Greg Berlanti (Arrow, Flash) n’est pourtant qu’une variation de plus sur ces séries policières lambda, généralement peu reconnues par la profession, où un policier (souvent mâle) et une acolyte (généralement femelle), qu’on sent confusément destinés à finir ensemble, joignent leurs forces, poussés par les circonstances, face à une / des enquête(s), avant de passer à un lien plus personnel, par la suite, qui les unit face à un destin terrible / un ennemi terrible / un fil rouge de saison terrible : Blindspot, c’est un pitch de départ juteux, mais ça va quand même très vite se transformer en Mentalist, en Castle, en Bones ou en Body of Proof (saison 3)…

 

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Le pitch, selon Allociné :
Une jeune femme amnésique est retrouvée totalement nue en plein milieu de Times Square à New York, recouverte de tatouages mystérieux, fraîchement réalisés. Un agent du FBI, chargé de l’enquête, suit les indices dispersés sur son corps, qui révèlent bientôt une conspiration de grande ampleur…

 

 

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Bon, une histoire de Jane Doe, quoi. Ici, elle n’a pas de superpouvoirs ou autre caractéristique surnaturelle, mais des aptitudes relativement hors du commun pour le combat, le maniement d’arme et l’enquête policière, s’incrustant au sein de l’équipe du FBI censée s’occuper de son cas en moins de deux. En l’occurrence, ici, l’assez charismatique Jamie Alexander (Thor, Kyle XY), qui va vite tomber dans les bras (ou dans de terribles dilemmes amoureux) d’une sorte de bout de viande hétérosexuelle triomphante censée nous évoquer confusément Daniel Craig, Kiefer Sutherland ou Kevin Costner. Il y a aussi des seconds rôles assez bateau : une collègue FBI latina compréhensive, un collègue FBI noir qui se méfie plus que les autres, une chef black quinquagénaire (caution classique de la minorité de série placée à un poste à responsabilité) et qui cache quelque chose, une blondinette de labo mignonne et qui fait des gaffes… Bref, des stéréotypes de série TV policière / action comme on en a déjà vu des tonnes jusqu’à présent.

 

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Ce qui fait, du moins pour cette première saison, le sel de Blindspot, c’est donc cette intrigue fil rouge au cours de laquelle, outre les « case of the week » révélés chaque semaine par un nouveau tatouage de Jane Doe, on va peu à peu en apprendre plus sur les origines de l’héroïne. Qui est-elle ? Qui était-elle ? Au bout de trois épisodes, on sait déjà qu’elle est liée au héros masculin Kurt Weller, dont le nom a été tatoué sur son dos, mais aussi qu’elle était, vraisemblablement, volontaire pour se faire effacer la mémoire et qu’elle était pour le moins ambivalente, dans son « rôle » précédent. On se demande donc si elle était agent secret, tueuse à gage, membre d’une organisation terroriste ou d’un mouvement activiste… En tout cas, les affaires qu’elle « révèle » à travers ses tatouages lui permettent apparemment d’infiltrer le FBI et, si c’est bien ce que ses « complices » voulaient, de notifier quelqu’un, en interne, de leur connaissance de certaines infos très compromettante. La nénette étant amnésique, elle ne risque pour le moment pas de se faire trouer la peau par ceux qui pourraient craindre qu’elle n’en dise plus que ses tatouages, mais il y a fort à parier que, les enquêtes avançant et la mémoire revenant (dans la tête de Jane Doe ou à travers des personnes de son passé), tout ce bordel devrait exploser d’ici la fin de la première saison.

 

 

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Et c’est un peu ce que je crains avec Blindspot : c’est typiquement le genre de série qui s’accorche à son concept de départ, longtemps, même quand elle devrait passer à autre chose, au risque qu’en saison 5 Jane Doe remarque encore de nouveaux tatouages à l’encre sympathique sur son corps, qui vont la lancer à la poursuite d’un nouveau complot criminel dont elle ne se souvient plus et qu’elle aurait très bien pu, avant le pilote… dénoncer par un coup de fil anonyme au FBI, quoi.

 

 

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Une saison pour déjouer une conspiration, c’est bien. Deux, peut-être. Mais au-delà, si le programme des scénaristes n’est pas tracé d’avance, on risque de se retrouver avec une méchante organisation secrète qui n’en finit jamais d’être démantelée, voire avec une organisation secrète derrière l’organisation secrète, et des méchants qui sont méchants mais qui en fait deviennent alliés en fonction des circonstances puis finalement qui redeviennent très méchants deux épisodes avant la fin. Des séries très appréciées comme Alias, Revenge ou Dollhouse ne se sont jamais vraiment remises d’avoir introduit un immense complot derrière le complot apparent, nous faisant subir les affres de Prophète 5 ou de l’Initiative dans le seul but de ne pas nous lasser avec cinq saisons de SD6 ou de Grayson Global. Et ce genre de paquetage est bien encombrant, généralement bien incohérent, et difficile à lourder sans avoir semé bien des téléspectateurs en route…

 

 

 

L’explication finale de la saison 1 de Blindspot (s’il y a bien une explication à peu près complète en si peu de temps) devrait donc décider du destin de la série : sera-t-elle un action drama lourdement feuilletonnesque dans lequel l’héroïne n’en finira JAMAIS de découvrir des trucs sur son passé et sur un invisible ennemi omniscient ? ou bien une série policière classique dans laquelle une ex-Jane Doe passera progressivement à autre chose et s’intègrera correctement dans des enquêtes « classiques » du FBI ? Je ne sais pas encore de quoi j’ai envie, mais la saison 1 a encore une grosse quinzaine d’épisodes pour me convaincre.

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