Crimson Peak

 

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Guillermo Del Toro, c’est un peu la troisième roue du carrosse du cinéma mexicain : alors que ses confrères Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu viennent coup sur coup de rafler l’oscar du meilleur réalisateur à des pontes de l’industrie hollywoodienne comme Martin Scorsese ou Wes Anderson, il attend toujours son tour, qui était probablement venu avec Le Labyrinthe de Pan en 2006 et ne reviendra pas de sitôt, à mon avis. C’est que Del Toro, contrairement à ses deux collègues et amis (dont il co-produit régulièrement des projets), verse plutôt, côté réalisation, dans le cinéma de genre (Mimic, Hellboy, Pacific Rim), option gore et flippette, ce qui fait tâche dans les palmarès des oscars, sauf pour les oscars techniques, éventuellement. Et c’est probablement tout ce à quoi pourra prétendre Crimson Peak ces prochains mois.

 

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Le pitch, selon Allociné :
Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : « Prends garde à Crimson Peak ». Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse « imagination », Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance le docteur Alan McMichael, et Sir Thomas Sharpe, un baronnet anglais.

 

 

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Bon, en vrai, c’est une variation fantastico-gore sur un matériau de base vaguement inspiré de Daphné du Maurier, non ? Je veux dire, cette jeune épouse ingénue qui suit un aristocrate anglais désargenté dans son manoir lugubre, pour s’y faire harceler par une harpie gothique et y découvrir un secret glauque derrière les portes qui grincent, c’est le scénar’ de Rebecca, pas vrai ?

 

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Oui, bon, c’est un peu ça. Mais avec des moments gore et des jump scare de fantômes stupides pour animer le tout : je veux dire, faut être débile, quand on a déjà une tronche de cadavre écorché et qu’on a un message hyper important à faire passer à l’héroïne du film, pour ramper vers elle en poussant des cris à la fois rauques et suraigus. Enfin, pour ma part, je sais que ça me donnerait pas envie de rester là tranquillement à attendre que tu articules ton message, mec. Mais bon, c’est du cinéma, les fantômes font flipper, ok.

 

 

Reste que le scénario est un peu léger, pour ne pas dire prévisible (attention spoilers, un peu, hein) : Edith, une jeune femme un peu perturbée par les fantômes qui hurlent des trucs suraigus dans sa chambre la nuit, s’amourache connement (mais bon, ça ne se voit pas trop à l’écran avant qu’elle ne l’ait épousé) de Tom Hiddleston, le mec à tronche de satyre des films Marvel, qui venait justement glaner de l’argent auprès de son père qui, fort opportunément, meurt violemment au moment-même où il semblait comploter pour empêcher que ce malandrin n’épouse sa fille pour l’argent. J’ai envie de dire : Edith, t’es complètement conne, ma pauvre fille. Déjà, le mec qui cherche à soutirer du fric à ton père et qui flirte très grossièrement avec toi à l’instant même où il apprend que tu es sa fifille, ça aurait dû te mettre la puce à l’oreille. Mais en plus, le mec a la tronche de Tom Hiddleston, quoi ! Fuis, coconne !

 

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Bref, une fois partie pour l’Angleterre, après avoir enterré son père mort en glissant dans sa salle de bain si fort qu’il en a défoncé un lavabo en porcelaine (le truc pas suspect du tout – je veux bien qu’on soit au début du XXème siècle et que les mecs ce soient pas Les Experts, mais bon…), Edith se retrouve enfermée dans un château sinistre avec ses geôliers : son mari, sa belle-sœur et un domestique qui n’apparaît que deux fois mais qui ne sert à rien, et commence à se demander si cette maison et ses habitants chelou ne cachent pas un secret. No shit ?!? S’en suivent de nombreuses scène nocturnes essentiellement destinées à faire flipper le spectateur et à faire avancer à pas de mouche l’enquête de la donzelle, dont on voit le résultat à dix kilomètres : OUI Sir Thomas Sharpe l’a épousée pour le fric, NON elle n’est pas la première Mrs Sharpe, OUI c’est chaud pour sa gueule.

 

 

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Le dernier quart d’heure, expédié et éventé dès le début du film, tourne à la rédemption un peu pourrie du baronnet creepy : ouais, c’est vrai il a épousé des meufs pour leur fric avant de les faire assassiner, ouais, bon, c’est vrai qu’il a aussi fait assassiner son beau-père pour l’empêcher de compromettre ses projets de mariage intéressé, mais bon, comme entretemps il a développé des sentiments sincères pour son épouse, ça va. Euh whaaaaat ? Pour éviter de nous appesantir sur cette morale douteuse, il mourra quand même hein, mais bon, c’était limite.

 

 

 

Très esthétique, gothique à souhait avec son manoir de parc d’attraction et sa terre d’argile rouge qui fait de cette grande bâtisse humide une sorte d’organisme vivant et suintant, Crimson Peak pâtit d’un scénario de téléfilm de base, romance à suspense à laquelle il est un peu difficile d’adhérer tant elle est cousue de fil blanc et pas très crédible à la base, le tout à peine distingué du tout-venant par des scènes gore absolument inutiles à l’avancée de son intrigue. Reste Mia Wasikowska, impeccable comme toujours.

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