Irrational Man

 

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Comme chaque année, le Woody Allen est adulé par les uns, conchié par les autres, il se trouve toujours un titre de presse pour dire que c’est « le meilleur Woody Allen depuis Annie Hall » ou « le meilleur Woody Allen depuis Match Point », et d’autres pour dire que c’est un cru mineur, que ça marque une « période » de la carrière du cinéaste (en l’occurrence, pour les plus récentes, il y a eu une « période européenne », une « période Scarlett Johansson », et désormais on semble être dans une « période Emma Stone », tant la jeune actrice semble, après Magic In The Moonlight, s’imposer en muse de Woody Allen pour les années 2010, sorte de véhicule léger et ingénu pour ses intrigues prise de tête tordues). Pour ma part j’ai bien aimé, notamment pour sa deuxième partie.

 

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Le pitch selon Allociné :
Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris – militantisme politique ou enseignement – n’a servi à rien.Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.

 

 

Bon, c’est un peu long pour un synopsis Allociné, vu que, même si ça ne spoile pas trop, ça développe quand même les trois premiers quarts d’heure du film. C’est simple, le film se divise assez clairement en deux parties, un avant et un après, et ce synopsis décrit toute la première partie.

 

 

Jamie Blackley Emma Stone

 

Car si le film démarre et laisse entendre, via sa bande-annonce, qu’il sera un gros moment de névrose à la Allen, n’osant pas prendre ouvertement le chemin du vaudeville, avec son habituel alter ego du réalisateur, prof de philo qui passe le plus clair de son temps à geindre, la deuxième moitié du film se mue soudainement en une sorte de comédie policière, qui vire au thriller et à la fable noire. On retrouve alors au cœur du film des thématiques chères à Woody Allen, et présentes en filigrane dans sa filmographie : celles du crime, du mensonge et de la chance / du hasard, déjà aperçues dans Crimes et Délits, Le Rêve de Cassandre, et bien entendu celui auquel on pense le plus clairement ici, Match Point.

 

 

Left to right: Parker Posey as Rita and Emma Stone as JillPhoto by Sabrina Lantos © 2015 Gravier Productions, Inc., Courtesy of Sony Pictures Classics

 

 

Mais plutôt que de simplement les inscrire dans un des milieux bourgeois dont il est coutumier, Woody Allen transcende ici ces thématiques dans un contexte où la philosophie est plus ouvertement présente, donnant lieu à de nombreux moments savoureux, dans la deuxième moitié du film, où des dialogues à double-sens côtoient les raisonnements bancals d’un homme libéré (sexuellement, dans la vie quotidienne, au boulot, à table…) par sa soudaine opportunité d’agir et son absence de culpabilité. Ou comment, d’un personnage névrosé ne parvenant pas à s’accommoder du monde tel qu’il est, dans la première partie, le héros Abe Lucas incarne avec application le basculement d’un être dans l’extrémisme, dans la seconde.

 

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Car si l’honnêteté, la démocratie, la diplomatie, la méritocratie échouent, comment ne pas se sentir libéré, même provisoirement, après des années d’amertume et de frustration, par un résultat satisfaisant ? Fût-il obtenu en trichant, en contournant les règles et la morale ? Un peu bâclée, la fin m’a en tout cas interrogé. Notamment en ce qui concerne la double narration alternée, entre le personnage de Jill et celui d’Abe. D’où ces deux personnages nous racontent-ils leur histoire, après toutes ces péripéties ? Incohérence ou clin d’œil du réalisateur à nos désirs de nous prendre la tête avec lui quasiment chaque année depuis cinq décennies, L’homme irrationnel reste, comme chaque fois ou presque, avec Allen, un film sur lequel on a forcément un avis. En ce sens, le Woody annuel n’est jamais vraiment une perte de temps pour un amateur de ciné, et Irrational Man ne fait pas exception à la règle.

 

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