Le nouveau stagiaire

 

the intern movie

 

Charmante et oubliable comédie dramatique américaine, qui est en fait à peine une comédie (on ne s’esclaffe pas vraiment) et pas vraiment dramatique (il ne s’y passe rien de vraiment tire-larmes), Le nouveau stagiaire (The Intern) est dans la veine de ces comédies sociétales plus ou moins ouvertement féministes mais un peu maladroites dans leurs propos dont Nancy Meyers a fait sa spécialité, en tant que scénariste puis que réalisatrice, depuis une trentaine d’année (Baby Boom, Le Père de la Mariée, Ce que veulent les femmes, Tout peut arriver…). On y suit donc une Anne Hathaway impeccablement professionnelle et stylée et un Robert De Niro tout aussi tiré à quatre épingles, dans un produit de ciné commercial qui leur va bizarrement à ravir.

 

the intern anne hathaway

 

Le pitch, selon Allociné :
Ben Whittaker, un veuf de 70 ans s’aperçoit que la retraite ne correspond pas vraiment à l’idée qu’il s’en faisait. Dès que l’occasion se présente de reprendre du service, il accepte un poste de stagiaire sur un site Internet de mode, créé et dirigé par Jules Ostin.

 

 

Alors que n’importe quel autre scénariste aurait fait, de ce matériau de base, une comédie potache appuyant grossièrement sur les ressorts comiques de la différence d’âge, du vieillissement, du conflit spontané qui vire peu à peu à l’estime entre deux êtres que tout oppose, Nancy Meyers choisit donc d’emprunter un chemin autrement plus policé, refusant de se calquer sur les canons de la comédie romantique pour raconter une histoire qui n’a, elle, pas grand-chose de romantique dans ses grandes lignes. Les seconds rôles, en-dehors des love interests (et dire que Rene Russo a maintenant l’âge de jouer les love interests d’acteurs septuagénaires…), ne servent pour ainsi dire à rien, malgré la sympathie qu’ils peuvent inspirer et les sous-intrigues dont ils remplissent vaguement le film.

 

the intern de niro

 

Donc oui, Jules Ostin (Anne Hathaway) n’est pas trop d’accord pour qu’on lui colle un stagiaire dans les pattes, mais elle ne va pas, comme on pourrait s’y attendre, le prendre spontanément en grippe, le faire tourner en bourrique ou lui faire vacherie sur vacherie dans l’espoir de le faire fuir. Et oui, Ben Whittaker (Robert De Niro) ne pige pas grand-chose au web, eu égard à son grand âge, mais le film ne va pas se borner à enchaîner les scènes dans lesquelles il ne sait pas comment se servir d’un iPad.

 

the intern facebook scene
Attends papy, je t’aide à créer un compte Facebook, hihihi (sérieusement)

 

 

Au contraire, retraité encore dans le coup, Ben se révèle assez vite compétent et quasiment indispensable, tandis que, débordée et vraisemblablement un peu dépassée sur tous les fronts (perso et pro, comme toute femme de pouvoir de comédie hollywoodienne qui, en 2015, en est encore à, forcément, péniblement chercher l’équilibre) (sans y parvenir, cela va de soi, avant l’intervention divine d’un hôôôôôôômme), Jules s’attache vite à la stabilité apaisante de ce septuagénaire absolument pas largué. Car Ben n’est pas un simple retraité qui s’emmerde : c’est un riche retraité qui s’emmerde. Quelqu’un de compétent, qui a eu des responsabilités en entreprise il n’y a pas si longtemps, a gagné plein de fric, et sait globalement s’adapter socialement. Ce sont aux autres stagiaires seniors, entraperçus dans le film, que sont donc dévolus les gags stéréotypés sur les vieux qui sont sourds, toujours à la ramasse ou ne savent plus conduire.

 

the intern jules matthew

 

A voir Ben et Jules ensemble pendant le film, on a l’impression qu’il a une quinzaine d’année de moins et qu’il est une sorte de figure paternelle pour elle, mais pas que c’est un vieux machin dont la présence en costume dans une voiture corporate de luxe est une surprise. D’ailleurs, avec tous les acteurs septuagénaires qu’on voit jouer des patrons de multinationales dans le cinéma américain, pas étonnant que notre perception de ce qui est trop vieux pour l’entreprise soit un peu faussée. Je sais pas toi, mais moi quand l’un de mes parents a pris sa retraite, j’étais presque étonné, tant soixante / soixante-deux ans passe pour la force de l’âge, de nos jours.

 

 

Ça aurait aidé, en somme, en termes de comédie et de décalage, que De Niro en costume-cravate ne se fonde pas aussi harmonieusement dans un décor professionnel, fût-il une start-up e-commerce, milieu nécessairement perçu comme jeune.

 

 

Mais le propos n’est donc pas dans la coexistence professionnelle des deux héros du film (il est même question, à un moment, d’un problème technique assez important sur le site web de l’entreprise… dont on n’entendra ensuite plus parler) mais de la manière dont ils vont, l’un et l’autre, s’aider à relativiser et rééquilibrer leurs vies personnelles. La jeune chef d’entreprise aidera Ben à prendre conscience du fait que, toute ennuyeuse qu’elle soit, la retraite lui a offert une part de temps pour lui dont il ne percevait pas la saveur. Le paisible retraité, tel une marraine la bonne fée sortie de nulle part, aidera Jules à rééquilibrer ses vies professionnelle et privée (en décidant de ne changer à peu près rien, mais chut, c’est pas grave), et sortira momentanément De Niro de la caricature d’ex-mafioso constipé dans laquelle sa carrière l’a enfermé depuis une grosse quinzaine d’années.

 

the intern robert de niro

 

Le souci résidant, comme souvent chez Nancy Meyers, dans ses messages plus ou moins féministes qui prennent parfois un tour trouble. La culpabilité de l’épouse tiraillée entre sa vie de famille et sa passion d’entrepreneuse se termine sur une non-résolution bizarre. Les réflexions sur les hommes modernes qui, avec leur volonté de conjuguer responsabilités professionnelles et mode de vie jeune (look, manière de penser, de s’exprimer), valent forcément moins que les « vrais » hommes du passé comme Robert De Niro, qui faisaient des vrais jobs et fabriquaient de vraies choses tout en arborant une virilité impeccable sous leurs bleus de travail ou leurs costards trois pièces : merci pour le dénigrement des résultats des luttes féministes qui, pour les hommes aussi, ont permis de ne pas se définir que par des stéréotypes masculins issus de la lutte des classes. Les intérieurs « real estate porn » qui donnent des complexes aux spectateurs et refusent de participer à la définition de la personnalité des personnages…

 

 

 

 

Le nouveau stagiaire est plutôt lisse, donc, dans sa forme, et pas subversif pour deux sous. Mais on se laisse porter sans encombre par sa douce musique corporate, rationnelle et rassurante, et par ses réflexions relativement ouvertes sur l’amitié, la fidélité, les choix de vie et les nouvelles chances. Un bulle de cinéma inoffensive, qu’on oublie bien vite mais dont on ressort avec l’impression d’avoir passé deux heures avec de chouettes gens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*