Maryland

 

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Je ne savais pas grand-chose du nouveau film d’Alice Winocour (réalisatrice d’Augustine et coscénariste de Mustang) avant d’y aller, si ce n’est qu’il y aurait donc Matthias Schoenaerts (dont je n’ai pas vu beaucoup de films mais qui me semble, pour l’instant, se cantonner pas mal aux rôles de brutes épaisses taiseuses) et Diane Krüger au générique, cette dernière jouant encore (et c’est un exploit, de faire ça pendant près de quinze ans) les trophy wives d’un homme riche et forcément plus âgé qu’elle, sur lequel elle n’aurait probablement pas posé le regard dans des circonstances économiquement moins favorables. Je n’étais pas hyper emballé mais il n’y avait pas grand-chose que j’avais envie de voir et que je n’aie déjà vu en salles ce week-end, alors je me suis lancé, me disant que me faire un film français de temps en temps ne pouvait pas me faire de mal. Maryland ce fût, donc.

 

maryland mattias schoenaerts

 

Le pitch, selon Allociné :
De retour du combat, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ».
Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…

 

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En interview, la réalisatrice Alice Winocour déclare : « Dès l’écriture, je me suis dit que le film devrait être très sensoriel, qu’on devrait être dans la peau du personnage pour avoir le même vertige que lui face au réel : ne voir que ce qu’il voit, ne comprendre que ce qu’il comprend, ne sentir que ce qu’il sent et n’entendre que ce qu’il entend »

 

 

Et c’est, au-delà d’un choix artistique que je peux comprendre et respecter, ce qui m’a un peu frustré dans Maryland : le film s’émancipe du cahier des charges classique du film d’action, en refusant notamment de donner du corps au scénario au-delà de ce que le personnage principal, auquel le spectateur reste chevillé du premier au dernier plan, peut voir et comprendre. J’ai donc passé une bonne partie du film à, naïvement, essayer de comprendre pourquoi tout cela arrive (Qui sont les gens qui attaquent la femme du milliardaire ? Pourquoi ? Est-ce politique ou crapuleux ? Que sont devenus les employés de maison, vraisemblablement kidnappés ou tués ?). En vain. Le film d’Alice Winocour se perd un peu dans ses considérations esthétisantes sur la paranoïa, l’altération de la perception de la réalité, ou encore le syndrome de stress post-traumatique de son héros, sans vouloir en faire des éléments déclencheurs de quoi que ce soit, ni paraître porter le moindre propos sur ces sujets. Alors certes, la paranoïa du début du film se révèle assez vite être justifiée, mais que dire de la propension du personnage à user de violence au-delà de la nécessité, fracassant la tête d’un homme déjà à terre, ou du risque qu’il fait courir à tous, niant son besoin manifeste d’être sous anxiolytiques ? Bah rien, apparemment, ces éléments étant montrés mais n’ayant pas vraiment de conséquences.

 

maryland mattias schoenaerts diane kruger

 

Onirique, éthéré, mais laissant planer la tension permanente d’une menace à venir, Maryland commet la faute que j’ai du mal à pardonner à n’importe quel film, tout contemplatif soit-il : il n’a pas vraiment de fin. S’achever sur une scène à la suite de laquelle on a envie de dire « et maintenant ? », pour un thriller qui n’a résolu aucune de ses intrigues (de la sécurité de l’héroïne à la fin de ses ennuis conjugaux, en passant par l’identité des commanditaires ou la tension sexuelle entre les deux personnages principaux : tout, absolument tout est laissé en plan), c’est un peu un motif de baffes. Jouer avec les codes du thriller d’action pour proposer autre chose, oui. Se limiter à un exercice de style qui dépossède le film de genre de sa substantifique moelle narrative, bof.

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