Sam Smith – The Writing’s On The Wall

 

 

 

Pourquoi tant de haine ? Depuis qu’il a été dévoilé la semaine dernière, The Writing’s On The Wall, le morceau-phare de la B.O. de Spectre, le prochain James Bond, semble se faire descendre de toutes part sur le web. Ses crimes ? Tristouille. Chichiteux. Trop bondien. Pas fun. Pas aussi instantanément puissant que le Skyfall d’Adele.  Certes. Et alors ? Toute la pop doit-elle être fun, légère, synthétiser deux univers en parfaite harmonie ?

 

James Bond Spectre

 

Ici, Sam Smith disparaît un peu derrière l’univers Bond, ses violons, son lyrisme un peu dramatique exacerbé. On se demande presque si cette chanson, qu’il a pourtant co-écrite et co-produite avec Disclosure, n’aurait pas pu être chantée par un ou une autre sans que cela ne nous choque. Et c’est possible, oui. Mais encore une fois, qui a dit que l’interprète doit nécessairement ressortir de la chanson encore plus fort que l’univers du film, ou même à égalité ? Pour ma part, j’aime bien que l’ambiance du titre soit bondienne, et que le titre me donne envie de voir le film, pour comprendre à quoi cette mélancolie va renvoyer, dans ce qui sera peut-être le dernier James Bond avec Daniel Craig, le premier Bond blond, bodybuildé et torturé qui, depuis dix ans, a complètement rebooté la saga de Ian Flemming. Alors après, on aime ou on n’aime pas ce 007 du 21ème siècle, plus « Jason Bourne » que cabotin, qui vit plein de drames et qui y réagit de manière violente et cérébrale. Beaucoup d’aficionados de l’agent secret britannique continuent de considérer que Sean Connery est indépassable, que Timothy Dalton n’était pas fun et que Roger Moore donnait au contraire trop l’impression de s’amuser dans la peau de 007. Pourquoi Daniel Craig et son reboot « respectable » de la saga (Skyfall a eu des nominations techniques aux oscars, et est passé à deux doigts d’en avoir pour son cast, en plus de la chanson d’Adele qui a un peu tout éclipsé) plairaient-ils à tout le monde aujourd’hui ? De toute façon, le James Bond Theme est toujours un sujet d’âpres discussions, entre ceux qui adorent et ceux qui détestent, ceux qui apprécient un vent de fraîcheur et ceux qui préfèrent une partition plus « classique ». Coller des artistes contemporains comme Duran Duran, Madonna, Tina Turner ou Alicia Keys sur ce genre de machine marketing assure un peu d’intérêt des jeunes générations pour la promo du film mais ne ravit que rarement tout le monde. Le fait même qu’on en soit encore, sept ans après Quantum of Solace, à regretter la seule opportunité qu’ait eu EON Productions de faire chanter la B.O. d’un James Bond à Amy Winehouse, montre bien que tout ça, ça sert surtout à faire causer, un peu dans le vide, du film, en-dehors de toute considération pour sa qualité réelle ou supposée.

 

Sam Smith holds his four awards in the press room at the 57th annual Grammy Awards in Los Angeles, California on February 8, 2015. AFP PHOTO/FREDERIC J. BROWNFREDERIC J. BROWN/AFP/Getty Images

 

Alors quand je vois la volée de bois vert que se prend Sam Smith en ligne, avec son titre pourtant très correct, je me demande s’il n’y a pas là un peu de la rançon du succès. Là où Adele est devenu la reine de l’easy listening un peu « respectable » aux yeux de la critique, adoubée par les Américains (Grammys, oscar…) et quelque peu intouchable sous peine d’être taxé de snobisme ou de grossophobie, Sam Smith est un peu son pendant masculin. Et un peu comme on a fini par se lasser de Dido, d’Indochine, de Keane, de Norah Jones, dont le succès mainstream avait quelque chose de « trop pop », « pas assez rock’n’roll » pour avoir une vraie intégrité artistique, on s’est peut-être un peu lassés de Sam Smith et de sa pop proprette, dont on se demande aujourd’hui si elle n’aurait pas due rester cantonnée à un one hit wonder comme un bon vieux Daniel Powter. Pas de panique, les gars, ça va passer. Prenez un peu le temps de vous y pencher, imaginez qu’on peut aussi écouter de la musique pour autre chose que pour s’éclater, et vous verrez, il mérite son succès, le petit. Pareil, je me demande parfois si on n’a pas un problème, dans la pop, avec nos artistes ouvertement gays. J’ai l’impression qu’on ne les aime et ne les respecte que quand ils sont underground, bien en-dessous des radars, bien à nous. Et qu’à l’inverse on ne supporte pas bien qu’ils soient lisses, mainstream. Qu’ils proposent une pop un peu bête, un peu insipide pour plaire aux masses. Il n’y a qu’à regarder la différence de traitement et de bienveillance, en ligne, entre des artistes comme Jay Brannan ou Jake Shears, qui sont restés résolument underground et connus essentiellement d’un public gay, et des artistes devenus stars comme Mika ou Sam Smith, régulièrement traités de ringards, de grosses dindes et autres. Musicalement, ces critiques sont plus ou moins justifiées, mais elles me donnent surtout l’impression qu’être « grand public », chez ces gars-là, ça ne plaît pas trop à la « communauté ». Je trouve pourtant Sam Smith représente une visibilité médiatique salutaire pour des LGBT qui ne sont pas tous les jocks au physique de rêve ou les crevettes maigrelettes que nous vend généralement la fiction, et que son succès, s’il n’a rien d’une incongruité (oui, sa musique est clairement de l’easy listening, non, ce n’est pas d’une audace formelle tellement folle et d’un génie artistique tellement improbable qu’on n’en revient pas qu’il vende des disques), est plutôt mérité.

 

 

 

D’ailleurs, The Writing’s On The Wall est déjà annoncé numéro 1 des charts anglais (mais bon, c’est l’Angleterre, la patrie de Sam Smith, et accessoirement le pays où le numéro un des ventes de singles change chaque semaine, au point que même cette loseuse de Pixie Lott, qui n’a jamais eu un hit notable nulle part, a eu deux singles numéro 1 là-bas) : un simple sursaut avant que Sam Smith ne sombre dans la ringardise ? Ou bien le signe qu’il va peut-être devenir comme ces Christophe Maé, ces Elton John, ces Calogero, ces Bryan Adams qui, s’ils ne sont pas « cools » ni pointus, et qu’on pourrait plutôt les considérer comme des rentiers de la pop, continuent de vendre disques et tickets, et tant pis si le web ne les aime pas ?

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