007 SPECTRE

 

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Sans surprise, et après une première journée à 900 000 entrées (probablement un peu aidé par ce mercredi 11 novembre férié), SPECTRE, le nouveau James Bond, a réussi le meilleur démarrage de l’année 2015 en France avec 2,2 millions de spectateurs en première semaine. Sans les attentats du vendredi 13 novembre, la fermeture des cinémas le samedi 14 et la fréquentation un peu morose des jours suivants, on peut imaginer que le film aurait flirté avec les 3 millions d’entrées. Ce qu’il finira par faire, de toute façon. C’est aussi le meilleur démarrage en France pour un film de James Bond. Le précédent volet, Skyfall, avait rassemblé en première semaine 1,8 million de spectateurs en octobre 2012.

 

spectre daniel craig mexico

 

 

Il faut dire que le « reboot »de James Bond, entamé en 2005 avec le remplacement de Pierce Brosnan par Daniel Craig, a considérablement modifié notre rapport à cette franchise gentiment vieillotte, dont le panache, la misogynie mal dissimulée et les intrigues suintant la Guerre Froide commençaient à faire sentir les origines 50s-60s de cette figure-clé de la pop culture d’après-guerre. D’abord parce qu’il a insufflé une dose de testostérone dans la saga, avec un Daniel Craig blond et bodybuildé qui était loin de faire l’unanimité au début, mais dont le regard bleu glace et le flegme impeccable en costume cintré a fini par conquérir tout le monde. Ensuite parce qu’en revenant aux origines de James Bond, que ce soit à travers son enfance dans Skyfall ou ses premiers pas d’agent secret dans Casino Royale, c’est presque une nouvelle saga qui a démarré, se donnant l’opportunité de s’émanciper de l’arrière-plan de Guerre Froide et des problématiques et gadgets franchement datés des premiers films. Enfin, parce qu’en instaurant une véritable continuité entre les films, le James Bond de l’ère Daniel Craig a pu développer le personnage, lui donner une profondeur psychologique, des enjeux personnels, qui lui offrent l’opportunité d’évoluer, de mûrir, avec les films.

 

 

spectre monica bellucci

 

 

Tout cela donne une vague impression de calque sur les stratégies de sagas plus modernes comme La Mémoire dans la peau ou Mission : Impossible, avec leurs Jason Bourne et Ethan Hunt plus ou moins évolutifs avec les volets, à mesure que leurs interprètes vieillissent, mais ce sont clairement des ingrédients de succès. Il y a clairement un objectif de « respectabilité » à atteindre pour la franchise James Bond, pour devenir une marque bien installée dans l’imaginaire des cinéphiles et du grand public, et si possible glaner un ou deux oscars de temps en temps. Skyfall a ainsi été le premier film de la saga à dépasser le milliard de dollars de recettes au box office mondial : débarrassé de ses oripeaux d’adversaire du communisme, James Bond a pu rencontrer un nouveau public, plus jeune, plus en phase avec les enjeux géopolitiques actuels, et créer un lien avec la nouvelle génération.

 

spectre nomie harris

 

 

Car pour ce qui est de Spectre lui-même, rien de bien transcendant : comme souvent chez James Bond, une piste mène à une piste, qui mène à une piste, qui mène à une piste, qui mène à un énorme complot que James Bond, malgré les combats, les dangers et les milliers de balles tirées dans sa direction, va déjouer en quelques cascades et bidouillages. Le choix scénaristique (attention SPOILER) consistant à lier le grand méchant, Ernst Stavro Blofeld (déjà apparu dans plusieurs James Bond depuis les années 60 à la tête de l’organisation SPECTRE), à la vie privée de James Bond, est à la fois intriguant et handicapant. Intriguant car on sent venir de futures confrontations entre l’espion britannique et sa Némésis, probablement sous les traits de nouveaux acteurs (depuis 1963, Blofeld est apparu à l’écran sous les traits de Anthony Dawson, Telly Savalas, Max von Sydow ou Donald Pleasance), qui auront une saveur particulière à l’aune de cette révélation. Handicapant parce que son histoire est encore un peu floue, voire légère (ça m’intrigue toujours, ces gens qui parviennent à disparaître ET à revenir sous une fausse identité à la tête d’une immense fortune ou d’une organisation milliardaire, sans jamais avoir été tracés ou répérés, ni par le fisc ni par les services de renseignement), et que ses motifs sont trop personnels, trop débiles pour être crédibles, du moins à l’issue de cette première réapparition. Le Blofeld des années 60 était dans une quête de pouvoir absolu, celui de 2015 veut se venger d’un orphelin qui a, brièvement, eu davantage besoin d’attention que lui. Wokay.

 

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Pour le reste, j’ai bien aimé le rythme, le « scoobygang » qui se forme autour de Bond, au second plan (M, Q, Moneypenny), et j’ai même trouvé Léa Seydoux, cette actrice que les Français aiment tellement détester, plutôt pas mal, malgré une partition un peu classique de nana qui résiste à Bond avant de lui tomber dans les bras puis de lui dire je t’aime EN TROIS JOURS, qui finit au bras du héros comme si elle était la femme de sa vie mais qui aura disparu sans explication dans le prochain volet…Dave Bautista et Andrew Scott, dans des rôles à fort potentiel iconique, sont en revanche un peu sous-utilisés à mon goût.

 

spectre lea seydoux

 

 

A l’heure où l’on commence à se demander si Daniel Craig va rempiler, et ce que, le cas échéant, l’arrivée d’un nouvel acteur, plus jeune, dans le rôle de James Bond signifiera pour cette nouvelle saga (prendra-t-il le flambeau de la « suite » de ce James Bond marqué par la vie ? refera-t-il des épisodes moins profonds psychologiquement mais plus indépendants les uns des autres ?), SPECTRE ouvre la voie à une nouvelle transition, pour une franchise qui, si elle n’a pas toujours convaincu depuis son reboot il y a dix ans, a au moins réussi à laisser le XXème siècle derrière elle sans se renier.

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