A vif !

 

a vif bradley cooper

 

En enchaînant le tournage d’American Sniper et celui de Burnt (qui, comme il se doit, a vu son titre bénéficier d’une traduction pourrave pour son exploitation française), Sienna Miller et Bradley Cooper se seront beaucoup croisés au boulot en 2014. C’est à peu près la seule info intéressante à retenir de ce film de John Wells (Un été à Osage County), daube parfaitement oubliable dont le prestigieux casting est assez inexplicable. Je veux dire, ça servait à quoi de budgéter Bradley Cooper, Sienna Miller, Omar Sy, Emma Thompson, Uma Thurman, Daniel Brühl, Riccardo Scamacio, Alicia Vikander et Matthew Rhys pour accoucher de cet épisode de Top Chef qui donne à peine envie de baver devant les plats ?

 

a vif bradley cooper reece

 

Le pitch, selon Allociné :

Plus qu’un grand chef, Adam Jones est une rock star de la cuisine, couronnée par deux étoiles au guide Michelin. Grisé par le succès, arrogant et capricieux, l’enfant terrible de la scène gastronomique parisienne sombre dans l’alcool et la drogue.
Quelques années plus tard, il a retrouvé la voie de la sobriété. Entouré de jeunes commis et chefs de parties, il relance un restaurant londonien, déterminé à obtenir le graal de la gastronomie : une troisième étoile.
Hanté par les fantômes du passé, le chemin de la rédemption s’annonce plus âpre que prévu : il ne lui reste plus qu’une seule chance pour devenir une légende…

 

 

 

Bon, c’est une histoire de rédemption à la con, édulcorée par une romance bien soap à laquelle on peine franchement à croire, dans le milieu de la gastronomie, donc. Sauf que presque rien ne fonctionne.

 

a vif sienna miller

 

D’abord, il y a la quête de rédemption elle-même. Le film va vite, trop vite. Du coup, on perçoit mal la souffrance du héros, ses démons, ses addictions, l’épave qu’il a été. Cela nous est seriné de long en large, verbalement, dans le film, mais on n’en perçoit rien : on ne verra pas Adam Jones remonter la pente, il est déjà en selle lorsque démarre le film, et va juste affronter le schéma narratif classique de ce genre de film en mode « projet » / « le héros a un truc à prouver ». Se succèdent donc les étapes suivantes : il cherche des soutiens / il les trouve même s’ils sont vaguement réticents pendant genre quinze secondes / il démarre le projet / ça roule bof / ça roule bien / gros obstacle « c’est affreux on croit que tout est fini » / il est au bout du rouleau / il a une révélation ou une grosse remise en question / il se relève / finalement il a une deuxième chance miraculeuse et inespérée de réussir son truc / il réussit… Mais en attendant la douce délivrance de la fin prévisible de ce machin, oh la la, que c’est mou, que c’est attendu, que c’est mal joué !

 

OMAR SY BURNT

 

L’un des pires trucs, pour un européen, et surtout pour un français, c’est d’avoir voulu absolument européaniser l’action mais pas le casting. On se retrouve donc avec des chefs supposément étoilés au Guide Michelin en France, mais qui parlent français comme des vaches espagnoles dans l’espoir d’exciter l’adolescente américaine ignorante. Mais moi, à part me déclencher des pfff et des yeux au ciel de consternation, ça m’a pas fait grand chose. De même que c’est pas trop la fête aux accents british pour un truc qui se passe à Londres.

 

a vif daniel brühl

 

Et outre les poncifs (les méchants dealers qui continuent de poursuivre le héros devenu clean mais toujours endetté, l’ex-amour encore douloureusement belle, l’ex-meilleur pote devenu rival), les choses s’enchaînent à une telle vitesse qu’on est bien en peine de suivre, et donc d’en avoir quelque chose à foutre. Exemple : au départ, lorsque Adam Jones recrute sa future équipe, il sélectionne un petit jeune qui l’admire beaucoup, et chez qui il va se retrouver obligé de squatter pour des raisons qui nous échappent un peu. Il prépare donc un petit déj’ ridiculement trop élaboré pour son commis et sa copine… et on ne les verra plus jamais, le chef n’aura plus jamais l’air de vivre avec eux ou même d’interagir avec son jeune admirateur (avec qui il bosse pourtant), sans explication. Idem pour Uma Thurman, placée là puis évacuée après une scène et demie, à peine a-t-on eu le temps de la reconnaître, tout enfarinée dans sa robe de vieille british qu’on se demande presque si elle sort pas d’un épisode de Downton Abbey. Autre exemple, ce fameux premier service pendant lequel le héros collabore avec le personnage joué par Sienna Miller : elle débarque, commence à bosser, puis quarante secondes plus tard le chef hurle et jette des assiettes partout. On est alors supposés comprendre que le service se passe mal, sauf qu’en fait rien ne le laissait paraître, et qu’aucun souci, aucune tension n’a eu l’occasion de monter, de se faire jour. Tout cela sent le film trop long, édité, démonté et remonté à la truelle par un studio soucieux de se débarrasser de ce projet foireux, qui semblait bien parti pour faire partie des outsiders aux Golden Globes (ce genre de cast et de réal’ ne se réunissent pas par hasard) et qui s’est transformé en flop mouillé qui fait prout au box-office.

 

 

a vif bradley cooper cooking

 

Restent les plans sur la bouffe, principal intérêt de situer cette bluette inutile aux enjeux aussi simplistes que ceux des multiples films de la série Sexy Dance : on s’attend à des plans succulents, impeccablement éclairés et valorisés, sur des plats et des pâtisseries de gueudin, comme ceux sur lesquelles on complexe quand on regarde Top Chef en bouffant des pâtes au gruyère devant sa télé. Mais à part un joli gâteau d’anniversaire à la mi-film, franchement pas grand-chose de remarquable pour marquer ma rétine blasée dans A vif !

 

 

 

Au final, une belle perte de temps pour tout le monde, que ce soit ceux qui ont donné quatre mois de leur vie au tournage de ce machin, ou ceux qui ont consacré 1h40 de leur vie (qu’ils ne récupéreront jamais) au visionnage du résultat final : un vague téléfilm pour spectateurs fans de Gordon Ramsay.

 

 

Une réflexion au sujet de « A vif ! »

  1. Je partage ta critique. J’y suis allée avec ma mère qui avait des places tarif réduit avec son asso de retraités du cinéma local. J’avais besoin de me changer les idées à cause de soucis persos. Bon, ben au moins j’ai pas pensé à mes problèmes pendant 1h40 et j’ai pas claqué 9€ dedans… Parce que comme toi mon verdict en sortant c’était « mouais, rien de transcendant, ça vaut un téléfilm France 3 « .
    Les personnes sont abordés de façon trop supercielle, ils n’ont aucune profondeur, tout va très vite, tout est très prévisible. Je suis bon public pour ce genre de film mais là il ne se passe rien… :/ Je préfère encore regarder top chef ou cauchemar en cuisine!!

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