Le Livre des Baltimore

 

le livre des baltimore joel dicker

 

 

Jamais facile de suivre un énorme succès de librairie, surtout quand celui-ci s’est doublé d’un triomphe critique. Trois ans après La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Prix Goncourt des lycéens et Grand Prix du Roman de l’Académie Française, le suisse Joël Dicker effectue le périlleux exercice du « deuxième » roman. Pas vraiment le deuxième puisque, de son propre aveu, il en avait déjà écrit cinq avant, dont trois n’ont pas trouvé preneur chez les éditeurs (m’est avis qu’il peut les mettre de côté pour le re-soumettre à quelqu’un un de ces quatre, s’il manque d’inspiration : ça sera certainement accepté maintenant et ça fera patienter ses lecteurs entre deux inédits), et qu’il avait même publié Les Derniers Jours de nos pères en 2010. Mais dans l’esprit du public, ce follow-up est un peu comme un deuxième roman, celui qui a la pression de devoir « confirmer ».

 

 

Je ne me tiens pas trop au courant des classements des best sellers en librairie, mais j’ai l’impression que ça prend plutôt bien, du moins sur Paris, avec Le Livre des Baltimore, que je vois un peu partout dans le métro, sur les bancs, dépassant d’un sac à main, etc. Pour ma part, je l’ai dévoré en quelques jours, Joël Dicker ayant conservé son habileté de page turner

 

 

La quatrième de couv’ :
Jusqu au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?

 

 

En retrouvant Marcus Goldman, l’écrivain à succès / narrateur du roman précédent, j’ai eu une sensation bizarre : Dicker est passé à deux doigts du Goncourt il y a trois ans, et voilà qu’il se lance dans la voie d’Harlan Coben ou de Patricia Cornwell ? Certes, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert était plutôt un roman « policier » (aimé par la critique grâce à ses réflexions sur l’écriture et le métier d’écrivain) quand Le Livre des Baltimore est plutôt une saga familiale, mais les deux possèdent ce même ingrédient : ils nous font mariner pendant 300 ou 400 pages sur un drame, dont on sait dès le début qu’il est survenu, en nous faisant cheminer, d’ellipses en flashbacks, vers la vérité sur les circonstances qui y ont amené. En ce sens, Le Livre des Baltimore est presque autant un polar, du moins un roman à énigme, que le précédent livre de Joël Dicker.

 

 

Et moi de me demander si Marcus Goldman ne va pas devenir le Myron Bolitar, le Paul Copeland ou la Kay Scarpetta de Joël Dicker. Certes, ce n’est pas un procureur ou un flic, et c’est vrai que son métier d’écrivain joue un vrai rôle dans le déroulement des deux histoires dont il est le narrateur, mais dans le fond, il ne fait que dérouler le fil de l’enquête, de la quête de vérité, sur une tragédie, dans les deux cas.

 

 

Plus émotionnel, peut-être, de par son matériau plus « familial », que La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Le Livre des Baltimore place plutôt Marcus Goldman en retrait du récit, et donne du personnage une image moins intéressante, moins fouillée psychologiquement. Très axé sur son enfance, ce roman-ci le présente plutôt comme un gamin un peu superficiel, obsédé sans s’en rendre compte par son désir de revanche sociale et ses pulsions de consommation et de luxe, il est en fait assez loin, presque déconnecté, de l’étudiant un peu branleur et arrogant qui évoluait au fil des flashbacks dans le roman précédent. En revanche, le fait qu’il soit écrivain continue à avoir une relative importance dans le récit (notamment à cause de sa célébrité), et son besoin d’écrire cette histoire est abordé de manière intéressante. Mais surtout, la réflexion sur la jalousie, la façade du bonheur et la manière dont on écrit son destin soi-même, au risque de se condamner par orgueil ou par incommunicabilité, est patiemment construite, et finalement très troublante.

 

 

Deuxième tome de ce que Joël Dicker annonce comme une trilogie américaine, Le Livre des Baltimore peut faire un peu craindre une Harlan-Cobenisation de l’œuvre de l’écrivain, qui deviendrait alors plus un hitmaker pour librairies, publiant des succès mondiaux traduits en 50 langues sur un modèle d’enquêtes en séries, qu’un véritable projet d’œuvre littéraire. Mais il est un peu tôt pour condamner la démarche de Dicker, qui demande au public et aux critiques du temps pour déployer son œuvre sous nos yeux. Perso, je suis assez pressé de voir la suite, car malgré quelques défauts, le résultat est enthousiasmant, et quasiment impossible à lâcher à mesure qu’on avance (je l’ai fini vers 3h du matin).

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