Seul sur Mars

 

the martian ares iii

 

 

The Martian, ou Seul sur Mars, c’est typiquement le genre de film « à concept », dont le seul pitch est l’argument massue pour aller le voir. Le nouveau film de Ridley Scott est d’ailleurs un succès, l’un de ses plus gros hits en salles, et à vrai dire son plus gros succès, en termes de recettes, au box office mondial, devant Gladiator, le film auquel on le résume un peu ridiculement (ça me fait toujours bizarre de voir une affiche de film avec « Par le réalisateur de Gladiator », genre le mec qui a fait Alien, Blade Runner, Thelma et Louise, n’a pas encore assez fait ses preuves pour avoir son nom sur l’affiche) et Prometheus, son dernier gros succès mondial, bien aidé par le fait qu’entretemps, la place de ciné s’était mise à coûter un oeil.

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Le pitch, selon Allociné :

Lors d’une expédition sur Mars, l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort par ses coéquipiers, une tempête les ayant obligés à décoller en urgence. Mais Mark a survécu et il est désormais seul, sans moyen de repartir, sur une planète hostile. Il va devoir faire appel à son intelligence et son ingéniosité pour tenter de survivre et trouver un moyen de contacter la Terre. A 225 millions de kilomètres, la NASA et des scientifiques du monde entier travaillent sans relâche pour le sauver, pendant que ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies.

 

 

the martian michael pena

 

 

Bon bah moi j’ai bien aimé. Sans trop spoiler le film, et même si l’enjeu essentiel reste, pour le héros, de se barrer de là, l’aspect survival du pitch est vraiment au coeur de l’intrigue (au moins jusqu’au dernier quart), avec un personnage central qui trouve plein d’astuces et de trucs plus ou moins geeks et bricolés pour s’adapter à un environnement quasi-impossible. Mark Watney est un peu le contrepied du Dr Mann, le précédent rôle de Matt Damon, déjà dans l’espace, dans Interstellar : alors qu’il a à peu près autant de raisons de désespérer, sa quête de survie conserve toute sa noblesse (faut dire que, sur Terre, chez Ridley Scott, c’est pas la fin du monde), et son optimisme presque béat nous aide à traverser le film, plutôt lumineux dans son ensemble, avec légèreté.

 

the martian jeff daniels

 

Par contre, le pitch occulte le fait que la prise de contact avec la Terre et la connaissance de son état par ses coéquipiers est un enjeu qui occupe près de la moitié du film. La partie « ses coéquipiers tentent d’organiser une mission pour le récupérer au péril de leurs vies », c’est plutôt le dernier tiers du film. Et encore, « au péril de leurs vies », on le sait parce qu’on a des notions préconçues de ce que c’est que la survie et le ravitaillement dans l’espace, mais on ne les sent jamais trop trop en danger et, semi-déception (SPOILER !), personne ne meurt. C’est d’ailleurs à mon sens le point faible du film, même si je trouve son parti pris narratif « léger » intéressant : il égrène verbalement le temps et le danger, mais les fait en fait peu sentir, crée peu de tensions en rapport avec ça. Les réserves d’oxygène extensibles de Mark, par exemple, qui doivent, je suppose, beaucoup à ses plants et à leur photosynthèse, sont à peine un danger, à peine une prouesse. Le mec se nourrit d’une patate et d’une demi portion de pâtée pour chat par jour pendant des mois, et ce n’est que dans le dernier quart d’heure qu’il devient maigre à faire peur. C’est bien de l’aborder, mais l’aspect « sous-nutrition » m’avait, pour ma part, frappé bien avant. Vers la fin du film, il passe deux mois (deux mois !!) seul dans un véhicule minuscule, avec assez de bouffe et d’oxygène pour atteindre sa cible. Mais on sent assez peu cet énorme laps de temps, ni même les contraintes techniques et logistiques qu’il suppose… euh, genre, il ne retire jamais sa combi en deux mois ? il se chie dessus ? il ne mange pas si peu qu’il risque à tout instant la syncope en faisant étape pour recharger ses panneaux solaires ?… Le film aborde plein d’aspects techniques et scientifiques pour tenter de rester crédible, et il est d’ailleurs davantage apprécié par la communauté scientifique que bien d’autres films de « SF » avant lui, mais du coup, avec ce genre de rapport « didactique » au spectateur, la moindre incohérence saute aux yeux. Idem pour la dernière partie, consacrée au « sauvetage » du héros dans des conditions qui frisent tellement l’impossible qu’elles annulent toute tension : bon bah si c’est tellement mal barré au départ, les gars, la suite va forcément démontrer que ça peut marcher quand même, hein. On se dit qu’à la limite, ils vont peut-être oser tuer un second rôle pour faire bonne mesure (Michael Peña, Sebastian Stan ?), histoire qu’on laisse le spectateur sur d’autres considérations que « combien de milliards de dollars sommes-nous prêts à dépenser pour sauver un seul homme ? »… mais même pas. C’est très feel good movie, pour un survival de l’espace.

 

 

the martian days count damon

 

Le film adopte, pour sa partie « martienne », une démarche visuelle à la « found footage », Mark Watney tenant une sorte de vlog sur sa survie, en fait un journal de bord. Cela donne du coup un ton assez drôle au film, et la sensation, à la fois grisante et frustrante, de voir des images exclusives, que le héros n’aura jamais l’occasion de transmettre sur Terre. On en ressort à la fois fasciné par l’immersion que permet le format, et frustré de se dire que ces contenus ne permettent aucune interaction claire entre l’astronaute et les terriens, qui se passionnent pour le héros dès lors qu’ils apprennent qu’il est en vie. C’est dommage.

 

Matt Damon in The Martian

 

 

Pour autant, Seul sur Mars n’est pas un mauvais film : c’est même un bon film, divertissant, prenant, qui équilibre bien ses allers-retours narratifs entre Mars, la Terre et le vaisseau des coéquipiers du héros, et Matt Damon est très bon, notamment vers la fin, pour faire sentir l’infime espoir auquel son personnage se raccroche malgré tout, sa solitude, la folie qui est à deux doigts de s’emparer de lui à force de n’entendre la voix de personne. Et qu’il est rafraîchissant de se dire qu’au moins un compétiteur pour l’oscar du meilleur acteur ne sera pas là pour un biopic…

 

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