The Visit

 

the visit becca

 

Bon, ce n’est un secret pour personne, la trajectoire ciné de M. Night Shyamalan est une sorte de tourbillon de la lose. Révélation surprise de l’année 1999 avec Sixième Sens, enchaînant de manière plutôt convaincante avec Incassable, sa mécanique du thriller flippant / pseudo-horrifique avec twist final commence à se gripper à partir de Signes et Le Village, qui convainquent nettement moins au box office, avant que La Jeune Fille de l’Eau et Phénomènes ne déclenchent une certaine indifférence lors de leur sortie en salles puis, au tournant des années 2010, que l’enchaînement The Last Airbender, Devil et After Earth ne le classent définitivement parmi les losers de l’industrie, dont la simple évocation du nom sur une toile de ciné déclenche les moqueries. Pour un mec dont Hollywood s’était vite entiché et qu’on nous avait présenté comme un nouvel Hitchcock qui ferait sa propre révolution des codes de l’angoisse, la chute a dû faire mal. Et puis au printemps dernier, le réalisateur est devenu producteur délégué de Wayward Pine, une série de la Fox dont il a réalisé le pilote, avec Matt Dillon, Carla Gugino, Toby Jones, Melissa Leo, Terrence Howard… Bref, des noms que la critique aime bien voir dans des thrillers mystérieux. Et le succès a de nouveau été au rendez-vous. Au point que The Visit, sorti en salles en septembre aux États-Unis, y a bénéficié de ce regain d’intérêt par ricochet, et eu un joli succès d’estime. Mais surtout il s’est avéré très rentable, approchant les 100 millions de dollars au box-office pour un budget initial de 5 millions. De là à parler de retour en forme pour l’ex-jeune prodige de l’épouvante…

 

the visit m night shyamalan

 

Le pitch, selon Allociné :
Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.

 

 

 

Euh, ouais. C’est un peu s’avancer dans le pitch, quand même. Pour faire plus simple et moins « spoiler-ish », les deux héros, Becca et Tyler, sont envoyés chez leurs grands-parents par leur mère, qui est pourtant en froid avec ses parents depuis longtemps – avant leur naissance – mais qui voit dans leur main tendue l’opportunité de partir en vacances avec son nouveau mec tirer un trait sur le passé. Une fois arrivés sur place, les gamins font connaissance avec le couple de petits vieux, qui semblent avoir des moments d’absence et de petites difficultés d’adaptation, mais les accueillent bien. Mais d’anomalies en incohérences en bizarreries, toujours justifiées de manière plus ou moins satisfaisante, Becca et Tyler commencent à se demander si leurs grands-parents ne commencent pas à sérieusement yoyoter…

 

the visit skype

 

Bon, je ne vais pas mentir, c’est pas fameux. Comme d’hab’, il y a un twist final, et comme d’hab’, il y a des jump scares toutes les dix minutes pour te maintenir éveillé. En ce sens, c’est plutôt bien fait, et dans la veine des premiers films du réalisateur. Mais il y a deux gros problèmes qui m’ont fait sortir du film.

 

 

 

Le premier, c’est ce fameux twist final, qu’on voit venir à cent kilomètres, voire dans les dix premières minutes (SPOILER : les deux blaireaux dans le train, se filment pour documenter leur voyage [l’aînée étant aspirante cinéaste] « Coucou, c’est Tyler et Becca ! Pour laisser notre maman partir en vacances avec son chéri, on a accepté d’aller passer une semaine chez nos grands-parents QU’ON N’A JAMAIS VUS ET QUI NE NOUS ONT CONTACTÉS QUE PAR E-MAIL AVANT CETTE VISITE – ET SURTOUT NOTRE MÈRE NE NOUS A PAS MONTRÉ LEURS GUEULES SUR UNE VIEILLE PHOTO, HEIN, ON VA JUSTE SUIVRE LES DEUX INCONNUS QUI SE PRÉSENTERONT COMME NOS GRANDS-PARENTS A LA GARE D’ARRIVÉE – oulala, vu qu’on est dans un film d’épouvante, on voit PAS DU TOUT comment ça pourrait mal tourner, dis donc. Allez bisous, Tyler va faire pipi »). Et moi devant l’écran :

 

 

 

L’autre vrai « défaut » du film, même si c’est un parti pris et que c’est assez bien fait et justifié, c’est cette mise en scène caméra au poing, avec les protagonistes qui se filment façon found footage (un procédé popularisé à la fin des années 90 par Le Projet Blair Witch, maintes fois utilisé depuis, mais en voie de ringardisation avancée) : je suis assez insensible à ce genre de procédé de « dramatisation » façon « Mon nom est Bidule et si vous trouvez ce film c’est que je ne m’en suis pas sorti, snif ». Déjà parce qu’il rend évident l’idée que les personnages « gentils » les plus importants ne craignent rien avant la fin (et encore…) puisqu’il faut bien qu’ils filment, ce qui enlève un certain suspense (mais bon, je sais, on est chez M. Night Shyamalan, les chances qu’il tue un enfant à l’écran sont quasi-nulles) (et puis, ça n’empêche pas les jump scares de fonctionner pour autant). Et surtout, pour ma part ça me fait complètement sortir du film, ça génère des plans qui, pour rester regardables, se condamnent à n’être pas du tout crédibles : combien de fois les deux gamins devraient-ils être en rade de batterie, de mémoire, éteindre l’appareil au lieu de le laisser les filmer en train de dormir, faire tomber la caméra, filmer le sol plutôt que leur visage ou leur poursuivant pendant qu’ils courent, lâcher la caméra en faveur de leur intégrité physique et attraper un objet contondant pendant qu’ils le peuvent… Alors certes, ça donne quelques jump scares aussi jouissifs qu’immatures (une bonne partie des jump scares, du moins au début, sont des blagues de gosses), mais à chaque fois qu’un de ces plans me gênait, je me tournais vers mon voisin  avec un air consterné.

 

the visit kitchen

 

Pour autant, tout n’est pas à jeter dans cet honnête divertissement d’épouvante, très agréable à regarder dans une salle qui y réagit bien, entre les rires nerveux et les sursauts collectifs. Je sauverai notamment les deux gamins, moins têtes à pelle que les habituels surdoués, autistes et autres parias maudits par des dons surnaturels dans la filmo de M. Night Shyamalan : plutôt drôles et légers jusque dans leurs derniers retranchements, ils ont des personnalités cohérentes et bien développées, et génèrent un attachement facile et plutôt spontané, têtes à claques mais pas trop. Il y a aussi les thématiques habituelles du réalisateur, autour de la cellule familiale, les traumatismes, l’horreur qui contamine le quotidien en apparence banal, la guérison par l’imagination, les métaphores et les contes… Faute de beaucoup se renouveler, au moins Shyamalan fait-il à peu près ce qu’il veut. Mais comme pour ses films précédents, une fois qu’on a capté le twist final, le déroulé perd pas mal de son intérêt, faute d’une construction narrative très originale dans l’horreur (une anomalie, une explication rassurante, un flip, une explication rassurante, un gros flip, une explication qui commence à ne plus suffire, etc.).

 

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