12 mois, 12 moments pop qui ont fait 2015

Alors que l’année s’achève, petite rétrospective traditionnelle de l’événement pop du mois, mois après mois, en 2015. Hautement subjective, cette liste ne reflète pas tant l’info la plus importante que celle qui a marqué mon rapport à l’entertainment et au showbiz ce mois-là, qui a déclenché chez moi amusement, irritation ou perplexité, mais qui en tout cas m’a semblé être le reflet du moment. Si l’année a été bien pourrie au niveau de l’actualité internationale et politique, force est de constater que, peut-être parce que je n’ai plus le bon âge, la planète pop est dans une phase transitoire un peu bâtarde, entre vieilles gloires d’il y a cinq ans à la ramasse et nouvelles coqueluches issues du web et du jeunisme, qui peinent encore à trouver leur pic commercial et créatif. Rendez-vous en 2016 pour plus de fun ?

 

Janvier

 

 

 

 

Glee est morte de sa belle mort (ou, plus honnêtement, de sa longue et laide agonie) mais nous laissera quelques souvenirs de personnages hyper baroques et de répliques tellement sur-écrites qu’elles en devenaient aussi géniales qu’improbables. Le dernier souvenir fort qui me restera de cette série complètement gâchée par son arrogance et l’assurance qu’avaient ses auteurs d’avoir suffisamment révolutionné les ingrédients du teen movie en 2009 pour se reposer sur leurs lauriers pendant les cinq saisons suivantes, sera certainement cette superbe tirade de Santana Lopez, qui réagit aux pleurnicheries de cette endive de Kurt qui vient de gâcher sa jolie demande en mariage. Épique.

 

No, Unibrow, stay. Kurt, I took what you said to heart, and I thought long and hard about it, and it occurred to me that you may have a point. Ok, maybe Brittany and I are too young to get married. I mean, after all, that’s why it didn’t work out with you and Blaine, right? Or maybe it didn’t work out because you’re a judgmental little gerontophile with a mouth like cat’s ass. Maybe Blaine got tired of hearing your shrill self-aggrandizing lecture about how you felt the two of you were at the very apex of the gay rights movement every time you so much as cooked macaroni and cheese together, or farted. Maybe Blaine didn’t wanna be with someone who looks like they just removed their top row of dentures every time they smile, or someone who doesn’t dress like an extra out of one of Andy Dick’s more elaborate wet dreams. Maybe Blaine grew weary of dating a breathier more feminine Quinn Fabray. Maybe he finally got freaked out by your strange obsession with old people that causes you to skulk around nursing homes like one of those cats that can smell cancer. Maybe he got tired of watching you drape yourself on every piano you happen past to entertain exactly no one with. Say some song that Judy Garland choked on her tongue in the middle of, or some sassy old Broadway standard made famous by another dead alcoholic crump. Maybe Blaine woke up one day and said, ‘You know what, I don’t wanna marry a sexless self-centered baton-twirler. Maybe I need someone who knows more than three dance moves:’ the finger wag, the shoulder shimmy, and the one where you pretend to twirl two invisible rainbow-colored ribbons attached to your hips, so you know what, maybe that’s why it didn’t work out, maybe it has nothing to do with me and Brittany, maybe it’s just that you are utterly, utterly, intolerable. Maybe that has something to do with it.

 

 

Février

 

 

 

Point d’orgue de son marathon promo 2015, la prestation live de Living for Love a été utilisée par Madonna aussi bien aux Grammy Awards qu’aux Brits. Mais c’est chez nos amis anglais qu’elle a marqué les esprits en… se croûtant lamentablement. Une performance qui aura au moins eu l’avantage de la remettre au coeur des conversations du web pendant quelques heures, et de souligner son professionnalisme (que ce soit l’absence manifeste de playback ou son attitude impeccable en reprenant son show en quelques secondes, Madonna a, quoi qu’on en dise, assuré). On est quand même désolés pour elle et pour l’album Rebel Heart, qui a fait un flop mou dans les charts, alors que c’était clairement moins mérité que pour certains de ses précédents projets.

 

Mars

 

tidal press conference

 

30 mars – A l’issue d’un « relancement » du service qui avait débuté en janvier dans quelques pays européens, la conférence de presse de Tidal acte la mise en service mondiale et les velléités de mainmise des plus grosses stars de l’industrie sur le game du streaming. Accueillis par quelques bâillements et ricanements sur le coup (hélas peu démentis par la plantade en règle que représente, pour le moment, ce vanity project suicidaire de Jay Z), l’événement aura au moins eu le mérite de soulever pour de bon le débat de ce que les consommateurs, les labels et les artistes peuvent légitimement attendre du streaming musical, nouveau stade de la dématérialisation (et de la dépossession) de la musique en tant qu’objet d’entertainment, notamment niveau fric. N’empêche que depuis, Apple Music a été lancé avec son lot d’artistes « maison » et d’exclusivités payantes, et que même le roi Spotify envisage, pour ferrer des artistes réticents comme Adele, Coldplay ou Taylor Swift, de ne donner accès à leurs albums qu’aux membres « premium », dits payants. Ou comment le règne de la gratuité s’est peut-être achevé, ce jour-là, avec Madonna qui signe son contrat d’actionnaire en posant une cuisse sur la table…

 

 

Avril

 

 

C’est LA bonne idée TV de l’année, produite par John Krasinski et Stephen Merchant, et dont beaucoup de vidéos sont appelées à faire le tour du web ces prochains mois : mettre deux célébrités en confrontation directe dans une battle de playback. L’épisode du 9 avril 2015, qui mettait en compétition les deux ex-starlettes de The Devil Wears Prada, Anne Hathaway et Emily Blunt, est ainsi l’une des jolies surprises du mois, suivies depuis par d’autres prestations géniales de Terrence Howard, Anna Kendrick ou Joseph Gordon-Levitt.

 

 

Mai

 

 

 

L’événement pop du mois de mai 2015 restera sans conteste ce clip et son casting improbable, prouvant que la reine Taylor Swift a bel et bien le carnet d’adresses le mieux fourni du showbiz US, au cas où le nombre hallucinant de guests de sa dernière tournée nous laisserait encore en douter. Objet mégalomaniaque au possible, ce sous-produit tarantinesque aseptisé garde pourtant son efficacité et son indéniable force d’attraction, relançant la promo d’un album sorti six mois plus tôt avec un panache indéniable.

 

 

 

Juin

 

caitlyn jenner vanity fair

 

30 juin, la couv’ du numéro de juillet de Vanity Fair (qui a dû être environ 10 000 fois plus vue que le numéro n’a été lu) nous présente le résultat de la formidable transformation de Bruce Jenner, dont le statut de trans MtoF avait déjà fait couler beaucoup d’encre dans les précédentes semaines : bienvenue, donc, à Caitlyn Jenner, la figure trans la plus médiatisée et la plus visible de l’année, dont le symbole, la notoriété et la richesse font aussi une véritable porte-parole, avec une grosse pression et des responsabilités qui exigent d’elle une certaine forme d’exemplarité, depuis. De champion olympique du décathlon en 1976 à patriarche un peu gêné aux entournures du bruyant clan Kardashian, peu de choses prédisposaient Bruce Jenner à disparaître et à laisser Caitlyn s’épanouir au grand jour : le symbole est beau, montrant qu’il n’y a pas de parcours personnel, de nécessité sociale ou de glorification des schémas hétéronormés qui soient assez forts pour légitimement empêcher une personne trans de vivre conformément à son identité profonde. Il est donc d’autant plus embarrassant de l’entendre dire des âneries plus grosses qu’elle en public. C’est oublier que Caitlyn Jenner défriche le terrain médiatique (du moins, à un tel niveau d’exposition) et qu’à ce titre elle a bien le droit à la maladresse. C’est oublier également que, toute symbolique qu’elle est, elle ne représente qu’elle même, et que la vie de cette millionnaire ne saurait vraiment refléter le quotidien et les préoccupations de la majorité des personnes trans, qui figurent parmi les plus marginalisées des sociétés occidentales.

 

 

Juillet

 

tetu_mika

 

 

23 juillet – Têtu annonce n’avoir pas trouvé de repreneur et mettre la clé sous la porte. C’est moche, car c’est un magazine qui a accompagné les combats LGBT des 20 dernières années, du PACS au mariage en passant par la lutte contre l’homophobie ou les préjugés liés au VIH. Depuis, Garçon a tenté de s’engouffrer dans la brèche, mais le résultat n’est pas (encore) probant… Difficile positionnement que celui d’un magazine qui s’adresse à une cible spécifiquement gay, à l’heure où ce public a migré en ligne et s’est habitué aux contenus gratuits, aux blogs et aux espaces d’expression personnels, des forums à Grindr en passant par la pédétwittosphère. Il y avait longtemps que je n’avais pas acheté un Têtu, et encore plus longtemps que je ne l’achetais pas régulièrement. Trop cher, trop de pubs, de moins en moins de contenus qui m’intéressaient. Trop de fringues à 600 euros trouvables dans deux pauvres boutiques hipster parisiennes, dont je ne comprenais pas bien pourquoi on cherchait à me les fourguer (gays ou pas, les mecs ne sont pas habitués comme les femmes à ce qu’on leur montre des fringues hors de prix pour les « inspirer » : la plupart d’entre eux veulent vraiment acheter ce qu’ils voient, et pas explorer friperies, Zara et H&M pour trouver l’équivalent abordable) : c’est davantage source de frustration et de dévalorisation qu’autre chose… La concurrence du web, aussi. Qui a besoin d’avoir une brève sur papier glacé consacrée au coming out de Ricky Martin ou de Matt Dallas trois semaines après l’avoir vu passer partout sur Facebook et Twitter ? Yagg tente de reprendre le flambeau d’un magazine gay, plus adapté aux usages actuels car né sur le web, mais ce n’est pas évident. Le fait est que la plupart des gays français n’attendent plus nécessairement après un magazine papier dédié et savent que les sujets LGBT seront tôt ou tard portés par les assos et relayés par les médias généralistes (quand ces derniers n’ont pas carrément une section dédiée aux LGBT ou du moins aux sexualités). Un vrai titre papier, c’est toutefois un signe de prestige, de légitimité parmi les autres sujets de société qui, eux, ont bien un ou plusieurs titres dédiés, même s’ils ne s’en sortent pas forcément hyper bien financièrement. Et à l’heure où le climat politique craint du boudin, cela manque dans le paysage médiatique français, un magazine qui soit capable, au jour le jour, au mois le mois, de refléter les combats politiques et préoccupations d’une communauté minée par l’individualisme (et je m’inclus dans ce triste constat), et contre laquelle TELLEMENT de gens luttent au nom de principes moisis plus ou moins ouvertement issus de la bigoterie.

 

 

Août

 

miley whats good nicki minaj

 

Outre sa pauvreté en stars de gros calibre, la cérémonie des VMA 2015 aura été marquée par une seule image, ou à peu près, celle de Nicki Minaj lançant un « Miley, what’s good? » à Miley Cyrus pour une broutille de cour de récré autour des nominations du bouzin, quelques semaines plus tôt, à l’issue de laquelle Miley avait critiqué Nicki pour avoir plus ou moins implicitement bashé le trop grand nombre de nominations pour « la blanche » Taylor Swift, et surtout, du coup pour avoir ramené le sujet à sa petite personne.  C’est à peu près l’essentiel que l’on retiendra d’une cérémonie dont les stars étaient absentes, probablement soûlées d’avance du triomphe inévitable de Taylor Swift. Les interprètes qui ont chanté sur scène ce soir là : Justin Bieber, The Weeknd, Demi Lovato, Tori Kelly… et Taylor Swift et Nicki Minaj, dans un numéro surjoué de réconciliation. Une ennemie en chasse une autre, mais pour du hit mondial, ce n’est plus trop du côté des énormes divas qu’il faut aller chercher ces temps-ci…

 

 

 

Septembre

 

LOS ANGELES, CA - SEPTEMBER 20: Actress Viola Davis, winner of the award for Outstanding Lead Actress in a Drama Series for 'How to Get Away With Murder', poses in the press room at the 67th Annual Primetime Emmy Awards at Microsoft Theater on September 20, 2015 in Los Angeles, California. Mark Davis/Getty Images/AFP

 

Tout content que je suis pour Viola Davis, je n’en oublie pas pour autant que son discours de remerciement a essentiellement tourné autour de sa fierté et sa gratitude d’être la première femme noire récompensée de l’Emmy de la meilleure actrice. Car oui, il a fallu qu’elle le souligne, il y a moins d’opportunités à Hollywood pour les femmes de couleur, le blanc restant l’ethnie « par défaut » de la culture mainstream, le reste étant de l’exotisme. Cela nie la réalité de notre société, mais c’est ainsi. Et j’ai été un peu triste pour elle, comme pour Halle Berry aux oscars en 2002, que ce moment ne soit pas juste pour elle, mais qu’on en soit encore là, du racisme de notre société : quand une femme noire gagne, c’est toutes les femmes noires, qui n’ont jamais gagné jusqu’alors, qu’elle se doit d’incarner, de remercier, d’honorer. Parce qu’on en est encore à trouver ça « anormal », qu’on en est encore à faire que c’est exceptionnel, pour une femme noire, de réussir à ce niveau stratosphérique, si sélectif, qu’est celui de la célébrité.

 

 

 

Octobre

 

Rihanna_anti_pochette

 

Assez tristement, l’événement pop d’octobre aura été, outre le retour d’Adele, un simple visuel. Celui d’Anti, le huitième album tant (trop ?) attendu de Rihanna, popstar à l’approche des trente ans et en quête de sens, dont le statut de plus grande popstar de sa génération est chaque jour un peu plus remis en question par les reports de sa promo, et dont l’absence prolongée fut, finalement, l’un des événements pop de l’année (et ça, c’est quand même fort). Autant dire qu’on l’attend avec un couteau entre les dents en 2016…

 

Novembre

 

Justin Bieber Purpose

 

 

On l’a un peu zappé à cause des événements liés, pour les Français, à cette date, mais le 13 novembre voyait la sortie mondiale de Purpose, le nouvel album de Justin Bieber. Si notre pays est encore (relativement) imperméable à l’insolent succès de ce jeune homme, le nouvel opus s’est classé numéro 1 dans dix pays, et représente le comeback le plus réussi de l’année, pour un artiste qu’on disait grillé il y a un an, trop occupé à se faire remarquer pour ses déboires judiciaires et ses mésaventures de gros douchebag prétentieux et misogyne. Avec un son sculpté pour lui par Skrillex, Jason « Poo Bear » Boyd et Benny Blanco, le petit prince du R’n’B s’est mué en superstar de l’électro versant tropical house, livrant même avec Sorry l’une des bonnes surprises de l’année (même si les textes à base de cher public chuis désolé de vous avoir déçus t’as vu ne sont pas hyper subtils), et enchaînant les singles dans les top 5 anglo-saxons. C’est ce qu’on appelle réussir son retour

 

 

Décembre

 

star wars the force awakens

 

Plus encore qu’avec Jurassic World, les Avengers, les 30 ans de Retour vers le futur ou Spectre quelques mois ou semaines plus tôt, l’impossibilité d’échapper à la « marque » Star Wars, déclinée pour Noël sur tous les supports imaginables, du vêtement au mug en passant par les jouets, jeux de société, moules à gâteaux et articles de papeterie, a viré à l’insupportable et, pour tout dire, au répulsif pour les quelques indifférents à la saga de George Lucas, devenus franchement réfractaires ces derniers jours et se complaisant dans un rire gras à regarder les twittos s’énerver au moindre spoiler. Risque devenu, d’un côté comme de l’autre, bien prévisible, on commence à être habitué à vivre les blockbusters à l’échelle du web social bien au-delà des seules deux heures passées en salle. Le film est bien parti pour s’installer dans le top 5, voire le top 3, du box-office mondial de tous les temps. Tant mieux pour les huiles d’Hollywood, ça veut dire qu’ils ont adopté la bonne stratégie, qu’ils ont raison de nous prendre pour des moutons à peine bons à penser qu’on n’en avait rien à péter de la marque Star Wars il y a encore six mois ou que la deuxième trilogie entamée il y a une quinzaine d’année était, rétrospectivement, assez naze. Le fan service, ça marche ! Et dire qu’on va encore s’en coltiner deux autres…

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*