Kill your friends

kill your friends steven stellfox

 

Il m’a fallu un peu de temps pour me décider à aller voir cette adaptation d’un roman de John Niven (qui est à l’adaptation), qui n’a pas bénéficié d’une grosse promo en France et qui promettait de dézinguer l’industrie musicale des années 90 post-Britpop et post-Spice Girls, peut-être en y voyant les prémices des difficultés qu’elle allait rencontrer dans les années 2000, tout en se prenant un peu pour American Psycho ou Les lois de l’attraction : des gens riches, superficiels et cokés sombrant dans le stupre, l’arrogance, la toxicomanie et la violence, dans des scènes m’as-tu vu ou le trash flamboyant le dispute au malaise. Et bah je n’ai pas été déçu.

 

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Le pitch, selon Allociné :
Londres, 1997. Les groupes pop comme Blur, Oasis et Radiohead règnent en maîtres sur les ondes. Steven Stelfox, 27 ans, producteur de musique et chasseur de talents, écrase tout sur son chemin. Poussé par sa cupidité, son ambition et une quantité inhumaine de drogues, il recherche le prochain tube. C’est l’époque d’un business où les carrières se font et se défont. A mesure que les tubes se font plus rares, il tente de désespérément de sauver sa carrière.

 

kill your friends james corden

 

 

Bon, alors déjà, le titre est méga-trompeur. Le roman de John Niven laissait peut-être entrevoir de l’amitié de circonstance derrière les connivences et roublardises de certains personnages ; mais ici il n’en est rien, et à aucun moment on ne se dit que le héros peut rencontrer un quelconque dilemme (en-dehors, tu sais, de la moralité et de la stricte légalité de la chose) à buter l’un des seconds rôles : personne ne peut se blairer, là-dedans.

 

kill_your_friends_georgia king

 

Du coup, on passe le film à attendre, tendu, la prochaine explosion d’ultra-violence, pour des résultats pas foufous, et à bâiller tranquillement devant des situations et des dialogues de « comédie noire » vus mille fois ailleurs : la promotion qui échappe au héros au profit d’un branque, le coup de poker qui ne paye pas, la petite assistante qui revenait à la charge depuis le début du film avec une info insignifiante et qui s’avère avoir raison depuis le début… Bref, c’est pas la foire aux révélations métaphysiques. Reste un (vague) twist final et un sous-texte intéressant sur une industrie qui a, pendant son âge d’or, peut-être cru ne jamais retomber de son piédestal, en dépit de son évidente précarité / dépendance aux hits.

 

kill your friends girlsband

 

Mais le pauvre Steven Stelfox (Nicholas Hoult), s’il partage avec le Chris Wilton de Match Point son ambition sociale et ses traits à la limite de l’androgynie, et avec le Patrick Bateman d’American Psycho son arrogance de golden boy et son immoralité, n’a malheureusement pas grand-chose de neuf ni de flamboyant à apporter à la figure de l’arriviste meurtrier. Pire, contrairement aux personnages auxquels à l’évidence on est censés le comparer, il n’a ni talent ni sens de l’effort, et on finit même, à mi-film, par se demander comment il en est arrivé à la position sociale qu’il occupe et dont il veut tellement s’envoler : certes on le voit se droguer, mais à aucun moment on n’a la sensation que c’est pour tenir le rythme de semaines de 70 heures. Le mec suinte l’arrogance et la suffisance, se soûle, baise, sniffe… Mais jamais on ne perçoit chez lui du talent. Il est suffisant, fait de la merde en rendez-vous pro, manque de flair musical, ne s’intéresse même pas à la musique…

 

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A la fin (SPOILER, hein), son inévitable victoire (ce ne serait pas une « comédie noire » si la fin était morale, n’est-ce pas ?) a ainsi le goût amer de l’analyse post-catastrophe : à force de ne s’intéresser qu’à l’aspect business / ascension sociale et pas du tout à ce qu’il est supposé vendre et aimer (la musique) (duh), le héros (et à travers sa figure métaphorique, l’industrie ?) a non seulement écarté des gens plus médiocres que lui dans sa quête de « pouvoir », mais aussi, et probablement au détriment de la qualité de ses futures productions, des gens plus talentueux, plus intuitifs, plus bosseurs, plus animés par la volonté de porter de belles découvertes musicales jusqu’aux oreilles du grand public… en un mot comme en cent, des gens plus méritants. Préfigurant, peut-être, un paysage musical où la médiocrité et le plébiscite (toujours éphémère) des mass medias l’emportera sur l’idée de miser sur de véritables artistes… avec de véritables carrières. Car avec une court-termiste du succès telle que celle du héros, comment s’étonner de voir aujourd’hui qu’on a bien des superstars qui le restent pendant trente ans, mais de moins en moins qui sont capable de le rester pendant cinq ?

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