Le voyage d’Arlo

 

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Six mois après l’éminente réussite de Vice-Versa, qui aura probablement beaucoup plus de chances de briller, pour le compte de Pixar, aux prochains oscars, le studio à la petite lampe de bureau revient avec The Good Dinosaur, traduit chez nous en Le Voyage d’Arlo, un produit ouvertement plus familial et, peut-être, un peu plus random. Mais comme un Pixar n’est jamais vraiment raté…

 

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Le pitch, selon Allociné :
Et si la catastrophe cataclysmique qui a bouleversé la Terre et provoqué l’extinction des dinosaures n’avait jamais eu lieu ? Et si les dinosaures ne s’étaient jamais éteints, et vivaient parmi nous de nos jours ?
Arlo, jeune Apatosaure au grand cœur, maladroit et craintif, qui va faire la rencontre et prendre sous son aile un étonnant compagnon : un petit garçon sauvage, très dégourdi, prénommé Spot.

 

 

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Au départ, il y a donc cet étonnant postulat, complètement anti-scientifique, mais qui permet de générer l’écotone et la rencontre entre un humain et un apatosaure : les dinosaures n’ont pas disparu, et ont donc subsisté jusqu’à pouvoir croisé, quelques millions d’années plus tard, des êtres humains. Alors bon, au début, j’ai eu un peu de mal, hein, vu qu’on sait que l’apparition et le développement de petits êtres, qui en quelques millions d’années de mutation devinrent des humains, n’a été possible que parce que les grosses créatures qui bouffaient ou écrabouillaient tout ce qui était plus petit qu’eux avaient disparu. C’est en effet la disparition des dinosaures, dans l’impact d’un astéroïde et les conséquences catastrophiques que celui-ci a eu sur leur environnement, qui a permis à de plus petites bestioles, planquées sous terre, dans des troncs et sous la flotte, de s’épanouir. Sans cela, elles seraient restées les espèces dominées de la planète, condamnées à la survie et à servir de bouffe aux dinos. C’est PARCE QUE la place au sommet de la chaîne animale a été laissée vacante que l’homme est apparu ; aucune chance, donc, comète ou pas, que les dinosaures l’aient croisé. Mais bon.

 

 

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Ce qui est intéressant en revanche, dans Le voyage d’Arlo, c’est que le scénario imagine ce qui se serait passé, pendant les millions d’années suivantes, si les dinosaures avaient survécu. La réponse du film étant : la même chose que pour nous. Ils seraient passés de leur état animal basique (on bouffe, on tue, on écrase) à un état plus « civilisé », leur cerveau aurait évolué, leurs rapports se seraient organisés, au point de « faire société ». Bon, on a un peu de mal à imaginer comment et en combien de temps ils auraient pigé le principe de l’agriculture, de l’hydratation des plantes, de la photosynthèse ou de l’architecture sans mains à pouces opposables ni invention du feu, mais même sans nos atouts humains, quelques millions d’années permettent probablement de s’organiser. Pareil, on sait pas trop quand les tyrannosaures auraient cessé de bouffer tout ce qui leur passe sous le nez et auraient fait la trêve avec les malheureux dinosaures herbivores (les tyrannosaures du film, doublés par Sam Elliott et Anna Paquin notamment, ne bouffent littéralement rien), mais c’est intéressant et amusant d’imaginer qu’ils auraient fini par se développer, avoir un cerveau leur permettant de communiquer et de s’organiser, et qu’ils se seraient spécialisés dans le noble métier de bergers. Face à cela, le film imagine d’autres carnivores, les ptérodactyles et les vélociraptors, qui en seraient restés à leurs bas instincts de prédateurs, ce qui, dans une société plus « évoluée », les aurait réduits au rang de délinquants ou de psychopathes ingérables.

 

 

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Partant d’un concept assez pauvre (le rite initiatique d’un gamin qui se perd et qui doit rentrer chez lui), Le voyage d’Arlo part assez mal dans son premier quart d’heure, évoquant notamment les poncifs un peu chiants du Roi Lion : l’éducation, la transmission, la loi de la nature, l’éveil à la responsabilité, la voix intérieure du père, le passage à l’âge adulte en « faisant ses preuves »… Mais bien vite, toute invraisemblance mise à part, la magie Pixar fait effet, et la dynamique de la relation centrale entre Arlo et Spot nous emporte sans effort apparent, avec sa juste dose de drôlerie et de tendresse. Les dix dernières minutes du film sont d’ailleurs, comme souvent chez Pixar, un magnifique moment tire-larmes, synthétisant parfaitement à l’image la leçon de philosophie enfantine offerte par le film. Quitte à, presque, décevoir par ses deux dernières minutes un peu avares en dialogues. Mais rien à faire, une fois de plus, le rouleau compresseur Pixar a fonctionné.

 

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C’est pourtant un film à l’histoire assez basique, dont les personnages secondaires (en-dehors, donc, de Spot et Arlo) manquent singulièrement de charisme, et qui cherche un peu son ton, peinant par exemple à générer des fous rires. Des gags comme l’insecte-harmonica ou le pipi dans la nature feront rire les enfants, le trip aux pêches hallucinogènes fait plutôt un clin d’œil aux adultes (mais ne sert pas à grand-chose). A l’inverse, certains éléments sont un peu violents à mon goût, peut-être suis-je trop habitué à des dessins animés aseptisés où personne ne meurt, mais : l’insecte qui se fait arracher la tête ? Le gentil raton-laveur avec des yeux de peluches qui se fait becqueter ? Le FUCKING SERPENT (enfin, plutôt une sorte de lézard à crochets à venin) qui m’a fait louper les trois minutes suivant son apparition, planqué sous mon siège à répéter « il est parti ?… il est parti ? » ?… C’est bizarrement hard, pour un divertissement familial, par instants (enfin, moi, ça m’aurait fait flipper quand j’avais six ans, quoi). Et en même temps, cela sert bien le propos sur l’hostilité de la nature, l’adversité à surmonter, etc. Bref, Le voyage d’Arlo m’a un peu désarçonné mais j’ai quand même trouvé ça vachement bien. Ses héros sont deux gamins qui vont se découvrir plus de points communs qu’ils ne l’auraient cru. Ses effets visuels sont parmi les plus beaux jamais proposés par Disney (paysage, eau, végétation sont d’un réalisme saisissant). Son propos sur l’impossible cohabitation homme-dinosaure qui finit par être transcendée par l’estime et l’amitié est un peu attendue, mais on reste chez Pixar et c’est fait avec talent, de manière à toucher au cœur.

 

 

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Quitte à réécrire l’histoire, une suite serait la bienvenue. On s’amuse en effet de voir que les dinosaures sont, dans cet univers parallèle, parvenus à une sorte de « civilisation », tandis que l’Homme, encore à l’état de Cro-Magnon, n’en est qu’aux balbutiements de son évolution vers des développements plus sophistiqués. Le décalage entre le dinosaure couleur chewing-gum qui parle et pense, et le petit homme qui s’apparente globalement à un animal de compagnie, est ainsi saisissant et peut interroger sur la suite éventuelle à donner à ces aventures : sont-ils appelés à se disputer le sommet de la pyramide animale ? La cohabitation pacifiée entre dinosaures herbivores et carnivores est-elle réelle ou simplement ghettoïsée ? L’homme détruira-t-il d’autres espèces dans ce monde-là ?

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