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Peut-être que je n’ai pas de chance. Ou peut-être que j’en ai beaucoup. Ou peut-être que ça n’a pas d’importance, que ça n’a de toute façon rien à voir avec moi, et qu’on s’en fout. Mais c’est vrai qu’après le 11 janvier 2015, voila que le 11 janvier 2016 voit mon anniversaire disparaître sous un raz-de-marée médiatique. J’ai passé la journée de mes 30 ans dans les rues de Paris à défiler avec quelques dizaines de milliers de personnes pour dire non à l’obscurantisme, à la violence et à la connerie. J’ai passé la journée de mes 31 ans à me sentir fébrile et cotonneux, submergé par l’omniprésence de David Bowie dans mes timelines, mes médias, mes podcasts. Et de me souvenir, alors même que je n’ai jamais écouté religieusement cet artiste hors-norme, dont les vrais « hits » dataient d’avant même ma naissance, à quel point il y avait du David Bowie dans la pop que j’écoute et que j’aime.

 

 

 

 

Moins mégastar que Michael Jackson, David Bowie a impacté la pop de manière peut-être plus « discrète », du moins dans les charts, mais en défrichant le terrain pour de nombreux artistes qui ont suivi, de Madonna à Boy George en passant par les Arctic Monkeys, Depeche Mode, Placebo ou Lady Gaga. Difficile de mesurer ou de savoir combien de ces carrières n’auraient pas été les mêmes ou n’auraient peut-être même pas existé, n’eût été la contribution de Bowie à l’émergence de l’underground et de l’art contemporain dans la pop maintream, du glam rock, des réflexions grand public sur la virilité, la bisexualité, la célébrité, Andy Warhol, le star system, l’ambition, les personnages de scène… On risque de prendre la pleine mesure, dans les prochains jours, du nombre de mélodies familières et d’impacts culturels de cet artiste qui avait réussi l’exploit, rare, de devenir culte de son vivant. C’est dire s’il est difficile d’être concentré sur l’insignifiance de mes 31 ans un jour pareil.

 

 

 

Pourtant, je ne déroge pas à ma tradition du post d’anniversaire. C’est difficile ces derniers temps, de bloguer. La fin d’année 2015 et le début 2016 ont été lourdingues, pas forcément très joyeux, pas très « Noël », pas très « hiver ». Je me traîne une espèce de rhume depuis quinze jours et je n’ai pas eu, cette année, d’inspiration à l’approche de l’échéance de l’anniversaire. Pas d’envie, pas de sensations, pas trop de motivation pour se connecter, écrire, commenter et se regarder le nombril au-delà des 140 signes réglementaires. Je n’ai fait, pour le moment, que deux pauvres posts en 2016 : je ne prends pas trop le temps, ces jours-ci, de m’occuper du blog. Pas par manque de temps, juste pour cause de « brouillard ». Je me mets devant un écran et je le regarde, sans lui parler. 2015 aura été l’année où je me suis mis à consommer de la vidéo et du contenu audio en ligne comme jamais. Pas étonnant, dès lors, que cette nouvelle télévision, qui sollicite les yeux et, a minima, les oreilles, me détourne du clavier. Je peux perdre une heure d’affilée sur YouTube ou sur Soundcloud, à écouter des âneries qui ne me laissent guère plus de cerveau disponible que celui nécessaire à pondre un tweet, copier-coller un lien, contribuer d’un clic et de quelques touches à une conversation géante où j’ai la sensation que personne n’écoute personne, et que si peu ont des choses à dire, à défendre.

 

david bowie

 

 

Mes trente ans auront, globalement, été une année blanche. Peu de choses s’y seront déroulées comme je les avais prévues, et celles que j’avais anticipées comme statiques l’ont effectivement été. Résolu à me bouger il y a un an, je me surprends au même point, comme si rien ne s’était passé. Comme si je m’étais enfermé dans une forme de routine qui m’engourdis l’esprit, et dont je ne parviens donc pas à sortir. Comme si j’avais eu trente ans il y a un mois ou deux, en fait. Je crois que je suis devenu peureux. De prendre des initiatives, de provoquer un gros changement dans ma vie, de voyager, de dépenser, de rencontrer l’inconnu. Je me rends compte que j’ai peut-être été comme ça depuis des années. Avoir un job, un mec, un appart’, c’est déjà pas si mal. Qu’ambitionner de plus ? S’il existe un reste, alors le reste suivra, me suis-je toujours dit. Et je n’arrive pas à me sortir de cet état d’esprit : ça va quoi, je me lève le matin, je fais mon travail, de paye mes factures, j’en fais déjà bien assez. Et pourtant je ne ressens pas le bonheur, la réussite, la plénitude. Cela ne peut pourtant pas m’en demander plus que ça, si ? Je ne l’admets toujours pas. Sale gosse gâté. Mais en entrant dans la décennie dont j’espérais tant qu’elle allait changer ma vie, cet état de fait s’est fait sentir plus lourdement. Comme si je découvrais mon inertie naturelle, ma personnalité neurasthénique, et que je me rendais compte de ce qu’elles bloquent dans ma vie, sans entrevoir d’autre solution que me faire violence. Une solution dont je n’ai pas encore trouvé le déclic. Qu’est-ce que j’attends, à la fin ? 35 ans, peut-être. Ou 40. Une chose est sûre, c’est pas comme ça qu’on devient David Bowie. Mais pourquoi diable voudrais-je être David Bowie ?

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