Jessica Jones

 

jessica-jones-poster

 

Pas très attiré jusqu’à présent par les séries Netflix (pas beaucoup accroché à House of Cards ni Orange is the new black, petits coups de cœur pour Unbreakable Kimmy Schmidt et Sense8), j’ai loupé pas mal de choses : Daredevil, Bloodline, Grace and Frankie, BoJack Horseman, Marco Polo, Wet Hot American Summer: First Day of Camp, The Killing… Mais ces dernières semaines, les frémissements du web autour de Master of None, Making a Murderer et Jessica Jones ont piqué ma curiosité. Dans le cas de cette dernière, cela faisait même un moment que je l’attendais, puisque la seule annonce, fin 2014, de la présence de Krysten Ritter dans le rôle principal m’avait motivé pour me lancer.

 

Marvel's Jessica Jones

 

Le pitch, selon Allociné :
La super-héroïne Jessica Jones s’est reconvertie en détective privé. Hantée un événement traumatisant de son passé, elle se cache à New York et se contente de sordides affaires adultère. Une nouvelle enquête va faire resurgir de vieux démons…

 

 

Il s’agit de la deuxième série Netflix issue des franchises Marvel, après Daredevil et avant Luke Cage et Iron Fist. Tout ce petit monde devrait, d’ici deux ans, se téléscoper dans une série commune, The Defenders.

 

 

jessica-jones-netflix-david-tennant

Le parti-pris de Netflix dans ses séries Marvel, c’est apparemment de la jouer low profile sur les superpouvoirs et les effets spéciaux, privilégiant une approche thriller-drama adulte, bien adaptée au positionnement ambitieux Emmy-friendly de Netflix comme à une consommation en mode binge watching, moins coûteuse en pyrotechnie, effets spéciaux et autres travaux de post-production, aussi. Jessica Jones ne déroge pas à ce principe, avec une héroïne dont la personnalité badass se joue plus sur le verbe et sur la psychologie que sur des performances explosives impeccablement chorégraphiées.

 

 

jessica jones detective simpson

 

Marvel semble donc s’atteler, via son partenariat avec Netflix, à développer la face obscure de ses superhéros, et notamment ses personnages les moins célèbres, les moins aptes à porter des blockbusters à 300 millions de dollars en salles, tout en maintenant une certaine cohérence en vue d’éventuels spin-off et apparitions des uns chez les autres, comme Ant-Man en a donné un aperçu en 2015. En témoignent notamment le traitement, osé mais propret, de la sexualité dans Jessica Jones : à la manière de How To Get Away With Murder, elle est à la fois sans complexes dans sa manière de montrer des personnages aux sexualités non-mielleuses et pas forcément conventionnelles, mais se montre un peu trop contente d’elle, à se regarder faire de l’épate-bourgeois tout en se refusant à laisser apparaître un bout de nichon ou de fesse : faut pas déconnay. La saison 1 de Jessica Jones a été mise en ligne en novembre sur Netflix, faisant son chemin dans les foyers jusqu’aux vacances de Noël : un timing idéal pour se positionner en guilty pleasure d’automne, après les blockbusters estivaux et pendant les temps morts hivernaux des gros networks. On y croise donc Jessica Jones, superhéroïne autour de la trentaine, déjà retraitée, qui fait profil bas et s’est reconvertie dans le métier de détective privé. Jusqu’au jour où Kilgrave, un « gifted » comme elle, capable de contrôler l’esprit de ses victimes, refait surface. Ayant elle-même été sous son emprise, elle se met alors en tête de le mettre hors d’état de nuire, pendant qu’on découvre au compte-goutte le sombre passé qui la hante, et que cette quête multiplie les conséquences sur son entourage… Bref, une intrigue de départ, des personnages secondaires qui interviennent, aident ou gênent cette quête (et qu’on ne voit, dans les faits, même pas dans chaque épisode), et de multiples arcs qui vont finir par se télescoper à l’approche du final : une construction narrative classique, mais bien menée, qui donne à cette première saison un aspect de gros film de douze heures, sans temps morts ni fillers.

 

 

 

MARVEL'S JESSICA JONES

La série convainc notamment par ses premiers épisodes, ambiance polar, filatures, scènes de bar, interactions avec des personnages dont on ne comprend pas encore l’importance ; et surtout par son parti-pris de laisser le super-méchant de la saison, Kilgrave, dans l’ombre, le réduisant à une présence vague, sournoise, menaçante mais bien réelle en arrière-plan, n’apparaissant à l’écran que lorsqu’on a déjà la sensation d’avoir bien appréhendé son profil et ses motivations… Mais rien ne reste simple ou manichéen, à vrai dire.

 

 

MARVEL'S JESSICA JONES - Carrie-Anne Moss & Krysten Ritter

 

Le sous-texte sur les violences conjugales est assez transparent, en dépit du discours policé des producteurs de la série qui limitent, en interview, les messages de la série aux dimensions les plus visibles et évidentes de l’intrigue (emprise psychologique, culpabilité, viol, alcoolisme et syndrome post-traumatique), mais c’est dans l’ensemble de ses relations avec les personnages, secondaires ou non, que la personnalité de Jessica Jones se dessine, laissant apparaître l’un des personnages féminins les plus passionnants de l’année dans la fiction US. On se désolera de quelques facilités scénaristiques (certaines filatures, recherches, rencontres, visites entre des personnages n’ayant aucun intérêt dans leurs quêtes respectives, mais servant uniquement à les mettre en présence pour générer du rebondissement) et de prises de décisions parfois complètement absurdes chez les personnages principaux (les troubles psychologiques finissant par avoir bon dos pour bloquer les réactions les plus basiquement rationnelles), mais on ne boudera pas son plaisir devant ce thriller subtilement addictif, dont émergent notamment Krysten Ritter, de la regrettée Don’t Trust The B* In Apt 23, et David Tennant, impeccable en dandy baroque sociopathe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*