Joy

 

Joy-Jennifer-Lawrence

 

 

C’est peu dire que Jennifer Lawrence figure parmi les A-List Stars les plus importantes d’Hollywood à l’heure actuelle : 25 ans, belle, blonde, élancée, oscarisée, fraîchement sortie de la lucrative franchise SF young adults Hunger Games, et toujours engagée dans la non moins juteuse saga X-Men, elle a, ces douze derniers mois, été au cœur du scandale des photos volées sur les smartphones des stars du showbiz, a porté une partie du débat sur la différence de salaire entre acteurs et actrices au cinéma, est devenue égérie Dior et devrait être à l’affiche du prochain film de Morten Tyldum, dont le The Imitation Game avait été l’une des grosses machines à oscars de l’an dernier. Sa future nomination à l’oscar de la meilleure actrice, pour Joy, un film dont le reste du casting et même le réalisateur David O. Russell ont été soigneusement oubliés par les Golden Globes, semble désormais inévitable. Réponse ce jeudi 14 janvier.

 

joy jennifer lawrence final scene

 

Le pitch, selon Allociné :
Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur 40 ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et à fonder un empire d’un milliard de dollars. Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

 

 

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Bon, alors outre le fait que la collab’ entre David O. Russell et son actrice fétiche commence à être lourdingue (on retrouve aussi, dans Joy, deux habitués du réalisateur, Robert De Niro et Bradley Cooper, eux aussi nommés à l’oscar pour Silver Linings Playbook), on est quand même face à un gros biopic drama qui tâche : comme souvent avec les Golden Globes, des films « sociétaux », pour peu qu’ils ne soient pas complètement larmoyants, se retrouvent ainsi, chaque année, estampillés « Comédie », en dépit du bon sens, pour coller à la nomenclature de la Hollywood Foreign Press Association (HFPA) : Seul sur Mars, Gosford Park, Orgueil et Préjugés, Sweeney Todd, Her, se trouvent ainsi parmi les nommés, voire lauréats, de ces dernières années, alors que pas grand-chose ne justifie leur présence dans cette catégorie.

 

 

joy bradley cooper jennifer lawrence

 

Joy, c’est Joy Mangano, la véritable entrepreneuse qui, au début des années 90, inventa un balai-serpillère téléscopique qui fit sa fortune dans les télé-achats américains et qui, pleine de ressources, fit fortune en inventant d’autres produits innovants pour ménagères de moins de 50 ans. Le personnage de Jennifer Lawrence est librement inspiré de la vie de l’entrepreneuse, avec une claire prétention à démontrer qu’elle est une émanation du rêve américain : une prolo qui a bâtit un empire à la force de son travail et de son opiniâtreté, faisant fi des (nombreux) obstacles.

 

 

joy jennifer lawrence robert de niro

 

Et les obstacles, dans le cas de Joy, sont clairement à chercher du côté de sa vie privée. Joy Mangano étant co-productrice du film, on a du mal à imaginer comment le produit final ne constitue pas un massive shade en direction de sa famille, que le film, sous de faux airs de comédie truculente à l’italienne (c’est le bordel, ça gueule à tout va mais tout le monde s’aime) (genre), dépeint sous un jour globalement affreux. Le spectateur parvient assez vite à établir une classification binaire entre les alliés objectifs de l’héroïne et les parasites. Bricoleuse dans l’âme, Joy apparaît comme une fillette créative qui doit vite renoncer à ses rêves pour soutenir ses proches : comptable au garage de son père, intendante chez une mère qui vit cloîtrée dans sa chambre, soutien moral et immobilier pour un ex-mari chanteur raté… Si l’ex-mari est en fait boulet mais gentil, pas grand-monde, en-dehors de la meilleure amie quota métisse de l’héroïne, ne va réellement l’aider dans son ascension, entre sa mère qui sert à rien (à se demander si certaines scènes de Virginia Madsen n’ont pas été coupées au montage tant son personnage ne s’imbrique pas dans l’intrigue générale), ses partenaires commerciaux qui la prennent pour une conne ploucasse, son patron de la chaîne de télé-achat qui ne lui fera aucun cadeau, et son père (Robert De Niro), affublé d’une riche maîtresse (Isabella Rossellini) et d’une autre fille envieuse (la mésestimée Elisabeth Röhm), qui va l’aider à peu près uniquement pour en tirer profit, c’est en fait une sacrée galerie de connards têtes à pelle que Joy nous sert sur un plateau pendant deux heures.

 

joy robert de niro

 

L’héroïne, quant à elle, est une working class hero tout ce qu’il y a de plus classique, qui surmonte une épreuve après l’autre sans que sa psychologie ne semble réellement évoluer, à qui David O. Russell tente d’insuffler quelque profondeur à coups de séquences oniriques et de contraste saisissant entre sa réalité et celle, encore plus artificielle, de soap operas laqués, portés par le charisme de Susan Lucci et supposés nous donner une vision moins hystérisée des personnages du film. Jennifer Lawrence y apporte son énergie et son talent inné, mais ne parvient pas vraiment, notamment dans une ultime séquence « brushing et tailleur de vieille » dans laquelle elle est censée nous faire croire qu’elle a dépassé les 40 balais, à incarner l’idée que l’on se fait d’une femme divorcée sans diplôme de 35 ans passée à côté de sa vie, et qui tire le diable par la queue depuis sa majorité. Mais ce n’est évidemment qu’une impression personnelle.

 

 

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L’aspect « hagiographie » du film est assez gênant par moments, se refusant à commenter ou à « résoudre », dans la bouche de ses personnages, des séquences fugaces qui auraient mérité qu’on s’y attarde (le père qui tente de dissuader sa fille de se marier deux minutes avant la cérémonie, les ouvrières mexicaines plus ou moins exploitées au black pour monter les balais, les suites de sa collaboration professionnelle avec son père), et créant sciemment des flous entre fiction et réalité (Mangano a en réalité trois enfants, n’a pas de demi-sœur, son nom de famille et celui de sa firme sont volontairement occultés). Alors, Joy, voie royale vers un deuxième oscar pour J-Law ? Peut-être, mais pas sûr que gagner pour ce film-là lui rende service, à la longue.

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