The Hateful 8

 

the hateful eight

 

Il nous l’aura teasé, Tarantino, son huitième film : un premier poster dès juillet 2014, des rumeurs d’abandon du projet après le leak d’un scénario, une reprise quelques semaines plus tard en se promettant d’être prêt à temps pour fin 2015 et la saison des Golden Globes… Comme il fait partie des réalisateurs-stars d’Hollywood, dont on va voir les films plus par curiosité et par respect pour le souvenir de ses réalisations précédentes, conscients que nous sommes d’assister depuis 25 ans à la création de ce qu’on appellera dans trente ans une œuvre, que parce qu’on en a quelque chose à battre du casting ou du pitch, on attend en fait son film suivant dès qu’un nouveau sort en salles. Et il fait ça plutôt bien, d’ailleurs, ne faisant pas languir son public pendant 10 ans entre chaque projet, mais n’enchaînant pas non plus tous les ans en confiant la moitié du boulot à ses assistants : qu’on adhère ou pas, un nouveau Tarantino, c’est toujours un temps fort dans une saison ciné. Typiquement, de mon seul gré, j’irais pas nécessairement voir un western, mais quand c’est lui qui signe, faut bien se résoudre à essayer. Auréolé du succès de Django Unchained en 2012 (son plus gros carton commercial), le plus célèbre des ex-employés de vidéo-club revient donc en ce début 2016, avec un nouveau western (qui vire un peu au whodunit) qui semblait taillé pour faire du bruit lors de la saison des oscars. Pas de bol, ces derniers ont un peu boudé The Hateful Eight

 

the-hateful-eight-samuel-jackson

 

Le pitch, selon Allociné :
Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

 

 

 

the-hateful-eight-jennifer-jason-leigh

 

Je peux comprendre pourquoi les critiques n’ont pas plébiscité Les Huit Salopards : de bonne facture, il ne marquera probablement pas autant les esprits que Kill Bill ou Pulp Fiction, les deux sommets auxquels, qu’on le veuille ou non, on compare toujours, inconsciemment, le reste de la filmo de Tarantino. Il porte en lui certains signes de paresse (recette usée des nigger et autres fuck déversés à la chaîne par chaque bouche, l’habituelle ultra-violence sanguinolente, les mêmes acteurs à tronches d’assassins qu’il y a vingt ans, les personnages très bavards qui cherchent sans cesse à nous balancer de la punchline pour GIF animés, au risque de susciter l’ennui…) et de mégalomanie (Ennio Morricone en pigiste musical de luxe, format 70 mm outrageusement matraqué par le générique et par les médias pour bien montrer comment c’est un vrai western tourné comme à l’époque de Sergio Leone), que j’ai pourtant encore le courage de pardonner à ce réalisateur dont l’aura et le cinéma ne ressemblent à rien d’autre de ce qui se fait dans le cinéma contemporain.

the hateful eight kurt russell

Alors certes, c’est très bavard, encore une fois, et ça se complaît à faire monter la sauce pendant des plombes, poussant la tension jusqu’à son point de rupture, quand ça fait vingt minutes qu’on sent, qu’on sait qu’un coup de feu va partir, mais ça reste globalement réjouissant. L’arrivée de Walter Goggins (Sons of Anarchy, American Ultra) et de Jennifer Jason Leigh dans l’univers de Tarantino est notamment une jolie réussite, et je me demande bien ce que ça donnera s’ils reviennent au casting de prochains films du cinéaste. Les critiques sur le rapport du réalisateur à la violence me semblent compréhensibles (oui, il a parfois un peu trop l’air de se kiffer et de se regarder filmer des tripes qui explosent), mais pour ma part je n’y adhère pas trop. Oui, Tarantino est fasciné par les femmes fortes, qu’il aime tour à tour mettre en maîtrise de situations violentes et punir. Sa Daisy Domergue en prend plein la gueule au moins autant qu’elle sait ce qu’elle fait. Tarantino est hypnotisé par les milieux sociaux violents (chasseurs de prime, mafieux, tueurs à gage) et se réjouit de l’hémoglobine qu’ils drainent sur leur passage, mais il interroge aussi, peut-être maladroitement mais plus fortement que jamais depuis une dizaine d’années, les rapports tordus que l’Amérique entretient avec son histoire. Le racisme, le port d’arme hérité d’une époque où il semblait plus indispensable qu’autre chose si on voulait mettre le nez dehors sans crever, le système judiciaire, l’impunité, le sexisme…

 

 

the hateful 8 oswaldo

 

Ces thèmes transparaissent de mieux en mieux à travers ses films, qui contrairement à ceux de ses débuts ne font plus seulement dans l’esbroufe cool et la violence-surprise, mais interrogent notre comportement, nos attentes de spectateurs devant un film de Tarantino, désormais : on critique son goût pour la violence esthétisée, mais on n’attend que ça, on serait si déçus s’il ne nous la donnait pas. Le fait que Inglorious Basterds, Django Unchained et The Hateful Eight soient tous situés dans le passé (même si, pour l’un d’entre eux, c’est un passé dystopique) en dit long sur la réflexion et la prise de distance que Tarantino cherche à prendre avec ses pulsions de violence à l’écran, sur ses interrogations quant au fait que notre époque n’est peut-être moins violente qu’en apparence (au moins, les personnages de ces films n’ont-ils pas vraiment le « choix », évoluant dans des contextes ou la violence se justifie par des questions de vie ou de mort), et peut-être sur sa volonté de chercher l’idéalisme aux racines de nos maux contemporains, qu’on les appelle psychopathes, terroristes ou serial killer. Dans la confiance (très) circonstancielle qu’un péquenot sudiste raciste et un noir désabusé peuvent s’accorder, par exemple. Ou dans cette idée que, si le personnage principal féminin avait été un homme, il aurait pris les mêmes raclées et se serait défendu de la même manière que l’iconoclaste Daisy Domergue.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*