45 Years

 

45 Years boat scene

 

Bon, on va pas se mentir : ce serait une énorme surprise de voir Charlotte Rampling remporter l’oscar de la meilleure actrice cette année, en dépit de son prix d’interprétation au Festival de Berlin. Sa présence dans la sélection finale tient surtout à l’absence de Rooney Mara et Alicia Vikander, reléguées dans la catégorie « second rôle » (pour laquelle les producteurs de leurs films respectifs ont milité, puisque la concurrence y est moins rude), et ne devrait pas peser lourd face à Brie Larson, Saoirse Ronan et Jennifer Lawrence, qui ont largement plus brillé lors de la saison des awards. Et vu que l’Académie des oscars n’est pas connue pour ses palmarès surprenants…

 

 

45 years film

 

Le pitch, selon Allociné :
Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

 

 

45 years charlotte rampling

 

Andrew Haigh avait déjà réalisé Weekend, un de mes films préférés de ces dernières années, et créé Looking, une série gay un peu partie en vrille sur la fin mais qui portait, elle aussi, la marque de fabrique de ce réalisateur, qui filme une réalité lumineuse et pleine de silences, exploitant à merveille lumières et paysages naturels, mais aussi décors à la banalité transcendée. Il ne déroge guère à ses habitudes dans 45 Years, dans lequel il dissèque minutieusement un couple vieillissant, en apparence paisible, qui profite d’une tranquille retraite dans la campagne anglaise, à quelques encablures d’une petite ville.

 

 

45 years rampling haigh

 

Et puis vient le séisme, tout aussi calme et silencieux que l’époux : ce fantôme, cette Katya, qui jette en Kate un voile de doute sur ses 45 ans de mariage. Malgré les 50 ans d’ancienneté de cette histoire, qui s’est déroulée avant leur rencontre, l’institutrice à la retraite se met à s’interroger, à regarder son mari d’un œil différent, à flipper… Bref, à souffrir. Quelle importance cette rivale, vaguement évoquée un jour par Geoff et soudain nettement plus présente, a-t-elle eu dans la vie du jeune homme à l’époque ? Pourquoi Kate en a-t-elle su si peu sur Katya avant ce jour ? Kate n’est-elle qu’un substitut de Katya, un second choix, une vie pleine de regrets pour son époux ? Et c’est tout le génie de Charlotte Rampling, qui n’a peut-être jamais été aussi bonne, de laisser cette souffrance grandissante transparaître, par petites touches, d’une situation quotidienne à une autre.

 

 

 

De longues séquences de doute en petites (et grandes ?) révélations, l’intrigue avance, sans vrai climax ni moments de grosse action, et fait monter en nous l’inquiétude, la frustration, peut-être la tristesse, face à cette épouse dynamique qui s’isole et se ratatine peu à peu par perte d’assurance, et ce mari un peu tassé qui s’éveille de nouveau à sa jeunesse perdue. Lors d’une séquence finale un peu fastidieuse mais parfaitement maîtrisée par Charlotte Rampling et Tom Courtenay (lui aussi prix d’interprétation à Berlin), la cruauté de la souffrance de Kate, peut-être irréversible, nous est jetée en visage. Et nous hante pour des jours.

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