Ave, César !

hail cesar josh brolin

 

 

Un an après avoir présidé le Festival de Cannes et délivré l’un des palmarès les plus francophiles de ces dernières années (dont une Palme d’Or à l’un des films les moins appréciés de Jacques Audiard), on imaginait aisément les frères Coen revenir en force avec un gros film, peut-être même en compétition pour l’édition suivante. Le calendrier de sortie et, peut-être l’accueil un peu tiède réservé à Ave, César !, ne le permettront pas. On peut aussi imaginer que les frères Coen ne sortent pas leurs films en fonction du calendrier des oscars ou des festivals de cinéma, mais bon, ils auraient pas raflé grand-chose avec celui-ci, quoi. On y suit en effet deux journées un peu bordéliques d’un fixer, Eddie Mannix (inspiré d’un personnage qui a réellement existé), dont le boulot consiste donc à « réparer », arranger, régler les divers problèmes quotidiens auxquels s’expose le Studio Capitol, reflet plus ou moins caricatural de l’industrie hollywoodienne en plein âge d’or, avec son lot d’égos, d’illusions et de névroses. Sauf qu’on ne sait pas trop ce que ça raconte, au final. Quel est le propos de cette suite de situations à sketches, à peine liées les unes aux autres.

 

hail cesar scarlett johansson

 

Le pitch selon Allociné :
La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

 

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Le vrai défaut du film, c’est que les enjeux « dramatiques » de son personnage principal (sa « catastrophe qui se profile à l’horizon » et qu’il doit résoudre dans les dix dernières minutes du film) sont quasiment inexistants (une foi catholique perturbée par sa vie professionnelle pleine de filouteries mais dont on se fout un peu, une proposition d’emploi plus « stable » dont on sait d’avance qu’il va la refuser, des problèmes d’image publique globalement superficiels qui se régleront par une pirouette…), tandis que les nombreux seconds rôles, aux enjeux personnels a priori plus « pressants » (un acteur kidnappé, une starlette sur le point d’affronter le scandale d’une grossesse non désirée hors mariage, un acteur de western incapable de jouer à contre-emploi qui invente malgré lui le cliché du beau gosse taiseux et ténébreux…), n’ont pas assez de temps de présence à l’écran pour qu’on s’attache réellement à leurs arcs narratifs respectifs. Le tout, traité avec une verve de musical, décalée et absurde, certes agréable, mais qui semble parfois surtout servir d’excuse à un scénario bâclé auquel il serait bien difficile d’adhérer sans ce vernis comique.

 

 

hail caesar tilda swinton

 

Assez superficiel à force de ne pas réussir à lier ses différentes sous-intrigues les unes aux autres (celle de Scarlett Johansson pourrait tout simplement passer à la trappe tant elle n’impacte aucun autre personnage du film), Ave, César ! cache un peu trop son propos et sa profondeur, qui est pourtant là, quelque part sous ses beaux costumes vintage, entre Maccarthysme, hypocrisies toujours actuelles de la « machine à rêve » et décisions business plutôt qu’artistiques qui « poussent » des stars sur des productions où personne n’a besoin d’elles, on sent que les frères Coen ont quelque chose à dire. Mais tout ce cabotinage et cette légèreté sans réelle direction font plus de mal à l’oeuvre qu’autre chose, au final. Film policier sans réelle tension, comédie bancale et musical réduit au rang d’accessoire esthétique, Ave, César ! peine à convaincre sur tous les plans.

hail cesar channing tatum

Le film vaut surtout le détour pour une nouvelle preuve de l’éclosion de Channing Tatum auprès des réalisateurs de renom, toujours désireux de se faire bien diriger et d’utiliser avec auto-dérision les atouts physiques qui ont fait sa célébrité, et pour le numéro de gentil crétin de George Clooney, qui aurait été encore plus convaincant il y a quelques années, quand il était réellement l’homme le plus sexy de la planète (parce que, ne nous leurrons pas, il commence à faner), et qui exprime pleinement sa verve comique dans une parodie à peine voilée de Ben-Hur. Alden Ehrenreich bénéficie d’une nouvelle chance de percer à Hollywood, et il faut avouer qu’il est assez drôle, quoique dans un rôle peu expressif, volant presque la vedette à Josh Brolin, qui a pourtant bien plus de temps de présence à l’écran. Pour le reste, j’ai bien peur d’avoir complètement oublié Ave, César ! d’ici quelques semaines…

 

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