Deadpool

 

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C’était LE sujet pop culture incontournable sur le web cette semaine : Deadpool, le succès « surprise » de Marvel au box-office mondial. Surprise parce que c’est un héros a priori moins connu du grand public (et donc moins bankable sur le papier) que Spider-Man ou Hulk ; surprise aussi parce que la tête d’affiche est Ryan Reynolds, un acteur réputé pour son absurde capacité à truster des premiers rôles alors qu’il enchaîne les fours commerciaux (un peu comme Taylor Kitsch), les gros studios lui manifestant une confiance assez hallucinante compte-tenu de son passif au box-office. D’ailleurs, Green Lantern avait déjà laissé une trace assez indélébile, côté blockbuster de superhéros, dans la filmo du pauvre Ryan, qui depuis 2011 n’a joué que dans des daubes qui se sont vautrées en salles (Echange standard, RIPD) ou dans des films indés dans lesquels il n’était pas mauvais, mais qui n’avaient de toute façon pas vocation à taper dans les 100 millions de dollars de recettes (The Voices, Captives, La Femme au tableau). Bref, Ryan Reynolds, c’était pas vraiment un foudre de guerre du box-office mondial, mais le garçon est tellement ridiculement un cliché du beau gosse américain bas du front mais plein de sex-appeal, et a tellement d’obstination et de suite dans les idées, qu’il a fini par, enfin, imposer le rôle qui devrait lui donner le statut de superstar mondiale, après lequel il court depuis vingt ans. Deadpool a en effet engendré 135 millions de dollars de recettes aux États-Unis en un week-end. Du jamais-vu pour un film Rated R, interdit aux moins de 17 ans, depuis Matrix. Ce lundi 15 février étant un jour férié aux États-Unis (le Presidents’ Day), les prédictions tablent même sur 150 millions de recettes sur trois jours.

 

 

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Le pitch, selon Allociné :
Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

 

 

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Dès le générique, très parodique, Deadpool s’inscrit dans une dimension méta très consciente d’elle-même, potache et rigolarde : le personnage de Deadpool est en effet connu des amateurs de comics comme étant l’un des rares à « briser le quatrième mur », c’est-à-dire à s’adresser directement au spectateur sous forme d’apartés réguliers. Que ce soit via la voix off du héros, qui raconte lui-même son histoire, ou ses adresses directes à l’écran, Deadpool se positionne d’ores et déjà comme le Scream des films de superhéros. Un film qui se fait plaisir, qui a conscience de l’univers et du type de film dans lesquels il s’inscrit, et qui se joue des codes, des clichés et des schémas narratifs inhérents à son genre.

 

 

deadpool morena baccarin ryan reynolds

 

 

Mais au point de « renouveler » le genre du blockbuster de superhéros, comme Scream avait renouvelé le slasher adolescent dans les années 90 ? Genre on peut s’attendre à voir Iron Man lâcher une caisse ou Captain America se branler sur grand écran en 2018 ? Peut-être pas. Certes, Deadpool est drôle, un peu trash, osant des gags et des allusions assez provocantes (« McAvoy or Stewart? »), qu’on n’aurait pas vues dans l’univers des Avengers ou dans celui, auquel le personnage de Deadpool est directement rattaché, des X-Men. Certes il n’est pas vraiment « gentil », sa quête n’est pas noble, il se fout de sauver la plupart des gens et d’en tuer au passage. Mais la promo du film appuie un peu trop cette idée que c’est révolutionnaire, jamais vu, jamais osé avant au ciné, et que le réalisateur et les scénaristes ont « jeté les règles du blockbuster à la poubelle ». Alors que euh, non, pas vraiment, faut pas exagérer. De fait, pour un personnage qui manque singulièrement d’enjeux (on ne peut pas le tuer), au-delà de sa personnalité iconoclaste, le film se retrouve d’ailleurs, à un moment et dépit de son recul sur lui-même, obligé de suivre un schéma narratif un peu plus classique : vu que Deadpool ne peut pas mourir et que sa quête pour retrouver sa belle gueule s’éternise un peu, on lui colle nécessairement une love interest à sauver (pas très osé, d’ailleurs, pour un personnage qu’on dit « pansexuel »). Du coup, et alors qu’une suite est d’ores et déjà annoncée, on se demande si ce côté irrévérencieux et méta va suffire pour nous intéresser, passé l’effet de « surprise », dans un épisode 2 : faudra-t-il faire miroiter la possibilité de rendre sa mortalité au personnage ? Le relancer dans sa quête de chirurgie esthétique ? Lui refaire sauver sa copine ?… Amusant, le concept laisse tout de même entrevoir des limites.

 

 

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Mais je ne boude pas mon plaisir : Deadpool est probablement le film le plus sympa que j’aie vu dans l’univers Marvel au ciné jusqu’à présent. Il se rapproche davantage du registre de la « comédie d’action », un type de film dont il n’y a plus beaucoup de représentants de bonne qualité ces dernières années en salles, que du simple film de superhéros. Il se moque de lui-même et ose des gags plus crades que les très aseptisés Avengers, décapite des adversaires, montre des cascades qui se terminent en bain de sang, donne une ambiance rigolarde à chaque séquence, même dans ses moments les plus dramatiques. Un vrai moment de fun et une proposition innovante de transposition de comics au ciné. Que demander de mieux à un blockbuster, au fond, que de se distinguer (en bien) du tout-venant des blockbusters ?

Une réflexion au sujet de « Deadpool »

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