Gwen Stefani – Make Me Like You

 

 

 

 

Le comeback de Gwen Stefani, et le lead single du futur album This is what the truth fells like, prévu pour le 18 mars, est assez symptomatique des évolutions récentes de l’industrie du disque et des stars du tournant des années 90-2000. On ne sait plus trop à quoi se mesure désormais le succès, Adele étant à peu près la seule chanteuse vendant actuellement assez de caisses d’albums ET de singles pour qu’on soit sûrs qu’elle cartonne « objectivement ». Genre y’a beaucoup de gens qui paient pour avoir accès à ses contenus, quoi. Les autres mesurent leur succès tantôt en nombre de vues YouTube, en rotations radios, en écoutes Spotify, en bruit médiatique, en classement « Trending 140 » des chansons dont on a le plus parlé depuis une heure sur Twitter, en rentabilité de leur tournée où chaque place coûte un bras et où les gens viennent davantage écouter le best of que le dernier album, en classement de l’album pendant les deux premières semaines de mise en vente, en Grammy Awards… Single numéro un des ventes ou album au sommet des charts pendant des semaines, il faut choisir : on a désormais rarement les deux, et plus souvent aucun des deux, même quand on s’appelle Beyoncé, alors on définit un tube par d’autres critères. Et pour une Taylor Swift ou une Katy Perry, combien de stars moins solides, de one hit wonders ou de grosses pointures d’il y a quinze ans qui ne semblent plus soulever les foules avec leurs nouveautés ? Bref, dans une industrie qui a vu son modèle économique radicalement évoluer au cours des quinze dernières années, le temps du single-roi, avec son sacro-saint support CD 2 titres, est révolu, et voila que le succès d’un hit, d’un album ou plus globalement d’un artiste, ne se mesure plus vraiment à sa capacité à livrer du hit qui meuble le sommet des ventes de singles pendant des semaines, mais à plein d’autres outils de mesure plus ou moins objectifs, selon ce qui l’arrange.

 

 

 

 

Regarde Justin Timberlake : on ne sait plus trop à quand remonte le dernier single de ce mec qui ait eu un impact important dans les charts, mais il s’en fout, car ce n’est pas à ça que se mesurent son succès et son influence. Et qu’on le veuille ou non, il reste beaucoup plus respecté de l’industrie, pour le moment, qu’un Bruno Mars, qu’une Ellie Goulding ou qu’une Rihanna, qui ont pourtant des hits au sommet des charts beaucoup plus récents au compteur. Pareil pour Beyoncé, Britney, Mariah, Miley, Madonna… Elles font beaucoup plus de bruit médiatique (et d’écoutes plus ou moins légales) qu’elles ne vendent, réellement, d’albums , et ça fait un moment qu’on ne peut pas dire qu’elles enchaînent les tubes, côté singles (même le Wrecking Ball de Miley Cyrus n’a pas été suivi d’une domination sans contestation possible du Billboard Hot 100). C’est que le potentiel tubesque n’est plus le seul critère qui guide le choix d’un lead single, pour un artiste dont l’image est déjà bien établie.

 

 

Gwen-Stefani-Make-Me-Like-You-2016

 

 

 

Pour moi, en tout cas, c’est ce qui saute aux yeux lorsque l’on découvre le single et le clip de Make Me Like You, le « vrai » comeback single de Gwen Stefani, après les essais quelques peu infructueux que furent Baby Don’t Lie et Used To Love You ces derniers mois. C’est joliment fait, ce n’est pas désagréable, mais ça n’aurait jamais été un lead single, et à peine un troisième ou quatrième single oubliable, sur l’exploitation de ses albums précédents, Love Angel Music Baby et The Sweet Escape, il y a une dizaine d’années. Trop random, refrain pas assez puissant, dimension pas assez mégalo, clip joli mais pas ouf (mention spéciale pour la doublure pas du tout subtilement amenée pour se croûter en rollers à la place de Gwen). C’est sympathique mais on ne voit pas trop le truc devenir numéro 1 des charts partout dans le monde, quoi. Mais ce n’est plus ça qui définit le choix d’un lead single, en 2016, pour une artiste comme Gwen Stefani. Ce qui a semblé guider les choix artistiques, ici, c’est la volonté d’en faire des caisses autour de l’idée que This Is What The Truth Feels Like sera un album de rupture, un bilan musical de son mariage, qui s’est achevé l’an dernier, avec Gavin Rosdale, une introspection à la Britney sur la tristesse d’être harcelée par les médias dès qu’elle a une période de louze, et de l’idée que Gwen, toute de teint d’albâtre, de cherry lips et de décollement de racines platines, est une petite chose fragile, une pin up vieillissante mais toujours jeune dans sa tête, qui a perdu un peu de sa joie de vivre et de son innocence dans ses déboires personnels, mais qui a des envies d’optimisme et d’amour de son public (qui ne lui a pourtant pas envoyé de signes très encourageants il y a trois ans pour le comeback de No Doubt…). Et c’est vrai que ça fait plaisir de la revoir en solo, dans un registre ouvertement pop, et qu’on a envie de lui faire des câlins, bichette. Mais en somme, vu les efforts, côté singles, j’imagine qu’elle table désormais plus sur une future tournée et sur le succès de l’album auprès d’un public « mature » et fidèle, que sur sa capacité à enchaîner des tubes de la portée de What You Waiting For?, Rich Girl et Hollaback Girl

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