Pattaya

 

pattaya affiche

 

 

On avait quitté Franck Gastambide il y a un an dans le lamentable Toute première fois, comédie faussement moderne aux relents réac’ mal déglutis, où il jouait les seconds rôles de gros beauf bourrin / meilleur pote du héros, hélicoptère de bite à la clé. C’est que le garçon a vite pris conscience de ses atouts physiques, qui font de lui un produit parfaitement marketé pour le cinéma « jeune » à la française, dans un registre comique maladroitement gay friendly ou dans celui, autrement plus rentable, de la « comédie de banlieue ». Vu dans Les Gazelles, Vive La France et bientôt dans Good Luck Algeria, Gastambide surfe avec adresse depuis 2012 sur la vague ciné qu’il a lui-même nourrie avec Les Kaïra, adaptation en salles de sa web-série Kaïra Shopping. Alors qu’on l’attendait dans un Kaïra 2 pour sa nouvelle réalisation, c’est donc avec Pattaya qu’il a été envoyé pour draguer le chaland sur la moitié des plateaux de talk-shows du PAF (dont celui de Cyril Hanouna, qui fait fort opportunément une apparition dans le film)…

 

pattaya malik benthala

Le pitch, selon Allociné :
Franky et Krimo rêvent de quitter la grisaille de leur quartier pour partir en voyage dans la célèbre et sulfureuse station balnéaire thaïlandaise de PATTAYA. Pour pouvoir s’y rendre à moindre coût, les deux amis ont la folle idée d’inscrire à son insu le nain de leur quartier au championnat du monde de Boxe Thaï des Nains. Mais ce qui devait être pour eux des vacances de rêves va se transformer en l’aventure la plus dingue et périlleuse de leurs vies.

 

 

 

Bon, si l’affiche évoque clairement Very Bad Trip (l’une des nombreuses références assumées du film) et fait craindre une resucée de concept US façon Baby-Sitting, le film est clairement l’ersatz mal branlé d’une suite des Kaïra.

 

 

pattaya-film

 

Franck Gastambide y est toujours le personnage central, et s’il ne s’appelle plus Mousten mais Franky, c’est exactement le même personnage de gentil benêt qui galère avec les filles et qui parle avec un étrange rictus mettant ses lèvres en avant, suggérant un problème de diction ou de dentition. Comme Mousten, Franky vit en banlieue, a un copain rebeu un peu relou (qui ne s’appelle plus Abdelkrim mais Krimo), et il y a un nain dans l’histoire aussi. C’est presque comme si Gastambide avait commencé à écrire le scénario des Kaïra 2 mais qu’il s’était rendu compte en route que Medi Sadoun et Jib Pocthier ne seraient finalement pas disponibles. Changer de casting et de personnages lui aura également permis de réutiliser les talents comiques de Ramzy (ici au générique sans son nom de famille Bedia), déjà apparu dans son film précédent, lui aussi dans un autre rôle.

 

 

Mais cette récurrence d’un trio (dont un nain) lancés dans un plan galère qui vire à la suite de sketches plus ou moins potaches, c’est un peu trop gros pour être honnête.

 

 

pattaya sabrina ouazani

 

Pour ce qui est de juger Pattaya sur pièce, c’est un peu compliqué. J’ai dû aller le voir un peu trop tôt après sa sortie et le film, toujours projeté dans une des « grosses » salles de l’UGC Ciné Cité Les Halles, était au moins aussi animé sur l’écran que dans la salle, où de nombreux spectateurs riaient bruyamment, circulaient entre les rangées pour aller faire pipi ou rejoindre d’autres potes, photographiaient l’écran lorsqu’y apparaissait un nain ou un singe, ou sur-réagissaient à l’apparition de Cyril Hanouna ou de Rim’K du 113. Le genre d’animation qui peut soit gâcher soit enrichir l’expérience que l’on fait d’un film.

 

 

pattaya gad elmaleh

 

Pattaya se veut, en partie du moins, le reflet de tout ce qui a impacté la pop-culture de banlieue de ces dernières années, de Vin Diesel aux monogrammes Vuitton en passant par les télé-réalités de dating, le langage SMS ou même les vieux films de Jean-Claude Van Damme. Ses personnages restituent à l’écran les fantasmes, habitudes et manières de réfléchir qui procèdent de ces produits culturels. C’est probablement l’aspect le plus intéressant de cette comédie par ailleurs un peu fainéante, qui remplit le cahier des charges de la « comédie galère » dans laquelle on ne sent jamais les héros tout à fait en danger, avec enchaînement de gags débilos allant du scato au transphobe en passant par le grossophobe, mais toujours avec un petit passage de justification histoire de ne pas se mettre à dos toutes les communautés. Il y a aussi Gad Elmaleh et son habituel accent de Chouchou d’la Place Clichy, Sabrina Ouazani singulièrement absente du film (puisque présente uniquement via des SMS et quelques flashbacks), un singe (parce que c’est rigolo, un singe), une tourista, des clichés sur la Thaïlande (tourisme sexuel, rave party sur la plage)… et des nains, beaucoup de nains, dont ont rit essentiellement pour leur nanisme, parce qu’ils ont « des pieds chelou » et des petits corps rigolos quand ils marchent. On attend vainement le moment où quelqu’un va souligner la gêne de la situation (à part le nain lui-même, finissant par faire remarquer que personne n’a cherché à savoir son prénom depuis le début du film), mais il faut croire que Franck Gastambide compte sur nous pour faire la différence entre rire des minorités et rire du racisme affiché par ses personnages veules à l’écran. C’est hélas rarement clair.

 

 

 

 

Le personnage de Ramzy, estampillé gros loser reconverti star locale en Asie, sera le seul à manifester un peu de recul et de réflexion sur le respect, la tolérance et la transphobie, mais je crains que cela ne soit qu’une pirouette scénaristique pas très sincère pour ne pas être trop vite taxé de comédie lourdingue par les minorités visées, et que la majorité du public ne retienne plutôt le bon gros gag scato ou la couille qui dépasse du short.

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