The Revenant

 

the revenant leo dicaprio

 

C’est forcément l’une des sorties que surveillaient les cinéphiles plus ou moins avertis ces dernières semaines : The Revenant, le nouveau Alejandro González Iñárritu, qui promettait l’oscar du meilleur acteur à Leonardo DiCaprio et qui semblait surfer sur une vague de popularité lors des Golden Globes, BAFTA, SAG Awards, etc. qui laissait espérer un triomphe aux oscars dimanche soir. Au final, le bilan aura été assez équilibré entre les divers films en compétition, et donc plus modeste que prévu pour The Revenant : Meilleur acteur et Meilleur réalisateur, mais les prix techniques sont globalement allés à Mad Max, et l’oscar du Meilleur film à Spotlight, un ancien favori qui semblait avoir perdu de son avance avec le temps, mais qui s’est finalement rattrapé au finish, avec l’étonnant bilan de seulement deux oscars dont celui du meilleur film. Il n’empêche que le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu aura marqué l’année ciné, et qu’il restera dans les annales pour ces deux fameux oscars : le premier, pour Leonardo DiCaprio, le deuxième de suite, pour son réalisateur. Mais est-ce que c’est si bien que ça ?

 

 

THE REVENANT Copyright © 2015 Twentieth Century Fox Film Corporation. All rights reserved. THE REVENANT Motion Picture Copyright © 2015 Regency Entertainment (USA), Inc. and Monarchy Enterprises S.a.r.l. All rights reserved.Not for sale or duplication.

Le pitch, selon Allociné :
Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

 

 

 

Bon, personnellement, Iñárritu, j’ai parfois du mal. Cinéaste de la souffrance et de la dépression, il est un réalisateur réputé pour pousser ses acteurs physiquement à bout, et leur faire endurer mille tourments, du moins à l’écran. De Cate Blanchett qui se pisse dessus dans Babel à Javier Bardem en phase terminale de cancer dans Biutiful, en passant par Michael Keaton le has been en slip dans Birdman, on sait que le réalisateur n’est pas là pour nous faire vivre une soirée à Disneyland. Et c’est un parti pris, hein, une thématique qui traverse une oeuvre, j’ai rien contre ; mais ça vire souvent au torture porn, un peu gratuitement, donc je suis pas toujours fan. La réputation de The Revenant le précédait : DiCaprio attaqué par un ours, DiCaprio mutilé, DiCaprio avec un pied bot, DiCaprio qui mange un vrai foie cru… On sait, a priori, avant même d’entrer dans la salle, que l’expérience sera éprouvante, et on n’est pas déçu. Coups de machette, doigts tranchés, plaies ouvertes et purulentes, crânes transpercés de part en part par une flèche, animaux crevés : ça grouille de détails dégueu’ qui contribuent à faire interdire le film aux moins de douze ans dans les salles françaises.

 

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Là où Iñárritu brille une nouvelle fois, c’est dans la mise en scène. Après les exploits de plans séquences de Birdman, voici les splendeurs des décors canadiens neigeux et des séquences d’hallucinations visuelles et auditives qui portent le film et nous amènent à accompagner DiCaprio aux confins des capacités de survie du corps humain. L’oscar est plutôt mérité, et de nombreuses images du film s’impriment sur la rétine, figurant parmi les plus belles vues sur écran cette année.

 

 

Pour ce qui est de l’histoire elle-même, on peut globalement diviser le film en trois parties, dont la dernière peut sembler un peu longuette, surtout après tout ce qu’on a déjà subi : dans la première Hugh Glass accompagne son groupe, est contesté, blessé puis trahi ; dans la deuxième, le « survival », il se met douloureusement en quête de guérison et de retour vers la civilisation ; dans la troisième il poursuit son tortionnaire pour obtenir justice. 2h36, c’est long. Mais c’est tout de même saisissant de maîtrise et de beauté dans la mise en scène.

 

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Le vrai défaut, c’est peut-être le scénario. On situe mal l’époque à laquelle se déroule le film, même si on sait en se renseignant un peu sur le web que la véritable histoire de Hugh Glass s’est déroulée en 1823. Du coup, on ne pige pas trop à quel stade de l’histoire américaine on en est, où en sont les relations entre blancs et natifs, pourquoi tant de haine, pourquoi voler des ressources naturelles est une tâche qui incombe à l’armée, etc. Ça m’a un peu perturbé par instants. Rien de grave, ça ne m’a pas fait « sortir » du film, mais j’ai passé un peu de temps à mentalement remettre des choses en place, faute de les comprendre clairement dans le film.

 

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Là où The Revenant est fort, par contre, c’est dans son propos et son message. Alors certes, comme l’acteur a aimé le rappeler dans son discours aux oscars, il est question du rapport homme-nature, des dangers de celle-ci, des comportements destructeurs de l’homme, etc. Mais à mon sens, l’opposition Leonardo DiCaprio / Tom Hardy, ou Hugh Glass / John Fitzgerald, est bien plus intéressante, plus profonde, plus politique. Car il y a de la politique dans ces deux personnages. D’un côté un homme fruste et traumatisé par des natifs américains qui lui ont scalpé la moitié du crâne, incarnation de la violence dans laquelle s’est construite l’Amérique et de son rapport aux armes, à la territorialité ; d’un autre un homme éduqué, qui a aimé une femme « de couleur », dont le système de pensée humaniste se rapproche peut-être un peu trop de la vision qu’un spectateur du XXIème siècle aurait de cette époque-là pour être réaliste : ne pouvaient-ils pas essayer de se respecter davantage et de coexister pacifiquement, ces cons ? Pas cool le Far West ! (Tu m’étonnes, gros, on reste pas sympa très longtemps quand on n’a pas d’éducation, un souvenir de torture et un risque de finir avec une balle entre les deux yeux à la moindre personne qu’on croise)

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Et d’ailleurs c’est ÇA, bien plus que d’avoir été abandonné et laissé pour mort, qui motive la vengeance de Glass (qui, dans la réalité, aurait apparemment épargné Fitzgerald) : la violence et le racisme de son ennemi, qui a poignardé son fils métis sous ses yeux juste pour avoir le confort de se barrer de là avec son oseille et de ne pas rester un jour de plus au chevet de ce hippie trop gentil avec les peaux rouges. C’est drôle que le pitch d’Allociné n’en parle pas (peut-être parce que c’est la partie qui colle le moins avec l’histoire réelle) : c’est son fils que Hugh Glass veut venger, plus que lui-même. Et ce sont les éléments naturels et les inimitiés entre tous les groupes (le personnage rencontrera peu de soutiens sur sa route) qui vont l’obliger, gentilhomme tolérant qu’il était, à s’aligner sur la violence et la sauvagerie de la zone et de la période de non-droit qu’était la construction de l’Amérique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Nous sommes tous des sauvages, lit-on à un moment de ce film plutôt pessimiste sur la nature humaine. Parfois par élan de violence, mais parfois aussi parce que les autres ne nous laissent pas d’autre option, est-on tenté de répondre, horrifié de constater qu’on n’aurait probablement pas beaucoup mieux agi, ou qu’on serait bien vite mort.

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