Batman v Superman : L’Aube de la Justice

 

batman-v-superman-affiche

 

 

Le parcours en salles de Batman v Superman aura été pour le moins bizarre : mal perçu dès que Ben Affleck a été annoncé au casting dans le rôle de Batman, vaguement fusillé par la critique à sa sortie, le film a dépassé les 785 millions de dollars de recettes mondiales en à peine quinze jours, et devrait sans peine dépasser Zootopie pour devenir le plus gros succès de 2016. Comme quoi, les franchises de superhéros, même hors de Marvel, continuent de déplacer les foules, les critiques ciné se révélant relativement impuissantes. Le bouche-à-oreille pourrait être défavorable et freiner l’ascension du film lors des semaines suivantes, mais de fait, l’immense rejet initial dont il a fait l’objet, mêlé à l’insurmontable curiosité de grand public qui s’y est risqué, a paradoxalement fini par aider le film. Car s’il y a bien un truc qu’on se dit en sortant de la salle, c’est que certes, Batman v Superman n’est pas un très bon film, certes, il a plein de défaut… mais ce n’est franchement pas la catastrophe industrielle intersidérale qu’on nous avait annoncé.

 

batman-v-superman-trinity

 

Le pitch, selon Allociné :
Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

 

 

 

Honnête divertissement, le postulat même de Batman v Superman (deux gentils superhéros qui se battent) est débile, et annonce donc la couleur. On trouve deux personnages gentils, on en fait des ennemis sur la base d’une divergence d’opinions et d’une mauvaise communication, et on les fait se battre (alors que l’un n’est qu’un humain et l’autre un alien immortel qui ne vieillit pas) (bonjour le suspense quant à l’issue du truc), alors qu’il leur suffirait de dialoguer au lieu de se sauter à la gueule sans chercher à comprendre comment ils en sont arrivés là.

 

 

Batman V. Superman: Dawn Of Justice

 

Le film est un peu longuet, mettant beaucoup de temps à arriver à la confrontation violente survendue par les bandes-annonces, mais pas complètement indigent non plus. Il se contente de reprendre à son compte les questionnements philosophiques qui jalonnent la saga X-Men : comment l’être humain finirait-il forcément par se retourner contre une créature surnaturelle si elle survenait dans son quotidien, craignant trop ses pouvoirs et sa force pour lui laisser éternellement le bénéfice du doute quant à ses bonnes intentions… Un peu les mêmes ressorts que certains discours politiques face à tout ce qui est « autre », en somme. Mais bizarrement, le public est beaucoup plus réceptif aux messages (et aux contradictions) face à l’extrémisme d’une métaphore SF que face aux éructations de certaines « éminences » du paysage politique français sur les roms, les gays, les migrants ou les musulmans. Va comprendre.

 

 

 

batman v superman jesse eisenberg

 

Gros point faible selon certains, le Lex Luthor campé par Jesse Eisenberg est, probablement, volontairement bouffon et limite psychotique, même si ça a saoulé tout le monde et qu’on se demande bien comment des gens peuvent suivre aveuglément / ne pas griller en dix secondes ce sociopathe manifestement cocaïnomane. Le personnage a troqué son costume de golden boy quadra hérité des années Wall Street pour devenir une sorte de Martin Shkreli, façon milliardaire en jogging assis sur une licorne industrielle : pas étonnant qu’on ait envie de le gifler avec une pelle, il est très probable que ce soit voulu. C’est d’autant plus frappant que Jesse Eisenberg reste, dans l’imaginaire collectif, l’incarnation ciné de Mark Zuckerberg.

 

 

batman v superman ben affleck

 

Moins efficace que la déjà très avancée et très huilée saga Marvel, Batman V Superman tente maladroitement de faire tenir un début de mythologie et de cool sur 2h30, n’ayant pour réel background narratif que Man of Steel, quand les Avengers ont plus de dix ans de franchises et autres séries dérivées derrière eux. Du coup, le film de Zack Snyder se retrouve à coller, comme des cheveux sur la soupe, des moments « bande annonce » pour nous donner envie de voir la suite, introduisant une Wonder Woman dont l’absence ne changerait rigoureusement rien au scénar’, et de vagues aperçus d’Aquaman et de Flash supposés nous faire saliver, mais amenés de manière si artificielle que c’en devient risible. Et c’est peut-être là le défaut essentiel de ces sagas adaptées de comics, conçues pour fidéliser un public sur dix, quinze ou vingt ans de blockbusters à 15 dollars l’entrée au nom de la « marque » Marvel ou DC : chaque film perd de son indépendance, de son statut d’œuvre qui se suffit à elle-même, pour ne devenir qu’un teaser, qu’une bande-annonce du film suivant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*