Merci Patron !

 

merci patron affiche

 

Sorti le 24 février dans les salles obscures, Merci patron ! a franchi cette semaine la barre symbolique des 300 000 spectateurs ; pas un score de blockbuster mais un succès incontestable pour ce documentaire un peu filou et surtout complètement fauché, qui n’en espérait probablement pas tant mais qui a su capitaliser à merveille sur l’intérêt médiatique grandissant qui lui a été porté, notamment du fait du rôle joué par le journaliste amiénois François Ruffin dans l’éclosion du mouvement Nuit Debout. Militant, et ne s’en cachant pas, le documentaire séduit à peu près partout où il passe. Là où la plupart des films font un maximum d’entrées en première semaine et voient la fréquentation en salles diminuer peu à peu lors des semaines suivantes, Merci Patron ! engrange chaque semaine plus de spectateurs que la précédente, passant d’ailleurs de 39 salles en France fin février à près de 200 aujourd’hui.

 

 

Le pitch selon Allociné :

Pour Jocelyne et Serge Klur, rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo (Groupe LVMH), à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Voilà le couple au chômage, criblé de dettes, risquant désormais de perdre sa maison. C’est alors que François Ruffin, fondateur du journal Fakir, frappe à leur porte. Il est confiant : il va les sauver. Entouré d’un inspecteur des impôts belge, d’une bonne soeur rouge, de la déléguée CGT, et d’ex-vendeurs à la Samaritaine, il ira porter le cas Klur à l’assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le coeur de son PDG, Bernard Arnault. Mais ces David frondeurs pourront-ils l’emporter contre un Goliath milliardaire ? Du suspense, de l’émotion, et de la franche rigolade. Nos pieds nickelés picards réussiront-ils à duper le premier groupe de luxe au monde, et l’homme le plus riche de France ?

 

 

merci patron famille klur

 

Pour ma part, j’ai bien aimé. Il y a des moments un peu longuets (ce qui est dommage pour un film d’1h24), et d’autres borderline condescendants, notamment autour des Klur, de leur accent du ch’Nord, de leur déco kitsch et de leur vocabulaire sommaire. Mais la bienveillance de l’équipe de réalisation crève les yeux, et il est difficile de ne pas se prendre d’affection, à défaut de réellement s’identifier, à ces braves gens, réduits à leur condition de « riens du tout » face à la dictature de l’actionnariat et du luxe. Comme eux, d’un jour à l’autre, notre destin peut complètement nous échapper parce que quelqu’un aura décidé que notre travail ne sert à rien, que ce qu’on produit est trop cher ou trop plouc, que ça va quoi ils trouveront autre chose les gueux. Même pour ceux d’entre nous qui côtoient le « beau monde » d’un peu plus près et qui pourraient se croire protégés par leur bac +5 et leur CV sans gros trous.

 

Merci_Patron_fakir

 

Si l’on peut reprocher au film d’être ouvertement militant et de jouer avec les limites de l’exercice du documentaire (est-ce encore un documentaire quand on intervient sur le déroulement des événements ?), il est indéniablement drôle, plein de tendresse et de compassion, tout en ponctuant d’éclats de rire les petites hypocrisies, incongruités et motifs bien légitimes de colère que traversent les Klur et tant d’autres dans cette société qui ne sait pas encore s’avouer qu’elle doit renoncer au plein emploi (et donc réfléchir à des moyens de ne pas laisser crever ceux que le marché du travail laisse au bord de la route… à une société qui continue d’avoir des valeurs – et de la valeur – sans pour autant que le travail salarié soit la seule source possible de dignité). Difficile de sortir de la salle complètement indifférent, même si, en croisant juste à côté de la sortie un vendeur à la criée qui tente de vous vendre un journal Fakir, on finit par se dire que tout cela est avant tout une (très bonne) pub pour le « journal fâché avec tout le monde »…

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