Elle

 

elle paul verhoeven

 

C’était le piège à pronostics de Cannes 2016 : chaque année, il faut que la critique, notamment française, s’emballe pendant le festival, pour un film qui va, forcément, finir au palmarès. Bien souvent, c’est un film français. Bien souvent, il ne finit pas au palmarès, en tout cas pas au sommet qu’on lui avait prédit. Saint Laurent en 2014, The Artist en 2011, Des Hommes et des Dieux en 2010, Un Prophète en 2009, Les Chansons d’Amour en 2007… A chaque fois, on se pâme pour un frenchie, on l’annonce favori pour la Palme, et ça n’arrive pas. Exceptions ces dernières années avec Dheepan (mais personne n’a vraiment compris pourquoi il a été primé), La Vie d’Adèle et Amour, d’Haneke, qui était un faux film français, mais bon ça nous arrangeait. Bah c’est un peu ce qui s’est passé avec Elle, j’ai l’impression. Faute d’avoir été convaincue par les quatre films français en compétition (Mal de Pierres de Nicole Garcia, Rester Vertical d’Alain Guiraudie, Ma Loute de Bruno Dumont et Personal Shopper d’Olivier Assayas), la critique a reporté son enthousiasme francophile sur le film germano-français du réalisateur néerlandais culte de Basic Instincts et de Total Recall. Et c’est vrai que ça aurait eu de la gueule que le réalisateur de Showgirls obtienne la Palme d’Or. Mais c’était, bien évidemment, un leurre.

 

 

Le pitch, selon Allociné :

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

 

elle huppert laffite

 

Je peux comprendre ce qui a généré de l’emballement pour Elle. Moi-même, j’étais assez impatient de le voir : la reine Isabelle Huppert, une histoire bizarre entre le thriller et le drame psychologique, une victime de viol qui ne réagit pas à son agression comme on s’y attendrait, un cast de ouf où se côtoient le gratin du cinéma d’auteur français et l’improbable (Laurent Lafitte, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Judith Magre…), la propension bien connue de Paul Verhoeven à placer le sexe et la violence au cœur des enjeux… Mais quelque chose se grippe, dans cette adaptation du roman de Philippe Djian Oh… Peut-être la mise en scène grisâtre-beigeasse de film français en milieu bourgeois, pas trop dans le style visuel habituel de Verhoeven ; peut-être la tonalité étrange du film, qui oscille entre thriller et comédie ; peut-être cette gêne, vraisemblablement volontaire, face à la dureté et l’inconséquence du personnage central, qui semble réduire son viol au rang de simple désagrément pas très traumatisant, ce qui a bien évidemment fait hurler plein de blogueuses féministes qui pensent que mettre en scène un personnage c’est l’approuver et/ou généraliser sur l’ensemble des personnes du même sociotype (femme, bourgeoise, etc.).

 

 

Elle-de-Paul-Verhoeven

 

Pour ma part, j’ai trouvé ça bizarre, pas parfait, un peu borderline grotesque par moments, mais vraiment intéressant, marquant, avec des personnages bien creusés, même ceux à l’arrière-plan, respectés par le scénario, avec des motivations, des zones d’ombre et de la profondeur malgré leur peu de temps de présence à l’écran. Et une interprétation nickel d’Isabelle Huppert, comme il se doit : sa dureté, sa froideur légendaire et son timing comique font de Michèle l’un des personnages les plus fascinants vus au ciné cette année. Rien que pour ça, le film vaut la peine d’être vu. A condition de savoir prendre de la distance par rapport au fait que c’est de la fiction, que la complaisance du scénar’ sur le sujet du viol est la complaisance des personnages, pas celle du réalisateur ou du roman, et que si ça nous laisse une sensation de gêne… bah heureusement j’ai envie de dire.

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