Finding Dory

 

dory ellen degeneres

 

Bon, on va pas se mentir, c’est devenu impossible de critiquer la machine impeccablement huilée du storytelling Pixar : ses personnages colorés et attachants, ses castings de voix pour lesquels la crème du showbiz US se bouscule au portillon, ses films à double-degré de lecture pour petits et grands, ses fables à la morale systématiquement humaniste et universelle… Mais bon, c’est aussi une machine hollywoodienne, et comme ses voisines, elle réfléchit de plus en plus en termes de sagas, de suites, de spin-off, de franchise. Bref, en termes de marque. Et ça nuit un peu à la beauté de sa merveilleuse réussite artistique, par moments. La marque « Nemo », DVD le plus vendu de l’Histoire et plus gros succès de Pixar jusqu’à Toy Story 3 en 2010, a bien vieilli dans l’imaginaire collectif. Ses poissons-peluches et son message familial ont suffisamment marqué les esprits (et rapporté au box-office) pour qu’une suite soit envisageable. Même si, faute de pouvoir se faire enlever par un dentiste amateur d’aquariums dans chaque film, le petit Nemo du premier film devient, ici, franchement accessoire…

 

dory hank

 

On se retrouve donc, ici, faute d’un Nemo 2, à explorer le passé et les vicissitudes de Dory, le poisson-chirurgien bleu électrique qui, dans le premier volet, a prêté main forte à cette chiffe molle de Marin. Et avec une condition aussi porteuse que celle dont elle est affligée (un trouble de la mémoire immédiate), pas étonnant que les scénaristes aient pensé à lui bâtir une intrigue autour de l’amour plus fort que l’oubli, de la famille et de la mémoire. Et Finding Dory d’enchaîner le même schéma narratif que le premier film : intro dramatique, mise en place gentillette, enlèvement surprise par un humain, poursuite et longue quête pour secourir le poisson kidnappé, rebondissements et clins d’oeil à la culture humaine, gros obstacle, tentation de baisser les bras, leçon de vie, résolution, fin « émouvante ».

 

dory pixar 2016

 

 

Avec deux bémols, ici : l’émotion, justement, qui ne vise pas aussi juste, aussi subtil, aussi inattendu au coeur et à la tête que les vraies réussites qu’étaient Toy Story 3 ou Inside Out, mais se contente d’un assez plat cahier des charges à la Disney (en gros, la morale, c’est que « ta famille ne renoncera jamais à toi ») (ouais bah au bout de sept décennies de longs métrages animés on avait fini par comprendre, hein), réintroduisant des seconds rôles du premier film (les tortues, les mouettes) dans des interventions inutiles à l’avancée de l’intrigue, sans clin d’œil malin ni saveur ; et la désagréable sensation « business is business » provoquée par ce trop parfait enchaînement de séquences sans réel liant narratif, qui évoquent furieusement les levels du futur jeu vidéo dont accouchera inévitablement ce produit totalement marketé pour faire la course en tête pour le prochain oscar du long métrage d’animation (où il aura maille à partir avec Zootopie) : course-poursuite dans la tuyauterie, sauts de jet d’eau en jet d’eau, prise d’élan dans les bassins à débordement, conduite de voiture aux tentacules… Bref, un produit de bonne facture, comme il se doit chez Pixar, mais auquel il manque peut-être ce je-ne-sais-quoi de puissant et de profond qui nous fait acheter le blu-ray quatre mois plus tard, en dépit du fait qu’on ne fait plus partie du public visé par ce genre de film depuis une grosse quinzaine d’années.

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