Irréprochable

 

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Comme quelques autres actrices de sa génération, Marina Foïs cherche depuis quelques années à glaner le César qui lui permettra de rejoindre Jean-Paul Rouve au Panthéon des ex-Robins des Bois qui ont réussi leur reconversion dans le cinoche. Sa filmo alterne ainsi les comédies lucratives (Papa ou Maman, Boule et Bill…) et les drames intimistes manifestement destinés à faire bander la critique (Happy Few, Polisse, Darling), avec des rôles qui sont clairement des appels du pieds à la reconnaissance de la profession… Rien d’étonnant, toutefois, à retrouver cette dramaturge de formation dans le registre du drame : elle y excelle la plupart du temps, surtout dans des personnages borderline qu’elle fait passer par des épreuves physiques et mentales limite glauques, avec une aisance stupéfiante. Le César de la meilleure actrice lui a échappé pour Darling en 2008 face à l’indépassable favorite Marion Cotillard dans La Môme, puis en 2012 pour Polisse face à Bérénice Béjo, qui créa la surprise en éclipsant Jean Dujardin au palmarès pour The Artist. Pourtant, et à l’image des Kristin Scott-Thomas, Sandrine Kiberlain et autres Karin Viard, qui ont déjà eu plus de bol qu’elle, elle ne lâche pas l’affaire, enchaînant patiemment pièces de théâtre intellos et tournages chez Christophe Honoré, Maïwenn, Danièle Thompson et consorts, en attendant son dû.

 

 

Cette année, Marina Foïs tentera vraisemblablement sa chance avec Irréprochable, thriller psychologique qu’elle porte à bout de bras, et dans lequel elle se révèle en véritable actrice de genre, inquiétante à souhait. On se dit qu’elle ferait merveille dans un film d’horreur.

 

Le pitch, selon Allociné :

Sans emploi depuis un an, Constance revient dans sa ville natale quand elle apprend qu’un poste se libère dans l’agence immobilière où elle a démarré sa carrière, mais son ancien patron lui préfère une autre candidate plus jeune. Constance est alors prête à tout pour récupérer la place qu’elle estime être la sienne.

 

 

Pas franchement parfait (quelques problèmes de rythmes, intrigues secondaires peu imbriquées dans l’intrigue principale, une fin un peu frustrante), le film de Sébastien Marnier, présente toutefois de jolis moments de mise en scène, habillant plutôt élégamment l’exploration vertigineuse du mode de vie et de pensée de ce que la fiction psychologisante qualifierait aisément de sociopathe, ou de psychopathe, ou de pervers narcissique, on sait plus trop à force. Toujours est-il qu’elle donne traits et humanité à un personnage qu’on a peu de raisons d’apprécier, et qui fait monter la tension jusqu’au drame, à l’explosion de violence, qu’on sent inévitable depuis le début du film, avec une belle conviction. Davantage qu’une simple connasse aigrie, narcissique et suffisante, sa Constance est avant tout une femme enfermée dans les mensonges qu’elle dresse entre elle et le monde. Une femme pour laquelle on finit par ressentir une vraie pitié, en dépit de ses dehors abrupts et peu aimables, tant elle doit détester ce qu’elle est réellement pour n’être capable d’une relation (ou même d’un simple échange) sincère avec personne.

 

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Probablement aussi parce qu’elle voit les autres être acceptés et intégrés pour ce qu’ils sont, alors que ses rêves de grandeur et ses illusions de réussite ne se sont heurtés qu’au rejet des autres, chacun détectant tôt ou tard, en elle, la personne toxique qu’elle ne parvient pas à faire taire. La prestation de Marina Foïs, talentueusement soutenue par celles de Benjamin Biolay, Joséphine Japy et surtout Jérémie Elkaïm, sera vraisemblablement l’atout principal du film dans la course aux César en 2017, surtout si le film ne parvient pas à dépasser le million d’entrées et à se faire remarquer par l’Académie (après tout, Sébastien Marnier n’est ni Ozon, ni Honoré, ni Audiard, ni Polanski, dont la seule présence au générique suffit souvent à garantir la présence en compétition de films qui ont fait douze entrées en salles)… Pour le reste, une leçon à retenir d’Irréprochable, s’il en faut une : ne vous risquez pas à prendre de haut un chômeur qui a la dalle.

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