Britney Spears feat. G-Eazy – Make Me…

 

 

 

Alors qu’elle accuse désormais ses 34 piges tant au niveau de son énergie sur scène ou dans ses clips que dans le vide vaguement sous Valium de son regard, Britney Spears reste l’une des valeurs sûres de la pop mondiale. A son âge canonique, et après être devenue mondialement célèbre début 1999, elle a donc été l’une des popstars mondiales de premier plan pendant exactement la moitié de sa vie. Voilà qui donne le vertige et, bien sûr, ne nous rajeunit pas, nous autres qui l’avons toujours connue et aimée au gré des hits, des flops et des dépressions. Ainsi, qui eût cru, en 1999, qu’il y aurait encore, en 2016, des centaines de milliers de fans à travers le monde pour se jeter sur son dernier clip dès sa mise en ligne, et pour retenir leur souffle à l’approche de son neuvième album studio ? Pas grand-monde, probablement, tant elle était à ses débuts décriée par la presse musicale et par les arbitres des élégances, considérée comme un pur produit marketing qui n’aurait jamais mis un pied sur scène sans une armée de producteurs pour lui pondre des tubes en mode usine (ce qui est, et reste, probablement vrai), donc incapable de se constituer un véritable public prêt à la suivre pendant près de deux décennies. Un truc jetable pour ados, comme nombre de boys bands et de produits teen pop de la même époque, appelés à sombrer dans l’oubli dès que la mode passerait et que les performances commerciales ne suivraient plus. C’était sous-estimer le charisme de la demoiselle, et la capacité de ce petit oisillon naïf au regard perdu à s’assurer en quelques déboires l’affection des fans de pop du monde entier, fascinés tant par les contradictions de cette Républicaine soutien de George W. Bush que par le flair de sa team pour lui faire enchaîner les hits sans discontinuer de 1999 à 2004, et avec quelques fulgurances pas si dégueu’, depuis 2007…

 

 

 

glory britney spears

 

Car en 2016, Britney est toujours là. Non pas que cela se traduise encore systématiquement en hits sonnants et trébuchants (on peine à se souvenir d’un hit de la trempe de Baby One More Time ou de Toxic sur ses deux derniers albums), mais elle reste une figure de proue de la scène pop mondiale, une sorte de baromètre du son du moment, des producteurs à la mode, des songwriters incontournables (présents ou à venir…), de la manière dont le climat pop de l’année se traduit dans le langage musical le plus mainstream possible. Rien d’étonnant, donc, malgré le fait qu’elle n’est plus la chanteuse préférée des ados depuis un moment, à voir les conversations en ligne s’enflammer, ces derniers jours, autour de son single, de son clip, de la pochette de son futur album Glory ou, plus simplement, de son énième comeback (terme désormais galvaudé ne s’appliquant plus seulement aux chanteurs pop sortant d’une retraite qu’on supposait permanente, mais bien à chaque artiste sortant un nouvel album).

 

 

 

 

Britney Spears n’est pas la nouvelle Madonna, ni même une vague héritière spirituelle de cette dernière, comme on a pu le dire au début des années 2000. Si Madonna est un produit marketing imaginé par Louise Ciccone elle-même, Britney reste une ex-enfant star probablement ravagée par une enfance soigneusement consacrée à un objectif : « faire célèbre ». Tout aussi médiatique et décriée qu’a pu l’être son aînée, Miss Spears a fait la démonstration, de 2004 à 2007, de son statut de redneck pas bien maligne et trop vite engrossée, qui ne maîtrise pas grand-chose à son destin ni à la démarche marketing et artistique qu’elle est supposée traduire, ou du moins ne pas complètement contredire, dans son image publique. Alors que Madonna, entre 25 et 35 ans, a renvoyé l’image d’une femme en pleine possession de ses moyens et de sa sexualité, provoquant volontairement scandales et images fortes pour la postérité, Britney, dans la même période de sa vie (elle aura 35 ans en décembre), a fait deux mômes coup sur coup pour bien flinguer son corps et son énergie scénique (elle n’a plus jamais aussi bien dansé), divorcé d’un mec qui l’avait manifestement épousée pour profiter de sa notoriété (ce qu’à peu près tout le monde semblait avoir capté avant elle), conservé de justesse la garde de ses gamins, retrouvé la tutelle de ses parents, et a, comme chacun s’en souvient, offert au monde l’une des dépressions les plus médiatisées de ce début de siècle. Depuis, et même si elle a eu quelques hits au compteur (Womanizer, ‘Til The World Ends), les choses n’ont plus jamais été les mêmes qu’avant son indépassable best of de 2004, My Prerogative. Si sa spectaculaire phase dépressive de 2007 lui confère une aura de survivante et assure une malsaine surveillance médiatique de son éventuelle rechute (de vrais atouts, dans notre ère post-Kardashian), l’énergie et la provocation teintée de candeur de ses jeunes années se sont, elles, bien envolées. Tout juste nous recrache-t-elle son gimmick fatigué « It’s Britney Bitch » au détour d’un titre de temps en temps, mais de If You Sick Amy à 3, ses provocations sexuelles sont désormais des appels du pied bien trop lourdingues pour faire se lever le moindre sourcil en Occident.

britney ellen psy

Elle donne même parfois l’impression d’être triste, pas concernée par ses clips ou par ses tournées de promotion, mais surtout elle ne renvoie pas, à 34 ans, l’image que renvoyait Madonna au même âge lorsque, en 1992, elle publia en quelques mois le livre SEX et l’album Erotica : une femme qui en faisait trop, mais qui repoussait crânement les frontières de la bienséance, prête à s’exposer aux slut shamers du monde entier pour livrer un salutaire discours sur la liberté de mœurs et la sexualité féminine.

 

Ce que Britney a à nous proposer à 34 ans reste de la teen pop arrangée selon les tendances du moment : la voici donc en pleine vague slow pop, dans la lignée de la tendance entamée au niveau mainstream par les jeunes louves Lorde, Tove Lo ou Miley Cyrus, et bien nourrie par près de trois ans de R’n’B « alternatif », un peu boring et chichiteux, exploré et porté en haut des charts par Beyoncé, The Weeknd, Drake et même Rihanna. Finies, donc, les boîtes à rythmes saccadées de Max Martin (déjà absent de l’album Britney Jean) ou des Neptunes, et place au « cool », au son froid et poseur du PBR&B, avec les auteurs qui ont bossé ces derniers mois pour Nick Jonas, Gwen Stefani, Tove Lo, Twenty One Pilots, Beyoncé ou Selena Gomez (Julia Michaels, Josh Dun, Ilsey Juber, Jason Evigan…). La critique salue déjà le son plus lounge, plus mature, de Make Me…, même si les fans regrettent un clip assez pourri pour un lead single, où la chanteuse « objective » des mecs dans une ambiance de bachelorette party, limite teenager efflanquée. Quelle subversion, dis donc. Côté charts, ça se présente mal, le single étant entré 17ème aux Billboard Hot 100 en première semaine (une entrée hors top 10, loin des standards de Britney pour un lead single) pour pointer… 52ème la semaine suivante. Apparemment, c’est pas pour cette fois qu’elle va laver l’affront de Pretty Girls… Pour ma part, je regrette surtout que le titre ne donne pas vraiment envie de se lever et d’effectuer une choré endiablée ou un karaoké de feu. Mais bon, le temps passe pour tout le monde, et de toute façon j’ai mal au dos.

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